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O KSANA R EED
MAFIA RIDER
L'intégrale
HISTOIRE EROTIQUE
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Ce livre est un ouvrage de fiction. Les noms, les personnages et événements sont le produit de l’imagination de l’auteure ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des faits réels, des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite.
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Ebook soumis au copyright © 2020, Oksana Reed
Crédit photo : © Depositphotos
Avertissement : cette œuvre comporte des scènes érotiques dans un langage adulte. Elle vise un public averti et ne convient donc pas aux mineurs. L’auteure décline toute responsabilité dans le cas où cette histoire serait lue par un public trop jeune.
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TOME 1
Les nouvelles recrues se balançaient d’un pied sur l’autre dans l’entrepôt sombre, mal à l’aise. Le chemin pour arriver à ce point avait déjà été difficile. Pour prouver leur motivation, ils avaient dû dérober chacun un objet à la tire, puis s’engager dans une course poursuite acharnée les uns contre les autres dans les rues de Palerme. Une partie géante de gendarmes et voleurs, c’était ainsi que les capos avaient décrit la chose.
Sauf qu’ils étaient tous les voleurs, et qu’ils devaient reprendre aux aspirants-membres qui leur étaient opposés un emblème du clan qui leur avait été distribué à la fin de la première épreuve. Violemment, si nécessaire. Et maintenant, ils étaient là, seulement trois quand ils étaient presque une vingtaine au début, dans un hangar désaffecté et humide, au beau milieu de la nuit.
Giulia avait joué le jeu. Elle avait volé, couru, menacé, frappé, frappé encore. Le capo à qui elle avait remis ses cinq emblèmes avait été très impressionné. Il n’avait, lui avait-il confié, jamais rencontré une femme si déterminée à intégrer le clan des Angles, ni si féroce dans sa manière de se mesurer aux autres.
Pas mal, avait répondu Giulia, pour une paumée à l’accent du Nord. Le regard du capo lui avait signifié que, de son point de vue, elle avait beaucoup d’atouts en plus de ses capacités de combat, mais elle n’en avait eu cure. Ce n’était pas lui qu’elle devait convaincre, mais Adriano, le parrain de leur groupe.
Si elle réussissait, ce soir-là, à être admise parmi les membres des Angles, elle aurait une occasion unique d’observer son fonctionnement de l’intérieur, et, elle en était persuadée, de rédiger une série d’articles qui marquerait l’époque. Un Roberto Saviano au féminin, avait dit son éditeur. En espérant qu’elle n’ait pas à passer sa vie sous protection policière ensuite. Mais Giulia n’était pas du genre à se laisser rebuter par le danger, bien au contraire. À vingt-cinq ans, la jeune femme avait déjà côtoyé la mort plusieurs fois.
Elle possédait de fait à son actif plusieurs enquêtes d’infiltration, et son nom de plume était devenu célèbre lorsqu’elle avait publié un dossier d’investigation extrêmement détaillé sur les pratiques de corruption des élites napolitaines, en révélant s’être fait passer pour une escorte – et allant jusqu’à fournir les prestations attendues d’une telle profession – afin de gagner accès aux cercles les plus fermés. Elle ne comptait pas renoncer si près du but.
Facile à dire, cependant, tant qu’elle ne connaissait pas la teneur de ces dernières épreuves. Les pires idées se succédaient dans son esprit. Peut-être allait-on lui ordonner de torturer quelqu’un, ou de brûler ses papiers d’identité – par sécurité, elle avait préféré ne pas en apporter. De toutes les manières, elle était censée être une paumée au ban de la société.
Cela ne surprendrait personne qu’elle n’en ait pas. Le scénario le plus atroce qui s’imposait à ses pensées était la possibilité qu’on lui demande de tuer un de ses deux camarades d’initiation pour obtenir son intégration. Elle avait entendu dire que les gangs de motards faisaient ça.
Ils appelaient la pratique le pacte de sang. Giulia n’avait aucune idée de si elle oserait passer à l’acte. Elle craignait les deux options à égale valeur : ne pas être capable de le faire, et mourir ainsi, comme un chien, sur le sol maculé d’eau et d’essence d’un entrepôt désaffecté, ou ôter la vie d’une personne de sang-froid.
Mais déjà, il n’était plus le temps de réfléchir. Le grondement de moteurs annonçait l’arrivée du g**g. Instinctivement, les trois jeunes genres se rapprochèrent les uns des autres.
Même Livio, un grand dadais d’une vingtaine d’années, aux épaules aussi larges qu’il était haut et au visage marqué par les bagarres de rues, se ramassa sur lui-même, bras au niveau des pommettes, au cas où il faudrait en découdre. Par précaution, Giulia glissa les mains dans la poche de sa veste en cuir, et enfila le poing américain qui ne la quittait jamais.
Une lumière violente fit irruption dans leur champ de vision, puis une autre. Une à une, les motos du g**g pénétraient à l’intérieur du hangar et s’arrêtaient face à eux, de manière à former un cercle baigné par la blancheur crue des phares. Giulia plissa les yeux. Elle n’y voyait plus rien, elle entendait à peine. La panique grimpait en elle, mais elle se força à garder une apparence de calme et à rester la tête droite.
Quelque part devant elle, elle perçut le rire, très reconnaissable, d’Adriano, leur leader. Il donnait l’impression de se délecter de la peur de ses deux compagnons. Giulia se jura intérieurement de ne jamais être l’objet de cette moquerie froide.
Félicitations, déclara enfin Adriano, après que son ricanement a eu fini de rebondir en écho sur les arches vides du hangar. Vous avez passé les deux premières épreuves. Il vous en reste encore une, et vous serez des Angles. Des vrais de vrais. Êtes-vous prêts à jurer fidélité au groupe, ici et maintenant ? Oui ! s’écria Giulia d’une voix forte, campée sur ses deux jambes.
Un moment de silence suivit. Un doute glacé s’insinua dans l’esprit de la jeune fille. N’avait-elle pas été trop rapide pour répondre ? Même incapable de le voir, elle pouvait sentir le regard d’Adriano posé sur elle. Un regard lourd, chargé de méfiance.
Comme pour confirmer cette impression, le gangster reprit :
Je vois que nous avons une recrue particulièrement motivée. Quel est ton nom, dis-moi ? Giulia. Giulia quoi ? Juste Giulia. J’ai laissé le reste derrière, ça n’en avait pas la peine. Eh bien, « juste Giulia, » es-tu sûre qu’il n’y a pas quelque chose ou quelqu’un de ton ancienne vie que tu voudrais conserver ? Un admirateur ? Un amant ? Une belle femme comme toi doit en avoir à la pelle. Aucun qui mérite que je m’y attarde, non, jeta Giulia, le menton pointé en avant. Les hommes de la péninsule sont mous et pleurnichards. Je veux un homme qui cherche une égale, pas une bonniche ou une maman de substitution. Et j’espère sincèrement que tes hommes sont d’aussi bons amants qu’ils sont motards, car sinon je vais être déçue.
Quelques rires encourageants accueillirent sa déclaration.
Tu n’as pas la langue dans ta poche, remarqua Adriano.
Maintenant que ses yeux s’habituaient à la lumière, elle distinguait sa silhouette, penchée sur le guidon de sa moto.
C’est en général ce qu’on me dit quand on n’a plus d’argument à m’opposer.
Elle entendit le cuir de son pantalon grincer, tandis qu’il se redresser. Le silence s’éternisa une seconde de trop, puis Adriano ajouta :
Puisque tu as réussi les épreuves, tu as le droit de passer la troisième, mais laisse-moi t'apprendre quelque chose, « juste Giulia. » Tu ne me plais pas. Je sens que tu caches quelque chose. Quoi que ce soit, je finirai par le trouver, et si cela ne me satisfait pas, je te tuerai. Capisce ? Capisce, capo, répondit-elle, refusant toujours de baisser les yeux. Au besoin, je te tendrai moi-même le couteau.
Il fit claquer sa langue dans sa bouche, désenfourcha sa monture, et se détourna. La tension générale s’allégea immédiatement. Giulia s’autorisa une seconde de soulagement. Elle avait surmonté cet obstacle. Restait à savoir quels allaient être les autres.
Comme s’il avait lu ses pensées, un homme descendit de son engin, et déposa, à grand bruit, une structure sur le sol. Aussitôt, ses compagnons s’affairèrent dans tous les sens, pour installer quelque chose. Très rapidement, ils firent rouler une moto au milieu du cercle, accompagné d’un siège pliable et d’une table portative sur laquelle étaient disposés des flacons d’encre et un pistolet de tatouage.
Bien ! s’écria l’homme qui avait déchargé ces éléments.
Machinalement Giulia enregistra les détails de son apparence : la soixantaine, les cheveux blancs marbrés de mèches cendrées, éclaboussés par la lumière artificielle, le visage buriné par le soleil de Sicile et une vie à la dure, des yeux perçants sous un front bas et des sourcils en broussaille. Un ancien chef ayant cédé sa place pacifiquement ? Un lieutenant fidèle ? À sa manière de se comporter, de récupérer le spectacle une fois que son supérieur n’en voulait plus, elle devinait qu’il occupait un poste important dans la hiérarchie du groupe.
Puisque vous avez tenu jusque-là, vous avez gagné le droit de porter la marque des Angles. Toi, tu passes en premier.
Si cela avait pour objectif de rebuter Giulia, les membres du g**g n’avaient pas compris à qui ils avaient à faire. Sans se faire prier, la journaliste marcha jusqu’à la moto qui devait manifestement servir de siège pour les nouveaux et s’y installa, ses jambes de part et d’autre du carénage, le dos allongé contre le guidon.
Ce n’était pas particulièrement confortable, mais cela lui conférait une aura d’aise, et elle appréciait les quelques murmures laudatifs lorsqu’elle s’exposa ainsi, seins en avant, à la vue de tous.
Relève ta manche.
Sitôt dit, sitôt fait. Giulia se redressa, enleva sa veste d’un geste fluide, et la laissa retomber au sol. Elle reprit alors sa position, ses deux bras au repos sur son ventre, son point américain étincelant à sa main gauche. Ainsi, pensait-elle il ne ferait aucun doute qu’elle était l’une des leurs.
Une partie d’elle, celle qu’elle appelait sa partie vaine, regrettait un peu le caractère indélébile du tatouage, mais elle préférait largement cela à l’alternative. De plus, d’un point de vue esthétique, le signe des Angles était objectivement très beau. Un cercle rouge barré d’une ligne verticale noire. Elle avait lu quelque part qu’en fonction de leurs exploits, les membres ajoutaient divers symboles autour.
De fait, nota-t-elle, son tatoueur portait son emblème sur l’avant-bras, là où il était en train de préparer l’emplacement du sien, et l’avait entouré de plusieurs cercles jaunes et d’une croix noire. La journaliste dut se retenir pour ne pas le questionner sur leur signification. Son petit doigt lui disait qu’il valait mieux tenir sa langue jusqu’à nouvel ordre. Aussi ferma-t-elle les yeux et laissa-t-elle l’aiguille percer sa peau, encore et encore, au milieu de l’odeur d’huile et de gazoil.
Enfin, après un temps qui lui parut ridiculement court, l’artiste emballa son avant-bras dans un film plastique et lui tapota l’épaule pour lui faire signe de se redresser. Giulia s’exécuta, descendit de la moto, et récupéra sa veste.
À toi, mon grand, annonça alors l’homme en se tournant vers Livio, dont le visage avait pris une intéressante couleur verte.
Le jeune homme se balança à nouveau d’un pied sur l’autre, manifestement peu convaincu par l’exemple de sa prédécesseuse. Cela l’amusa. Lors des épreuves précédentes, elle avait vu Livio encaisser coups et attaque, frapper au couteau, et être lacéré en retour. Il n’avait pas peur de la douleur. Mais en cet instant, au moment de s’engager, il hésitait comme un oisillon qui a la frousse de quitter le nid pour la première fois. Son attitude ne plaisait manifestement pas aux membres du g**g, qui commençaient à grogner. Contre toute sa logique et son esprit de conservation, qui lui conseillaient de ne pas s’en mêler, Giulia sentit une vague de pitié l’envahir.