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2903 Mots
Partie 36 : « J’ai bien l’impression que cette nouvelle ne vous enchante pas mais sachez bien qu’une naissance n’est en rien une mauvaise chose; mais elle vous apportera plus de bonheur que vous ne pouvez pas vous l’imaginer. Ne prenez guère de décision que vous regretteriez plus tard… » C’est sur cette dernière parole dite par mon médecin traitant que je pris congé de ce dernier. J’avais mal au cœur, tellement mal, si mal que je ne savais plus où donner la tête. Je faisais les cents pas dans les rues de Paris avant de me rendre chez moi, j’avais besoin de réfléchir, de prendre une décision, de… Doux Jésus ! Je me laissais tomber en pleine rue en pleurant de tout mon saoule, les différents piétons qui passaient s’arrêtaient pour me demander ce qui n’allait pas. Mais je n’avais tout simplement plus la force, ni de leurs répondre, ni d’affronter cela. Je voulais juste me réveiller, me persuader que tout cela n’était qu’un cauchemar ou une farce de mauvais goût certes, mais cela restait une farce. Mes mains cachaient mon visage tandis que mes larmes traduisaient ma douleur, assise à même le sol, sous tous les regards interrogateurs des différents passants dont mon mutisme était la réponse à leurs maintes questions, Je ne cessais d’implorer mon Dieu. Où trouverais-je donc la force ? De leur dire ? De le dire à tous ? Eux (les passants), ma famille, mon père, ma mère, mais surtout Lovery ? « Où mon Dieu ! » M’écriais-je en pleine rue, ce qui fit sursauter un bon nombre de spectateur. Je portais la main sur mon ventre en pleurant de plus belle. Ce tout petit ventre plat abritait dès lors un petit être ? Je portais en moi une vie ? Mais que pouvais-je dire de son soudain arrivé ? Que pouvais-je dire des conditions dans lesquelles ‘‘ il ou elle ’’ est arrivé(e) ? Doux Jésus ! Qu’ai-je bien pu vous faire ? - Madame dites quelque chose. Insista l’un des passants. - Je pense qu’elle est souffrante. Répondit un autre. - Non, que racontez-vous ? Ne voyez-vous donc pas qu’elle a faim ? Regardez, elle porte la main à son ventre. Intervenait un autre piéton. - Oui ! Oui ! Oh vous avez raison ! S’exclamaient les autres. - Encore ces mendiants ! On ne peut vraiment pas être en paix avec eux ! S’exclamait avec mépris une jeune femme blanche. - Toujours ces noirs, ces pakistanais et autre ! p****n ! Retournez chez vous ! Que de venir nous envahir en crevant de faim ici ! Ajouta un vieil homme qui semblait être raciste Les autres le regardaient éberlués mais se reprennent très vite en se dispersant. Mais il y a toujours une ou deux âmes charitables qui se distinguent de toute cette médiocrité dont fait preuve l’être humain. - Tenez, arrêtez de pleurer et achetez-vous à manger avec cela. Me proposa gentiment une jeune dame grande blonde, en me présentant un billet de cent euros. La compassion de cette dame me fit encore pleurer d’avantage, je ne cessais de me dire que même tout l’or du monde ne pourrait panser ma plaie, cette monstrueuse blessure que venait de causer le père de… Ma copine !!! A cette pensée mes larmes triplèrent de volume, non mon Dieu ! Non pas cela ! Je ne pouvais être enceinte du père de ma copine ! Mon Dieu non ! Pourquoi !? Pourquoi !!? « MUMBAYI !!! » M’écriais-je. - Qu’y a-t-il ? Madame ? Séchez donc vos larmes, je vous en conjure. M’implora presque la dame qui m’avait présenté les cent euros. - Je n’ai pas faim… Laissais-je tomber. - Vous parlez français ? Mais qu’avez-vous ? Pourquoi pleurez-vous en pleines rue ? Qu’avez-vous donc ? Je portais mon regard embué vers elle puis sur chacun des autres passants encore présents autour de moi. Ce n’est qu’à cet instant que je réalisais que je m’étais mise à pleurer en pleine rue. Un ‘‘cousin’’ (j’entends par cousin un africain) vient me prendre par la taille en m’aidant à me relever. « Venez, je vous emmène voir un médecin » avait-il dit. Je les regardais tous comme s’ils étaient fou. Pourquoi m’aider ? Comment m’aider ? Mon cas est irrévocable, je suis enceinte ! De surcroît du père de ma meilleure amie ! Comprendraient-ils seulement cela ? J’ai été victime d’un acte que je n’avais point prémédité, ma bêtise… « Ne prends jamais quelque chose qu’on t’apporte déjà servi. » Me répétait sans arrêt ma grand-mère, maman Dina, la maman de mon père, qui est mon dina « homonyme en dialecte punu ». Des principes, j’en ai toujours eus et les ai toujours respectés, mais la seule fois où j’ai fait abstraction à la règle… Je… Je me retrouve enceinte ! Je ne saurais donner un qualificatif à ce qui m'est arrivé. Un viol ? Un crime ? Que sais-je ? Comment expliquer le faite qu’il m'ait poussée à consentir ? A faire cet acte part ma volonté ? Je me souviens l’avoir désiré à n’en plus pouvoir, et là ? Et là ? Serait-ce un viol ? Non pas physique mais spirituel. Oui, je pense que c’est cela. Mes principes ont été violés, ma conscience a été violée, on a triché mes pulsions… Et maintenant… Je me retrouve là, au milieu de toute cette foule, les larmes aux yeux, la morve au nez, et le cœur en morceau. - C’est fini cousine, c’est fini, il y a une clinique non loin d’ici… Dit-il en me réconfortant. - non, non, je vais juste rentrer chez moi. Dis-je entre des reniflements. Merci… Ajoutais-je en me détachant de son étreinte. Je me dirigeais vers la bouche de métro où je trébuchais en empruntant les marches d’escaliers, la seule chose dont je me souviens fut un cri horripilant puis la foule de gens qui accourait vers moi tandis que je roulais sur les marches. J’ouvris et refermais les yeux. Très vite je sentis mes forces me quitter, mon regard embué se floutait et bientôt plus aucun son ne me parvenait, je me sentais encore m’en aller… ‘‘ Mon Dieu ma pauvre cousine, regard comment elle souffre, ma pauvre petite sœur, pourquoi elle Seigneur ? Qu’a-t-elle fait ? Pourquoi la punir à chaque fois ? Pourquoi ? ’’ La voix d’Amandine me fit sortir de mon sommeil prolongé. J’ouvrais les yeux en la regardant, je me trouvais ‘‘encore’’ dans une chambre d’hôpital. Ce que j’en avais marre, de toujours être compté parmi les faibles, au moindre souci je flanche et me retrouve dans un lit d’hôpital. Il suffit que ma conscience ait du mal à accepter ce qui se passe pour que mes nerfs lâchent. - Oh Chancia ! S’écria-t-elle dépassée. - Chancia, je fais comment ? Je fais comment avec toi ? J’ai dû laisser mon stage pour vite venir ici, hier j’ai reçu un appel de l’hôpital comme quoi tu avais été administrée ici et c’est en fouillant ton journal d’appel qu’ils ont pu me contacter. Mais Chancia, qui t’a maudit ? Qui ??! Je ne l’écoutais pas vraiment, car je ne pensais qu’à une chose, que cet enfant soit mort ! Rien de plus. Je souhaitais sa mort du plus profond de mon cœur, et je n’eus qu’une seule chose à demander… - est-il mort ? Demandais-je insensible. Cet être en moi, est-il mort ? Répétais-je de manière plus claire. - hum. Soupira-t-elle. Non. Le bébé va bien, l’enfant et toi être hors de danger, il eut plus de peur que de mal, demain tu pourras rentrer… Non ? Comment ça, non ? Qui va bien ?! Les Dieux se foutent de moi ? C’était une chance inouïe pour reprendre ce maudit être et ils refusent ? Ils refusent ! Quitte à en mourir je l’enlèverai ! Les jours qui suivirent j’étais allé consulter, voir si je pouvais avoir recours à une IVG sans complication, mais malheureusement les médecins disaient tous la même chose… « Vous courez le risque de partir avec cet enfant ou de devenir stérile » Comme quoi j’étais vraiment liée à lui, mais je ne pouvais me résoudre à abandonner, il me fallait agir car les 12 semaines passées, pratiquer l’IVG sera plus risqué. Amandine m’avait conseillé de garder cet enfant et de tout expliquer à Lovery mais je m’y refusais, la vie n’est pas aussi rose ! Il ne suffit pas de prendre le téléphone, de lancer l’appel et de dire : « oui Lovery c’est Chancie, au faite je suis enceinte de ton père car dernièrement il a mis je ne sais quoi dans mon verre, nous avons fait l’amour et bim voilà, bon beuh j’attends ton ou ta petite-sœur » Oh hé, mieux vaut redescendre sur terre ! Je pouvais utiliser tout le français de Molière, que Lovery ne me croirait pas, c’est son père après tout, son PERE ! J’avais trimé pendant des semaines voire des mois, oui, deux mois en tout, j’étais là à mon 4 mois que je portais toujours ‘‘cette chose’’ en moi, je n’ose penser que c’est un être vivant, non pour moi c’est une ‘‘chose’’ et elle le sera toujours. Je ne voulais point de cette chose et m’étais retrouvée dans l’incapacité de me débarrasser d’elle mais j’avais envisagé l’adoption, je le ferais adopter; hors de question que je garde ‘‘cette chose !’’. - Arrête de tout temps jeter la faute sur cette enfant Chanci… Me demandait Mr Antoine. Oui, vous avez bien lu, Mr Antoine, le père de Lovery et de l’enfant que j’attends ! Oh seigneur ! Pouvais-je seulement lui cacher le fait que par sa faute j’étais enceinte !? Même s’il continuait de nier n’avoir rien mis dans mon verre. *- J’aurais dû t’arrêter quand tu commençais à te déshabiller… * *- ehhh STOP ! Le coupais-je. Allez mentir à qui vous voulez ok ! Mais pas à moi ! Alors là non ! Vous aviez mis quelque chose dans mon verre, j’ignore quoi mais vous l’aviez fait ! Ne me prenez donc pas pour une idiote ! M’écriais-je au téléphone.* *- non je n’ai… Bref là n’est plus la question. Viens aménager chez moi le temps de ta grossesse ensuite tu feras comme tu veux…* *- Ca ! JAMAIS ! Vous êtes bien fou ! Moi vivre encore sous le même toit que vous ! Que sais-je ce que vous me feriez boire cette fois-ci !* *- Chancia écoute…* *- non, vous écoutez-moi ! Je me retiens là à grande peine de vous insulter car croyez-moi vous le mériter ! Sale or… Bref je n’aménagerais pas chez vous, les conditions seront telles : Vous me verseriez une pension chaque fin du mois, payiez d’avance mes frais de consultation et autres, sans compter le virement que vous feriez chaque fin de mois pour le trousseau de l’enfant et autre ! * *- le trousseau ? Je pensais que tu ne voulais pas de cet…* *- Je ne vous laisserais JAMAIS MON ENFANT ! Hurlais-je.* Que m’entend-je dire ? Mon enfant ? Mon Dieu je ne pouvais… Mais c’est mon enfant, cela fait quatre mois que je le porte déjà et j’avoue éprouver un sentiment de bien-être, je me sens moins seule, il m’arrive de faire des rêves sur une petite fille métisse qui me tends les bras en me souriant de ses petites dents. ‘‘Mon trésor’’ L’appelais-je souvent, oui, je trouvais plaisir à lui donner des petits noms mais lorsque l’image de Mr Antoine me revient en mémoire, je me remets à détester cet enfant et à l’appeler de nouveau ‘‘la chose’’ Mais là c’était différent, la simple idée de la laisser avec Mr Antoine m’horripilait, que sais-je de cet homme, après ce qu’il m’a fait je ne pouvais lui faire confiance et s’il me violait l’enfant !? OH NON MON DIEU ! JAMAIS ! Cet enfant n’y est pour rien ! Je la protègerai de ce fou ! Je la sauverai ! *- C’est MON ENFANT ! Et je la garderai ! Quitte à vous tuer pour cela !* *- Comme tu voudras, je vais de ce pas débuter les tâches que tu m’as confiées, d’ici demain ton compte bancaire sera plein.* *- Sachiez que si ce n’étais pas pour mon enfant, jamais je n’aurai eu besoin de votre argent sale !* *- hum, ok, ok !* *- Bien de chose à vous au revoir ! Dis-je avec mépris* *- Au re…* Il n’eut le temps de finir sa phrase que j’avais coupé l’appel. Les semaines passaient et pour le moment tout allais bien, je passais mon temps dans les magasins pour enfant à tout acheter pour ma fille. Je courais de gauche à droite pour les examens et autres concernant ma suivie de grossesse. J’avais également fait part de mon état à maman, en omettant de lui dire de qui était l’enfant mais je sentais dans sa voix qu’elle accusait le coup et semblait attendre ‘‘ma révélation’’ parfois je me demande si elle n’était pas déjà au courant. Un soir alors que je prenais mon courage en main afin de tout lui dire elle ne sembla point étonnée et me donna comme réponse « une mère sent ces choses-là, elle sent quand ça ne et quand ça ne va pas. Tu ne m’avais parlé d’aucun petit ami, que déjà tu es enceinte de lui ? De plus tu avais passé un séjour chez le père de ta copine qui de plus est célibataire, ce sont toutes ces choses qui m’ont mise la puce à l’oreille… ». J’avais pleuré au téléphone pendant toute la durée de la conversation, je ne savais plus ou me mettre, maman ne m’avait pas condamnée ni réprimandée. Elle estimait que ma grossesse était déjà une assez grande punition mais également une leçon de morale et dorénavant je ferai plus attention. Elle m’avait demandé de poser le téléphone près de mon ventre et de mettre le haut-parleur, puis elle se mit à chanter une berceuse à notre petit être car oui elle acceptait mon bébé comme son descendant… « Le petit cœur des petits êtres est beaucoup plus doux que la terre entière, le petit cœur des petits êtres est le gros du bonheur, le petit cœur des petits êtres est le chemin du paradis… » Je finis moi aussi par m’endormir bercer par cette douce et tendre mélodie qui me rappelait tant mon enfance. «…Le petit cœur des petits être est plus pure que le blanc de neige, le petit cœur des petits être est le vrai chemin qui mène là-haut… » Chantais-je de bonheur ce matin à mon réveil. Je me faisais une omelette au plat avec du pain de mie le tout accompagner d’un jus de fruit exotique lorsque j’entendis sonner. Je me levais et allais ouvrir, cela devait être Amandine il n’y a qu’elle et le papa de Lovery qui connaissent chez moi. Quand je vis se présenter devant moi, ni l’une ni l’autre mais elle… CLAAAAAAAAAAAAAAPPPPPPPPPPP La gifle résonnante que je venais là de recevoir suivis d’un "SALE p**e" !....
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