MIND
La dernière pelletée de terre venait d'être jetée. À jamais plus je ne reverrai ma mère. Elle s'en était allé.
Mon réveil vint à bout de ce rêve que je revivais, la nuit tombée, depuis ce week-end que je l'avais enterré.
À aucune personne, je ne pourrais souhaiter cette douleur obsédante. Ma confidente, si aimante et bienveillante, m'avait été arrachée par ce destin funeste. Et maintenant, c'était cette maison, qui renfermait nos souvenirs, que je devais quitter.
Aujourd'hui, je devais retrouver ma grand-mère. Au moins, la vie me l'avait laissé à mes côtés. Il n'y avait que d'elle que je pouvais encore espérer de l'amour, comme de l'affection.
Je pris la direction de ma douche, et je fis le nécessaire.
Ma valise, la veille, avait déjà été faite. Elle m'attendait sur la table de mon bureau.
Un dernier coup d'œil à ma chambre, et je refermai la porte. Ma chambre me manquera. Autant que cette maison.
C'était les larmes aux yeux que je descendis les escaliers. Ce qui restait de ma maison m'attristai.
Les tableaux de peintres de renom, qui étaient accrochés à nos murs, n'étaient plus. Ils avaient été bradés il y avait quelques semaines. Les mobiliers aux bois nobles, et les vases en marbres eux aussi avaient été vendues à vils prix. La plupart de ce qui faisaient la beauté, le faste, de cette maison, avaient déjà été vendu. Et pour ce qui était du reste, il patientait sous des tissus blancs.
Devant la porte, m'attendait Edouard, l'intendant de notre domaine, du moins de ce qu'il en restait. C'était un grand homme, à la barbe fourni, au crâne chauve, et à la peau basané. Il avait été un bon ami, et confident de ma mère, de son vivant.
— Mr Loyd, êtes-vous prêt ?
— Nous pouvons y aller Edouard. Ici, plus rien ne me retient.
Il m'ouvrit la porte, et tous deux, nous gagnâmes le véhicule.
J'étais épuisé de regarder les bâtiments défilés alors que nous nous éloignons de la capitale. Malgré le fait que ce sujet ne m'était guère plaisant, je décidai de l'aborder. La question de la liquidation des biens, que ma mère avait héritée de mon défunt père, devait tôt ou tard être abordée.
— Edouard, a-t-on terminé de vendre cette maison et ce qu'elle contient ?
— J'ai parlé au notaire ce matin. Il m'a dit que le domaine avait déjà été vendu. Et s'agissant des meubles, il en reste juste quelques-uns.
— Et le payement de nos créanciers ?
— Avec l'argent que l'on collectera, on sera solvable. Mais comme vous le pressentez...
— Il n'y aura pas grand-chose à convoiter dans ce qu'il restera.
— Tout à fait Monsieur.
— Alors, avec ce qu'il restera, veillez, je vous pris, payer ceux qui ont été au service de ma mère et moi, et remerciez les, Édouard, pour leur loyauté !
— Comptez sur moi !
La maladie de ma mère, qui dura près de deux années, nous avait amené à prêter de l'argent après avoir épuisé la rente qu'elle avait hérité de mon père. Ne voulant pas délaissé son manoir, pour un logis plus modeste, ma mère s'est vue submergée par les dettes. Et à présent, pour les payer, il me fallait liquider le patrimoine auquel elle tenait si fièrement.
Le véhicule prit les portes de la ville et continua son chemin sur une route de campagne.
Cette route, bordée par des prairies, m'était familière. C'était celle que je prenais chaque week-end pour visiter ma grand-mère. Ma douce et aimante grand-mère, Marylise Loyd.
Sauf que depuis deux ans, à cause de l'état de ma défunte mère, j'avais délaissé ce sentier.
À quel destin me conduisait cette route ?