Chapitre 3 : L'Apprivoisement
Point de vue : Lise Martin
Le premier matin au domaine fut un réveil dans un autre monde. Je m'étais endormie avec le collier de perles noires autour du cou, et au réveil, leur fraîcheur contre ma peau me rappela brutalement la réalité. Je n'étais plus Lise Martin, la fille de banlieue qui comptait ses centimes pour acheter du pain. J'étais une captive dans une cage de cristal.
On frappa à la porte. Martha entra, suivie de deux jeunes femmes portant des plateaux d'argent et des housses de vêtements.
— Monsieur vous attend dans la bibliothèque dans une heure, Mademoiselle. Voici votre tenue pour la matinée.
Elle déposa sur le lit un ensemble en cachemire d'un blanc virginal. Une jupe crayon qui semblait si ajustée que je me demandais comment j'allais y glisser mes hanches, et un pull léger qui ne laisserait rien deviner mais soulignerait tout.
Après une toilette rapide, je descendis les escaliers de marbre. Mes talons hauts, un autre cadeau imposé, claquaient sur le sol comme un décompte. Je trouvai Alexandre debout devant une baie vitrée. Il portait une chemise blanche aux manches retroussées, révélant ses avant-bras puissants.
Il se tourna vers moi. Son regard fut comme une brûlure. Il descendit lentement de mon visage jusqu'à mes pieds, s'attardant sur la courbe de mes hanches que le cachemire épousait sans pitié.
— Approche, Lise.
Je m'exécutai, le cœur battant dans mes oreilles.
— Est-ce que tu as bien dormi ? demanda-t-il, sa voix résonnant dans la pièce immense.
— Pas vraiment, Monsieur... Alexandre. Le lit est trop grand. Le silence aussi.
Il esquissa un sourire qui n'atteignit pas ses yeux froids.
— Tu t'y habitueras. Le luxe est un goût qui s'acquiert vite. Dis-moi, qu'est-ce qui te fait le plus peur ici ?
Je baissai les yeux, intimidée par sa stature.
— C'est vous, murmurai-je. Vous me faites peur.
Il fit un pas vers moi, réduisant l'espace vital. Je sentis son souffle sur mon front.
— Pourquoi ? Est-ce parce que je possède ta vie ? Ou parce que tu sens que je possède déjà tes pensées ?
— Je ne suis pas une chose, Alexandre. J'ai un caractère. J'ai des envies. Mes parents m'ont peut-être vendue, mais mon esprit reste à moi.
Il éclata d'un rire bref, sombre.
— C'est ce que j'aime chez toi. Cette petite étincelle de rébellion. Mais regarde-toi, Lise. Tu portes mes perles. Tu portes les vêtements que j'ai choisis. Tu manges mon pain. Ton corps réagit à ma présence avant même que tu n'aies ouvert la bouche.
Il tendit la main et saisit une mèche de mes cheveux, l'enroulant autour de son doigt.
— Aujourd'hui, ton éducation commence. Nous allons parler de ton rôle.
— Quel rôle ? Celui de plante verte dans votre château ?
— Celui de ma femme. Une femme de Vaugirard doit être parfaite. Tu vas apprendre l'histoire de l'art, les langues, la diplomatie. Mais avant tout... tu vas apprendre à me servir.
Je sentis une bouffée de colère monter en moi. Mon caractère, celui qui m'avait permis de survivre dans la rue, refit surface.
— Je ne suis pas votre servante.
— Non, tu es bien plus que cela, dit-il en resserrant sa prise sur mes cheveux, m'obligeant à lever le visage vers lui. Tu es ma compagne. Et dans ce monde, le loup protège sa louve, mais elle doit lui obéir au doigt et à l'œil. C'est le prix de ta sécurité. Et celle de tes parents.
Le rappel de mes parents me fit l'effet d'une douche froide. Ma colère s'évapora, remplacée par cette soumission amère que je commençais à connaître.
— Qu'attendez-vous de moi ce matin ? demandai-je d'une voix basse.
— Que tu restes assise là, à ce bureau, et que tu lises ces contrats. Je veux que tu comprennes d'où vient ma fortune. Je veux que tu comprennes le pouvoir.
Point de vue : Alexandre de Vaugirard
Je l'observais depuis mon fauteuil en cuir. Elle était assise en face de moi, penchée sur les documents. La lumière du matin jouait avec les reflets dorés de sa chevelure. Le pull en cachemire moulait ses seins généreux de telle sorte que je pouvais deviner leur poids, leur fermeté. Elle se mordillait la lèvre inférieure en lisant, un signe de concentration qui me donnait envie de poser mes propres lèvres à cet endroit précis.
Elle était magnifique dans sa frustration. Elle pensait que je voulais l'éduquer par simple snobisme. Elle ne comprenait pas que je voulais l'imprégner de moi. Je voulais que chaque mot qu'elle apprenne, chaque concept qu'elle assimile, soit lié à mon image.
Soudain, elle leva les yeux.
— C'est cruel, ce que vous faites ici, dit-elle en pointant un paragraphe du doigt.
— De quoi parles-tu ?
— Ce rachat d'entreprise. Vous mettez trois cents personnes à la porte pour augmenter les dividendes de deux pour cent. C'est injuste.
Je me levai lentement et contournai le bureau. Je me plaçai derrière elle. Elle se raidit immédiatement. Ses épaules se soulevèrent sous l'effet d'une respiration saccadée.
— Le monde est injuste, Lise. C'est une jungle. Soit on mange, soit on est mangé. Tu préférerais que je sois celui qu'on dévore ?
— Il y a une différence entre survivre et écraser les autres par plaisir.
— Je ne le fais pas par plaisir. Je le fais parce que je le peux. C'est la définition même du pouvoir. Et ce pouvoir, c'est lui qui t'offre ce cachemire que tu portes, ces perles qui ornent ton cou blanc. Tu es complice de ma cruauté désormais.
Elle se tourna dans son fauteuil pour me faire face, ses yeux noisette brillant d'une lueur de défi.
— Je ne serai jamais votre complice.
— Tu l'es déjà.
Je posai mes mains sur les accoudoirs de son fauteuil, l'emprisonnant. Elle était coincée entre moi et le bureau. Je pouvais sentir la chaleur qui émanait de son corps, cette odeur de femme, de savon et d'innocence.
— Tu sais, Lise... ce caractère que tu affiches... il est très excitant. Mais il cache une grande fragilité. Tu cries pour ne pas pleurer. Tu te rebelles pour ne pas admettre que tu aimes l'idée d'appartenir à quelqu'un de fort.
— C'est faux !
— Est-ce vraiment faux ? Alors pourquoi ton cœur bat-il si fort quand je m'approche ? Pourquoi tes pupilles se dilatent-elles quand je te touche ?
Je descendis une main vers sa gorge, effleurant les perles, puis je laissai mes doigts glisser vers le haut de sa poitrine. Elle ferma les yeux et un frisson parcourut tout son corps.
— Tu es une menteuse, ma petite Lise. Ton corps est bien plus honnête que ta langue.
Je me penchai et déposai un b****r dans le creux de son épaule. Elle laissa échapper un soupir qui ressemblait à un abandon.
— Je te déteste, murmura-t-elle, mais sa voix manquait de conviction.
— Non, tu as peur de m'aimer. Et tu as raison. Car si tu m'aimes, je te posséderai totalement. Il ne restera rien de la Lise Martin qui habitait dans un taudis. Il n'y aura plus que la femme d'Alexandre.
Point de vue : Lise Martin
L'après-midi fut consacré à une transformation physique encore plus radicale. Alexandre avait fait venir une équipe de coiffeurs et de maquilleurs. On me traita comme une poupée de cire. On affina mes sourcils, on soigna mes mains, on appliqua sur ma peau des crèmes qui coûtaient probablement le prix d'une voiture.
Alexandre surveillait tout depuis le pas de la porte, un verre de vin à la main. Il ne disait rien, mais ses yeux ne me quittaient pas. C'était comme s'il sculptait mon image par la seule force de sa volonté.
Quand ils eurent fini, on me fit enfiler une robe de soirée en velours vert émeraude. Le tissu était lourd, riche. Elle était décolletée dans le dos jusqu'à la naissance de mes reins, et le devant soulignait ma poitrine de manière presque indécente.
— Sortez tous, ordonna Alexandre.
Le personnel s'éclipsa en un clin d'œil. Nous étions seuls dans le grand salon de défilé.
— Viens ici.
Je m'avançai. Mes jambes étaient lourdes. Chaque pas vers lui me semblait m'éloigner un peu plus de moi-même.
— Tu es la perfection même, dit-il d'une voix sourde. Ce vert... il fait ressortir l'or dans tes yeux. Mais il manque quelque chose.
Il sortit de sa poche une boîte allongée. À l'intérieur se trouvait une rivière de diamants d'une pureté aveuglante.
— Monsieur... c'est trop. Je ne peux pas porter ça.
— Tu porteras ce que je te donne. Tourne-toi.
J'obéis. Je sentis ses mains froides écarter mes cheveux. Il fixa le collier. Puis, ses mains ne s'enlevèrent pas. Elles descendirent lentement le long de mon dos nu. Ses doigts parcouraient ma colonne vertébrale, un à un, provoquant des décharges électriques dans tout mon corps.
— Ta peau est si douce, Lise. Si pleine. J'ai passé la journée à imaginer ce moment.
Il colla son corps au mien. Je sentais la dureté de ses muscles contre mon dos, la puissance de son désir qui ne se cachait plus.
— Est-ce que tu as déjà été touchée par un homme ? demanda-t-il à mon oreille.
— Vous savez bien que non, répondis-je dans un souffle.
— C'est bien. Je ne supporterais pas l'idée qu'un autre ait posé ses mains sales sur ce trésor. Tu es à moi, Lise. Chaque cellule de ton corps est ma propriété. Est-ce que tu acceptes cela ?
Le mot "non" était sur le bout de ma langue, mais la sensation de ses mains sur mes hanches, la puissance qu'il dégageait, la sécurité apparente de ce luxe... tout cela agissait comme une drogue.
— Oui, murmurai-je, vaincue.
— Dis-le plus fort. "Je t'appartiens, Alexandre".
— Je t'appartiens... Alexandre.
Il me retourna brusquement et s'empara de mes lèvres. Ce n'était pas un b****r de cinéma. C'était une invasion. Ses lèvres étaient autoritaires, exigeantes. Il goûtait ma bouche avec une faim qui me terrifiait et m'enchantait à la fois. Je ne savais pas quoi faire de mes mains, alors je les posai sur son torse, sentant le battement puissant de son cœur.
Quand il se détacha, j'étais à bout de souffle, mes lèvres brûlantes.
— Ce n'est que le début, dit-il en me fixant intensément. Ce soir, nous dînons. Et ensuite, je t'apprendrai ce que signifie réellement être ma femme. Tu n'as encore rien vu des plaisirs que je te réserve.
Il me laissa là, tremblante, au milieu de la pièce dorée. J'étais couverte de diamants, vêtue de velours, mais je n'avais jamais été aussi nue de ma vie. Je savais que la nuit qui venait allait changer mon existence à jamais. L'homme que tout le monde craignait était sur le point de devenir mon maître, et une partie de moi, honteuse et sauvage, n'attendait que cela.
Point de vue : Alexandre de Vaugirard
Je retournai dans mon bureau pour essayer de me calmer. L'effet qu'elle avait sur moi était sans précédent. Je n'avais jamais eu besoin de forcer une femme, mon nom et mon visage suffisaient d'ordinaire. Mais avec Lise, c'était différent. Sa résistance, même si elle s'étiolait, rendait la conquête mille fois plus savoureuse.
Ses rondeurs m'obsédaient. Dans cette robe verte, elle ressemblait à une déesse de la terre égarée dans un palais de glace. J'avais hâte de voir cette robe tomber. J'avais hâte d'explorer chaque recoin de son corps vierge, de lui montrer que la douleur et le plaisir sont les deux faces d'une même pièce de monnaie.
Je regardai l'heure. Encore deux heures avant le dîner. Deux heures à attendre avant de pouvoir enfin goûter au fruit que j'avais acheté si cher. Mais ce fruit n'avait pas de prix. Elle était l'unique pièce de ma collection que je ne vendrais jamais.
Je savais qu'elle avait peur de ce qui allait se passer. Je voulais qu'elle ait peur. Car la peur aiguise les sens. Et je voulais qu'elle ressente chaque parcelle de mon affection brutale.
Ce