Noah
Cela fait presque deux semaines que j’ai rejoint « Westbridge & Goldstein », et une routine étrange s’est installée entre moi et Hugo Moreau. Nos journées ressemblent à des duels, où chaque regard échangé devient une provocation silencieuse, chaque commentaire une arme aiguisée. Et pourtant, derrière chaque pique, chaque reproche, il y a cette tension… ce quelque chose que je n’arrive pas à nommer, mais qui me hante bien au-delà des murs du bureau.
Le soir, en rentrant à l’appartement, Jean-Baptiste est là, comme toujours, pour m’accueillir avec une remarque décalée qui me fait sourire malgré moi.
— Alors, le guerrier des bureaux, toujours en pleine guerre froide avec ton patron ? demande-t-il, moqueur, en prenant une gorgée de son café.
— Tu n’imagines même pas, dis-je en soupirant. Aujourd’hui encore, il a trouvé un moyen de critiquer ma façon de présenter un dossier. C’est comme si rien de ce que je fais n’était jamais assez bien pour lui.
Jean-Baptiste secoue la tête, un sourire amusé aux lèvres.
— Ah, ce bon vieux Moreau. À croire qu’il te garde sur le fil juste pour le plaisir. Mais dis-moi… et toi, t’es sûr que tu te fais pas un peu plaisir à lui répondre ?
Je fronce les sourcils, mais une part de moi sait qu’il a raison. Il y a quelque chose dans cette confrontation qui m’attire, un jeu auquel je n’ai jamais osé m’avouer, mais qui me pousse chaque jour à aller au bureau avec une étrange impatience.
— Peut-être, admis-je à contrecœur. Mais c’est… compliqué.
Jean-Baptiste hausse un sourcil, l’air faussement incrédule.
— Ouais, ouais, compliqué… Ce ne serait pas un mot plus sympa pour “j’ai un faible pour mon patron glacial” ?
Je lui lance un coussin en riant, feignant l’indignation, mais son commentaire reste gravé dans mon esprit. Peut-être qu’il a raison. Peut-être que ce que je ressens pour Hugo est bien plus qu’une simple irritation.
Après le dîner, je me retire dans ma chambre, l’esprit embrouillé par cette étrange vérité que je commence à admettre. Mon téléphone s’allume avec une notification d’Essentia. Athanor m’a écrit. Un sourire s’installe aussitôt sur mon visage.
En quelques jours, Athanor et moi avons construit une amitié qui va bien au-delà des apparences. Je peux lui dire tout ce que je ressens, sans avoir peur d’être jugé, sans même qu’il sache qui je suis.
Cette amitié me permet d’échapper à la réalité et à mes émotions contradictoires, un refuge qui devient chaque soir un peu plus essentiel.
VersLibre : Encore une journée difficile au bureau. J’ai l’impression de marcher sur un fil entre provocation et retenue. Il y a quelqu’un au travail… c’est compliqué. J’éprouve quelque chose d’inexplicable, mais notre relation rend tout impossible.
Sa réponse arrive rapidement, comme s’il était lui aussi dans l’attente de cette conversation.
Athanor : Les relations impossibles semblent souvent les plus attirantes. Peut-être parce qu’elles nous forcent à ressentir sans agir. Moi aussi, il y a quelqu’un qui me trouble, mais il fait tout pour me provoquer, comme pour masquer ce qu’il ressent. Et moi… je réagis en le repoussant, en le critiquant. C’est la seule manière que j’ai trouvée pour garder le contrôle.
Je me fige en lisant ses mots, un étrange écho de mes propres pensées. Peut-être que je me suis trompé en croyant que je pouvais simplement ignorer ce que je ressens. Peut-être que cette confrontation avec Hugo est justement ma manière de contrôler ce sentiment.
VersLibre : C’est vrai. J’ai l’impression que si je ne provoque pas cette personne, tout deviendrait trop… réel. Comme si nos confrontations étaient la seule manière de garder une distance, de résister à ce qu’on ressent.
Athanor : Mais cette distance est fragile, tu sais. Chaque pique, chaque critique ne fait que rendre l’attirance plus intense. On se cache derrière des masques, mais je me demande… combien de temps cela peut durer avant que l’un de nous finisse par céder.
Je reste pensif devant son message, mon cœur battant plus fort. Sans connaître l’identité de *Athanor*, je ressens cette connexion intense, ce besoin de partager avec lui ce que je ne peux confier à personne d’autre. Cette amitié est devenue un fil invisible qui me relie à lui, un espace où je peux être vulnérable sans crainte.
Nous continuons à discuter, échangeant des pensées et des émotions que nous n’oserions jamais exprimer à voix haute. Au fur et à mesure de la conversation, je réalise que cette amitié me donne le courage d’affronter mes propres sentiments, même si cela signifie accepter une vérité inconfortable.
VersLibre : Je ne sais pas si j’aurai un jour le courage de lui dire ce que je ressens. Je crois que je me suis habitué à cette guerre froide. Elle nous permet de rester proches sans jamais admettre quoi que ce soit.
Athanor : Peut-être qu’un jour, l’un de vous trouvera le courage d’avouer. En attendant, ce lien, même caché, est ce qui vous maintient ensemble. Ne le sous-estime pas.
Je souris, touché par ses mots, et ressens une étrange chaleur. Athanor comprend parfaitement cette lutte intérieure. Sans même le connaître, il est devenu un pilier invisible, un ami précieux qui m’aide à naviguer dans cet océan de contradictions.
Après quelques messages supplémentaires, nous nous souhaitons bonne nuit. Je repose mon téléphone, l’esprit apaisé, comme si cette conversation avait dissipé une partie de mes doutes. En silence, je m’endors, rassuré par l’idée qu’il y a quelqu’un, quelque part, qui comprend exactement ce que je ressens.