Lorsque je quittai ma grand-mère, elle s'était endormie. Toutes ces émotions, l'avaient autant épuisée que moi. Je gagnai la cuisine et retrouvai Sarah qui pelait des pommes de terre.
— Monsieur, vous êtes là. Comment va-t-elle ?
— Elle s'est endormie.
Je marquai une pause, puis repris.
— Sarah, pourquoi ne m'avoir pas écrit pour me signifier l'état de santé de ma grand-mère ?
L'intendante arrêta de peler ses pommes.
— Vous savez, monsieur, votre grand-mère ne voulait pas davantage vous inquiéter alors que vous traversiez des moments difficiles. Elle m'a sommé de ne point vous informer.
Mon postérieur retrouva une chaise et je posai mes coudes sur l'une des chaises.
— Marylise Loyd, est toujours autant cachottière lorsqu'il s'agit de ses malheurs, je me peinais à dire.
— Vous la connaissez, soupira Sarah.
Je finis par aider Sarah à préparer le bouillon de ma grand-mère. Comme ce n'était qu'elle qui était autorisé à préparer la nourriture de cette dernière. Ainsi, nous irions plus vite.
— Sarah, ma grand-mère, m'a parlé d'une certaine personne qu'elle laisserait à sa charge, si malheur advient, mon éducation. Saviez-vous de qu'il s'agit ?
— Oui. Elle m'en a déjà parlé, avoua avec peine Sarah. Il s'agit de Madame De Figaret. La femme du premier fils de votre grand-mère. On dit d'elle, qu'elle a un caractère assez difficile pour une Française. Et de ce que je sais, elle a un unique fils, dont on dit qu'au-delà de l'aimer, c'est de l'idolâtrie qu'elle lui voue. Qui plus est, elle l'a eu lors d'un précédent mariage, selon des langues indiscrètes.
Ce que me dit Sarah me laissa plus que perplexe. Je n'étais point rassuré de rencontrer cette Madame De Figaret. Et encore moins qu'elle soit celle qui devra veiller sur moi.
Il était vingt heures lorsque je montais les escaliers, le plateau entre mes mains, pour l'apporter à ma grand-mère.
Mon cœur était lourd, plus que de raison. Était-ce dû su fait de sa maladie, je n'en avais aucune idée.
Lorsque je poussai la porte, la chambre était uniquement éclairée par un chandelier posé près de son lit. Elle ne souhaitait pas qu'on allume les lumières.
Je m'approchais de sa table de nuit et posai le plateau. Je m'accroupis près d'elle et j'observai son visage paisible, reposé. Dans son sommeil, elle semblait en paix.
Un coup de vent souleva des rideaux, une des bougies s'éteignit.
Je passai une mèche de ses cheveux, derrière son oreille, puis je baisai son front avant de prendre dans la mienne sa main. Et c'est là que je constatai, ce que je peinais à réaliser sur le coup, l'effroyable.
Elle était aussi froide que le vent d'un matin de février.
Tremblante, ma main prit son pouls. Mes yeux ne cessèrent de couler des larmes, tout en étant d'humeur tétanique. Lorsque l'évidence s'immisça dans mon esprit pour m'entrer dans la dureté de la réalité, je fondis en l'arme sur son cadavre.
Les tréfonds de mes entrailles ne cessaient d'être secoués par les spasmes que me causait ma difficile condition.
Dans mes bras, inertes, le corps de ma grand-mère accueillait mes larmes, ma peine.
La déchirure, une nouvelle fois, qui s'imposa à mon cœur me parut épouvantable, insupportable, inhumaine.
Je venais de perdre une nouvelle fois, la dernière personne dont j'aurais pu recevoir de l'amour.