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Rouge b****r de Crozon

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Horreur ou manipulation ?

Léonore crut devenir folle. Folle à mourir vite et bien… ou folle à tuer ! C’est plutôt rare de trouver le corps d’une victime dans son congélateur puis de jouer négligemment avec le couteau qui l’a tuée ! Pire encore si vous ne vous souvenez plus très bien de ce que vous avez fait la nuit dernière.

C’est exactement ce qui arrive à Léonore en vacances à Crozon. Paul Garvi a disparu. Franck, l’enquêteur bénévole, fouine du côté du Four à Chaux. Jules regrette le bon vieux temps tandis que Marie, sa femme, traîne son embonpoint. Chacun attend son heure. Léonore ne se méfie pas et elle se laisse embarquer dans une terrible machination. À savoir pourquoi ! La nuit, des signaux lumineux se parlent en morse au-dessus de l’étang de l’Aber. Sur le miroir, l’empreinte d’une bouche charnue garde jalousement ses secrets. Rouge b****r. Rouge sang.

Plongez-vous dans le 18e tome des enquêtes du commissaire Landowski, qui vous fera voyager en terres bretonnes !

EXTRAIT

En repoussant la chaise contre le mur, sa main gauche adhéra légèrement au haut du dossier.

Puis elle remarqua le congélateur.

C’était une boîte imposante qui ronronnait discrètement. Sur le côté, une petite lumière verte indiquait un fonctionnement normal.

Léonore s’en approcha.

Le dessus du coffre n’était pas poussiéreux comme la salle en elle-même. Au centre du rectangle de couleur marron, un objet était posé.

Un couteau de boucher !

Léonore pensa que l’outil devait servir à saigner les lapins ou les volailles. Suite logique, elle se dit que les bestioles étaient ensuite conservées à l’intérieur du volumineux congélateur.

Afin de vérifier cette hypothèse, il fallait se saisir du couteau pour l’empêcher de glisser et ensuite soulever le couvercle.

Ce qu’elle fit.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

Éditions Bargain, le succès du polar breton. - Ouest France

À PROPOS DE L'AUTEUR

Serge Le Gall vit et écrit à Pont-Aven. Côté Enquêtes, il s’appuie sur son expérience professionnelle dans le milieu judiciaire. Côté Suspense, il aime bien jouer à cache-cache avec son lecteur. Le commissaire divisionnaire Landowski est son personnage fétiche.

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Aperçu gratuit
Chapitre I
IQuelque part, un volet claqua. Léonore se mit sur le dos. Elle ne s’était endormie que depuis quelques minutes après avoir recherché le sommeil. Désespérément. La nuit, les bruits sont toujours amplifiés par le calme apparent. Ils occupent facilement l’espace laissé libre par la vie quotidienne qui s’accorde un répit bien mérité. Surtout en campagne où n’existe pas la rumeur qui paraît si indispensable à une société qui ne sait plus s’arrêter. Les sons, on les perçoit de loin. Mais plus ils sont proches, plus ils troublent réellement un moment que l’on espérait tranquille. Alors, on les suspecte. On leur donne toutes sortes de significations plus folles les une que les autres. Parfois même, on les craint. On les sent franchir une barrière intime, atteindre des organes, agacer les sphincters et bousculer les neurones. Ils ne font que réactiver si naturellement la peur ancestrale dont les êtres humains n’arrivent jamais à se défaire. Le souffle de la dormeuse s’accéléra légèrement. Dormir n’est qu’une pure hypocrisie. Plus de son, plus d’image ne sont vraiment constatés qu’après le dernier saut dans l’inconnu. Le silence tenta de se réinstaller comme pour rassurer la jeune femme déstabilisée dans son sommeil. Le son s’estompa et passa comme un ange. Ou comme un démon. — Dors, dormons, dormez ! Tout va bien ! semblait susurrer le gardien du temple de la nuit à l’oreille qui ne dort jamais. Dans ces moments ouatés, c’est vrai qu’il ne se passe pas grand-chose. Rien d’autre que ce sentiment étrange de s’approcher du gouffre où le sommeil veut nous plonger. Voire nous ensevelir. De quoi, parfois, veiller obstinément, de peur de ne jamais plus se réveiller. Et de s’en aller ailleurs de manière irréversible. Un chien aboie sur le renard qui rôde autour du poulailler. Un train traverse la campagne dans le souffle d’une flèche. Des jeunes rentrant de boîte de nuit chantent, fenêtres ouvertes. Heureusement, ce n’est pas un son banal, un mouvement dans le temps et l’espace, qui peut faire de toutes nos nuits des périodes totalement insupportables. Rassurons-nous ! La respiration de Léonore s’apaisa comme si l’orage était en train de s’éloigner. Elle n’allait pas se réveiller vraiment. Pas tout de suite. C’est quand le bruit qui inquiète décide de remettre ça que le corps qui consentait enfin à se laisser glisser, remet en route ses fonctions vitales. Comme s’il traçait à regret, un trait sur ces heures de repos dont il avait pourtant bien besoin. Pourtant, le concert version intimiste n’était pas fini. Un volet claqua puis un autre, jouant sur la gamme un demi-ton en dessous pour respecter une improbable partition. On aurait dit les deux persiennes en vis-à-vis d’une même fenêtre frappant rageusement la façade, s’amusant même comme des objets d’un dessin animé. De leur propre initiative. Justement parce qu’il n’y avait pas un souffle de vent. Habituée à parler seule, Léonore chuchota : — Mais c’est quoi, ce vacarme… Je veux me reposer. Je veux dormir. Il ne devrait y avoir ici que du silence. C’était mon choix. Personne n’a le droit de me priver de repos. Ni le vent ni… les sorcières ! Et m… ! Puis elle se décida à ouvrir les yeux. Elle le fit lentement, de peur de voir des choses insupportables. Elle ressentait des picotements à l’extrémité des membres. Le corps humain se protège des agressions en renvoyant le sang vers le cœur de façon à réduire d’éventuelles hémorragies et crée ainsi ces sensations désagréables. Elle se redressa sur un coude dans un mouvement désordonné. Elle s’y reprit à deux fois pour trouver la bonne position. Avant de s’allonger, elle avait mis en tas le traversin, l’oreiller et un coussin récupéré sur un fauteuil pour créer un dossier idéal. Elle avait toujours besoin d’un soutien solide dans son dos pour se reposer tranquillement. Il avait suffi de quelques gestes un peu brusques pour faire glisser les strates de tissu et défaire ainsi le fragile édifice. Avant le premier claquement, elle dormait en chien de fusil, la main droite serrée bien haut entre ses cuisses. Une partie de l’enveloppe de la couette était tressée autour de son cou comme une entrave. Réminiscence de soumissions assumées. Cela se passait au coucher quand elle remontait sur elle drap de dessus ou couette. D’un geste habituel, elle se rendait captive pour s’enfermer voluptueusement dans un cocon protecteur, espérant ainsi s’affranchir des risques d’un monde cruel et, comme une petite fille, elle avait alors le loisir de se raconter des histoires simples et belles où elle jouait le plus beau rôle. Pour sombrer dans le néant. Seulement, il ne fallait pas longtemps pour qu’une vilaine sorcière pointe son nez scrofuleux pour gâcher la fête. Léonore avait trop souffert ces derniers temps pour arriver à croire à un monde idyllique. Les idées noires ne font pas bon ménage avec un sommeil réparateur. Alors, elle céda et avala un cachet de Lexomil avec une gorgée d’eau. Depuis qu’elle s’était couchée, peu avant minuit, elle avait somnolé par moments, rêvé beaucoup, gigoté à l’extrême. Son sommeil n’avait rien de l’image de la dormeuse apaisée. Au cours de la nuit, elle se réveillait à peu près toutes les heures, trempée de sueurs froides et découverte par une literie espiègle qui avait glissé sur le plancher de la chambre. Était-ce la fraîcheur du moment ou les cauchemars qui avaient ainsi raison de sa période de sommeil ? Elle-même n’en savait rien. Surtout qu’elle aurait eu trop peur de s’avouer qu’il n’y avait pas que l’action de l’air frais à faire frissonner sa peau. Elle écouta attentivement. Les dents serrées, elle râla : — Ils ne peuvent pas attacher leurs volets par ici ! Ce n’est quand même pas à moi de leur dire que c’est un pays de vent. Le nez vers l’océan, c’est forcé. On en prend plus qu’on en veut. Normal. Géographique ! Quand on est chez soi, on sait d’où ça vient, on comprend ce qui se passe. On pardonne au robinet mal fermé, au chat qui joue avec un bouton, au vent qui s’amuse avec les pots de fleurs posés sur la fenêtre. Quand on est ailleurs, ce n’est plus du tout la même chose. On s’irrite. On a peur. Léonore crut percevoir une sorte de glissement, un chuintement continu comme si on tirait un tapis très lourd. Elle souffla d’exaspération et elle en remit une couche : — Voilà maintenant qu’on déplace le buffet. Mais je rêve ! On ne dort jamais à Crozon ? On riboule la nuit pour passer le temps ? Vivants ? Esprits ? Jamais, je n’aurais dû venir ici. C’est un autre monde, ce bled. Le néant s’approche, ma vieille ! À grands pas ! Pour accompagner son monologue, elle faisait des gestes comme au théâtre façon Malade imaginaire. Le glissement fut si fugace qu’elle se persuada très vite d’avoir imaginé entendre au lieu d’avoir réellement entendu. C’est très agréable parfois de se mentir. Surtout quand on s’en rend parfaitement compte ! Elle s’allongea sur le dos, calant bien l’oreiller au niveau de sa nuque. Elle tira vers elle l’enveloppe de la couette tandis que celle-ci refluait vers le fond de la poche, créant ainsi une sorte d’édredon dodu sur ses pieds. Léonore préférait être juste couverte d’un pan de tissu que de supporter une épaisseur sur sa poitrine. Par contre, elle n’aimait pas avoir les pieds à l’air. Une étiquette au gros orteil et vous voilà allongé à la morgue dans une case réfrigérée. Du coup, il fallait attendre que toutes les conditions soient réunies pour qu’elle puisse s’assoupir à nouveau. Elle plaça la main gauche sous l’oreiller et la main droite, doigts écartés, sur son ventre au-dessous du nombril. Elle écarta les jambes, ce qui fit remonter un peu le tissu trop mou de son short et elle ne bougea plus. Très vite, elle comprit que la nuit serait longue. Elle se plongea volontairement dans des souvenirs heureux, fit bouger ses doigts lentement comme si elle avait besoin de cette sensation du toucher sur son corps pour exister. Elle se força à respirer plus profondément, plus régulièrement et elle se sentit nettement mieux puis, l’obscurité aidant, elle se laissa flotter entre deux mondes. Le voyage de Gulliver ne dura pas. Une série de petits claquements sourds la fit sursauter. Il s’agissait maintenant d’une saccade comme si une main hystérique cognait le bord d’un volet sur la façade pour le déglinguer. Léonore s’assit dans son lit. — À quoi on joue, là ? demanda-t-elle à un interlocuteur invisible. On veut impressionner la visiteuse ? On s’amuse avec la nouvelle venue ? Si c’est toi le vent qui fais ce boucan, ça va maintenant ! Respecte un peu ! Elle bouscula la couette déjà chiffonnée, puis elle posa les pieds bien à plat sur le parquet. La tiédeur du bois ciré la rassura. Elle marqua un petit temps d’arrêt. Tout à coup, elle se sentit fragilisée. « Et s’il y avait quelqu’un dans la maison ? se dit-elle intérieurement. On a vu ça à la télé, ces fondus qui jouent les monte-en-l’air pour v****r des femmes sans défense. Y a pas que dans les grandes villes. Des bizarres, doit bien y en avoir ici… La femme reste toujours une proie facile. » Elle se leva et s’approcha de la fenêtre. Comme à son habitude, elle avait tiré les persiennes sans les fermer complètement. Elle poussa les battants sans faire de bruit, puis elle posa le front sur le bois pour regarder au-dehors par les petites ouvertures rectangulaires. Au loin, en contrebas de la maison, elle distingua les deux étendues d’eau séparées par le ruban plus sombre d’une route posée sur un pont. L’étang de l’Aber et Rozan, c’est ainsi qu’un voisin avait nommé le lieu à son arrivée en fin d’après-midi. C’était un vieux bonhomme en salopette bleue et casquette verte. Quand elle avait embouqué le chemin menant à la maison qu’elle n’avait pas encore trouvée, l’homme qui était en train de chauler le tronc de ses fruitiers, avait soulevé sa casquette et il s’était gratté le haut du crâne comme si la manœuvre de la visiteuse le rendait perplexe. La voie d’accès n’était pas bien large et elle épousait un peu trop la pente naturelle du terrain. De quoi se croire un instant sur les flancs d’une montagne à faire un raid particulièrement éprouvant. Il devait y avoir un autre chemin que celui-ci, réservé aux autochtones, pour atteindre la maison… Léonore aurait pu se faire accorder des circonstances atténuantes, vu la configuration des lieux composée de petits chemins tissant une toile d’araignée et finissant souvent en cul-de-sac. Elle avait vu de jolies parcelles occupées par des mobile-homes et des petits coins discrets bien utiles pour vivre cachés en pleine nature. De quoi se débarrasser de tout vêtement et se goinfrer de soleil pour capitaliser de la vitamine D. D’ailleurs, c’est ce qu’elle cherchait : nature et tranquillité. Il n’était donc pas question pour elle d’admettre d’emblée que ses nuits allaient être peuplées de désagréments multiples. Ses yeux s’habituèrent à la pénombre d’une nuit où la lune condescendait à éclairer un peu le paysage. Sur la gauche, entre la digue et la mer, il y avait une langue de terre s’approchant de l’île de l’Aber et laissant un seul passage libre au cours d’eau émanant de l’étang. En étant plus attentive, elle distingua deux points de lumière se balançant de manière régulière. Elle jugea que chaque fanal étant tenu par un homme à pied, la marche de celui-ci créait le mouvement. De là à se croire non loin de l’Auberge de la Jamaïque, il n’y avait qu’un pas qu’elle avait bien envie de franchir. La solitude crée un monde particulier et l’unique acteur s’invente des rôles qui sont autant d’actes manqués. Et s’il y avait derrière ça une sombre histoire de naufrageurs et de coffres au trésor halés sur le sable par des pirates hirsutes ? Ses vacances seraient réussies… Elle avait toujours rêvé de rencontrer un beau corsaire la plaquant contre une cloison de la dunette un soir de tempête et usant des mouvements de la mer pour décupler les siens. Un autre point blanc s’alluma sur la colline en face. Il resta fixe une bonne minute, puis il clignota de manière irrégulière. L’intérêt de la jeune femme allait grandissant. Ces éclairs blancs lui semblaient être un signal, voire un langage, puisqu’il y avait des moments de noir complet, comme si une réponse était attendue du versant sur lequel elle se trouvait. Elle se la joua rêve éveillé. « Tu es tombée sur un repaire de brigands, ma vieille ! Si ça se trouve, c’est dans cette maison qu’ils se regroupent, la nuit venue. Tu les déranges. Alors ils secouent les volets pour te filer une de ces trouilles ! Peut-être même qu’ils vont te séquestrer… Et te faire de ces choses avant de te trancher la gorge ! » Léonore balaya ses affabulations. S’il y avait autre chose que des coïncidences, elle trouverait. Elle se força à revenir vers la réalité : « On dirait du morse. Bon, en même temps, je ne sais même pas ce que c’est vraiment. C’est un truc avec des points et des tirets, je crois bien. Un éclat court ou un long. Plusieurs à la suite… » Elle observa encore. Les questions se bousculèrent dans sa tête. « Mais pourquoi en cet endroit ? Pour servir à quoi ? À moins que ce ne soit en rapport avec la base aéronavale de Lanvéoc-Poulmic justement située dans l’axe de la lumière ? J’ai vu des hélicoptères en venant. Ils passent là, juste au-dessus, avant d’aller se poser à la base. Et alors ? » Le noir complet revint sur le versant opposé. Plus d’éclats du tout. Alors elle pensa qu’il pouvait tout simplement s’agir de gamins s’inventant des histoires d’espionnage et qui venaient de se recoucher suite à des remontrances des parents. Elle continua à ratiociner : « Oui, espionnage ! Non, pas par des enfants ! Mais pourquoi faire ? Déclencher une guerre mondiale ? Tu lis trop de polars, ma pauv’fille. Et si tu retournais te pieuter, hein ? » Elle dodelina de la tête. Son double avait raison. Pieds nus et si légèrement vêtue, elle allait prendre froid sans forcément avoir découvert le complot du siècle. Mais ce bruit… Il devait venir d’un volet mal fermé, d’un coup de vent soudain, assez fréquent en bord de mer. Pas vraiment de quoi fouetter un chat ! Ni se priver de quelques bonnes heures de sommeil ! Le voyage n’avait pas été très fatigant mais toutes ces choses qui lui prenaient la tête, avaient suffi à le rendre particulièrement pénible et, justement, si elle ne voulait pas repenser à tout ça, il fallait qu’elle dorme. Maintenant. Léonore referma la fenêtre d’un geste un peu brutal comme pour indiquer qu’elle n’avait rien à faire des oiseaux de nuit et retourna vers le lit. Elle monta sur le matelas en restant debout, le piétina un peu en tournant comme les animaux qui préparent leur gîte, puis elle se laissa tomber. Elle se glissa sous la couette, la tira vers elle, opéra un quart de tour et ferma les yeux. Dormir. Il n’était pas dit que ce projet était encore du domaine du possible. Un autre bruit, plutôt celui d’une porte mal fermée tapotant fébrilement contre le chambranle, se fit entendre. Il se répéta à plusieurs reprises. « Ben voilà ! Cette fois, j’en ai assez. D’accord, c’est une maison ancienne. D’accord, il peut y avoir une brise de mer. Mais quand même ! Il y a un moment où le bazar doit s’arrêter. Ou être stoppé par quelqu’un. Si je dors plus mal ici que chez moi, il ne me reste plus qu’à rentrer ! » C’était sans compter avec sa curiosité naturelle. Elle décida de partir en mission de reconnaissance vu qu’elle n’avait guère le choix. C’était ça, en l’occurrence trouver la porte récalcitrante et la bloquer, ou sursauter tous les quarts d’heure à se foutre le cœur en l’air. « Mais tu crèves de trouille, ma fille ! Tu vas te lancer dans l’escalier, comme ça, presque nue, seule, sans prévenir quiconque ? Tu parlais tout à l’heure de prédateurs sexuels. Qu’est-ce que tu fais s’il y en a un qui te coince dans l’escalier ? Tu lui dis : Bonjour Monsieur. I’m very happy to see you. » Léonore haussa les épaules, enfila un pull et chaussa des mules neuves spécialement achetées pour ce séjour en Finistère, puis elle s’approcha de la porte donnant sur le palier. Là, elle s’arrêta et elle appuya son oreille contre le pan de bois. Dans le fond, elle n’en menait pas large. Elle n’était pas chez elle. Elle était seule. Tout pouvait arriver. Les colonnes des journaux relataient suffisamment de faits divers où des femmes avaient été agressées la nuit, pour qu’elle fasse preuve de la plus élémentaire des prudences. N’entendant rien de particulier, elle s’enhardit. La porte ouverte puis refermée derrière elle, elle se mit à descendre l’escalier à pas de loup. Les marches en travertin lui facilitaient la tâche. Arrivée en bas, elle s’arrêta sur le carrelage à damier noir et blanc. Face à elle, une porte. Fermée. Ce n’était donc pas cette porte la responsable de cette nuit gâchée. La jeune femme passa à l’extérieur. La pleine lune servait d’éclairage. Cette curieuse maison située quelque part sur la pente, à proximité des villages de Raguénez et Le Véniec, était construite autour d’un petit patio et formait ainsi un carré. Architecture mauresque importée en baie de Douarnenez. Une sorte de déambulatoire abrité tournait autour de quatre carrés de verdure taillée. Au centre, trônait un bassin posé sur une colonne de style rococo. Un filet d’eau coulait en permanence pour donner à boire aux oiseaux. Le plus surprenant c’était cette pyramide en laiton suspendue à une pergola par un fil de fer et chapeautant le bassin. Lors de sa visite des lieux, la veille, Léonore avait découvert d’autres pyramides de ce type au-dessus des portes, des arbustes et des sculptures de femmes lascives enchâssées naturellement dans les haies de buis. Elle s’avança sur la droite. Elle aurait pu prendre par la gauche, c’était du pareil au même, mais il fallait bien faire un choix. Surtout qu’elle n’avait aucune idée de l’endroit où il fallait chercher cette huisserie intempestive. Elle fit donc le tour du patio sans découvrir quoi que ce soit d’anormal. Elle continua jusqu’à l’escalier de pierre descendant vers le jardin. L’un des éphèbes immobiles formant une haie d’honneur, tendait un doigt de pierre vers elle. Un instant, elle le crut bien vivant et elle stoppa net sur le bord d’une marche. « T’es folle ou quoi, ma vieille ! Le beau mec aux cheveux bouclés restera de marbre, quoi qu’il arrive. Ah, ah ! Dommage, hein ? » En faisant le tour du propriétaire, peu de temps après son arrivée, elle avait pu examiner l’anatomie de cette garde rapprochée sans pouvoir s’empêcher de laisser glisser une main distraite sur leurs attributs décoratifs, pour certains parfaitement insolents. Elle s’avança vers la statue, caressa le doigt semblant la désigner. « Dommage que tu restes si froid devant une femme presque nue. Je t’aurais bien invité dans mon lit… Je suis certaine que tu aurais pu me faire oublier tous ces trucs qui font peur et qui m’exaspèrent. » Un bruit de feuillage froissé sortit Léonore de ses rêveries légères. « C’est rien, Léo ! Un chat qui cherche une belle. Pas plus ! » Le frottement ne se répéta pas. La jeune femme s’avança encore un peu dans l’allée longeant la maison. Elle pouvait tout aussi bien rejoindre sa chambre par là puisque le jardin était découpé par des chemins dallés de pierres plates. La pyramide de laiton suspendue au-dessus du bassin tinta. Léonore scruta la pénombre, mais elle ne vit âme qui vive au bord de la vasque. Si vent il y avait, il ne pouvait pas pénétrer dans le patio. Plus loin, elle découvrit la porte qui pouvait être la responsable de cette perte de temps. En bougeant l’huis entrouvert et en le tapant sur le chambranle, Léonore arriva à reproduire les derniers sons qui l’avaient agacée sans pour cela expliquer les premiers de la série. Elle poussa ensuite la porte et chercha un commutateur. Elle sentit une demi-sphère froide sous ses doigts. Elle tourna le bouton. Une clarté un peu blafarde repoussa difficilement l’ombre. Un escalier descendait vers le sous-sol. Elle l’emprunta. En bas, il y avait une vaste salle de la taille du bâtiment situé au-dessus. Le bouton d’éclairage qu’elle avait tourné commandait aussi les lampes du sous-sol. Dans le coin gauche, elle remarqua une fenêtre très large qui devait s’ouvrir au ras du sol du patio. Les deux battants étaient entrouverts, l’un plus que l’autre. Léonore estima alors qu’elle avait trouvé la responsable du désagrément. Elle chercha autour d’elle, un moyen de se hisser au niveau de la fenêtre pour la fermer une fois pour toutes. Une vieille chaise paillée lui sembla suffisante pour l’opération. Elle monta sur la chaise qui manifesta immédiatement sa réprobation par une série de craquements indiquant sa fin prochaine. Elle se tint de la main droite et tourna l’espagnolette de la main gauche. Ensuite, elle redescendit sur la terre ferme. En repoussant la chaise contre le mur, sa main gauche adhéra légèrement au haut du dossier. Puis elle remarqua le congélateur. C’était une boîte imposante qui ronronnait discrètement. Sur le côté, une petite lumière verte indiquait un fonctionnement normal. Léonore s’en approcha. Le dessus du coffre n’était pas poussiéreux comme la salle en elle-même. Au centre du rectangle de couleur marron, un objet était posé. Un couteau de boucher ! Léonore pensa que l’outil devait servir à saigner les lapins ou les volailles. Suite logique, elle se dit que les bestioles étaient ensuite conservées à l’intérieur du volumineux congélateur. Afin de vérifier cette hypothèse, il fallait se saisir du couteau pour l’empêcher de glisser et ensuite soulever le couvercle. Ce qu’elle fit. Le manche était enduit d’un liquide poisseux. Elle le lâcha aussitôt et le couteau tomba sur le sol. Elle regarda sa main. Elle était rouge de sang. La vision pourpre de sa paume droite lui donna un coup au cœur. Elle se pencha pour reprendre le couteau, Elle le saisit par la lame pour éviter cette sensation bizarre de coulis de fraise, mais elle s’y prit mal à cause du peu de clarté et elle se coupa légèrement. Elle reposa main et couteau sur le couvercle marron du congélateur et, de l’autre, elle saisit la poignée. Elle allait l’ouvrir. Sans l’ombre d’un doute. Qu’allait-elle trouver à l’intérieur du coffre ? Elle avait peur tout à coup. Il y avait eu ces bruits dans la nuit, ces frottements, une sorte de présence. Puis ce couteau ensanglanté et cette lame si tranchante. De quoi flipper grave ! Tout à coup, elle eut envie de fuir, de courir dans le jardin comme une folle, de jeter ses vêtements aux orties et de s’arrêter plus loin, échevelée et nue, au bord de l’océan. Et de s’y plonger pour la dernière fois. Léonore avait peur de la nuit. Peur d’elle-même et de ce qu’elle était capable de faire. Même les cachets qu’elle croquait comme des bonbons ne l’empêcheraient pas d’aller au bout des choses. Là, debout devant ce congélateur paisible, elle imagina : « Et s’il y avait autre chose que de la bouffe là-dedans ? »

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