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740 Mots
11Le jour suivant la découverte du cadavre du jeune garçon, un homme se présenta dans les locaux de la DRPJ de Versailles. Âgé d’une petite quarantaine d’années, mais déjà bien marqué, petit et corpulent, habillé d’un costume mal taillé, Michel Besson souhaitait rencontrer les policiers chargés de l’enquête sur le meurtre de Villebon. Il avait d’importantes révélations à faire. Comme il s’agissait du premier témoin susceptible d’apporter des informations nouvelles, Le Goff le fit entrer immédiatement dans son bureau. Presque aussitôt, le corps lourd de l’individu s’échoua, visiblement soulagé, sur une chaise mise à sa disposition. – Voilà, commença-t-il. Samedi soir, il devait être une heure du matin, je rentrais chez moi, à Bourg-la-Reine. J’étais allé dîner chez des amis à Palaiseau. Au niveau du grand rond-point à la sortie de la ville, ma voiture s’est mise tout à coup à fumer, alors j’ai dû m’arrêter ; j’ai pris la première route à droite, qui mène au centre commercial, car je savais qu’il y avait un parking juste derrière. Je me suis arrêté vers l’entrée réservée aux livraisons. En fait, il n’y avait plus d’huile, ça aurait pu prendre feu ; enfin, bon, j’ai un peu attendu, parce que le moteur était très chaud. J’ai allumé une cigarette et j’ai vu alors une voiture qui arrivait dans ma direction. Le chauffeur ne pouvait pas vraiment me voir, j’avais tout éteint. Après, la voiture s’est arrêtée sur la gauche, de l’autre côté du parking, les phares toujours allumés. Un homme est descendu, a ouvert le coffre et en a sorti un sac à gravats. Il a fait quelques mètres, puis a vidé son contenu sur le terrain vague juste à côté. Je n’ai pas vu ce qu’il y avait dedans, c’était trop sombre. Puis il est remonté dans sa voiture. Je me suis dit : merde, y’en a qui s’emmerdent pas quand même, déposer leurs ordures comme ça, la nuit, en plus ! Y’a pas un seul moment où je me suis douté de ce qu’il pouvait y avoir dans le sac, vous pensez bien ! La voiture a fait demi-tour. Moi, j’ai attendu encore un peu, puis j’ai remis de l’huile pour rentrer. C’est quand j’ai appris ça en lisant le journal que je me suis dit : là, Michel, y’a pas à tortiller, faut que tu racontes à la police ce que t’as vu. – Avez-vous pu identifier la marque ou la couleur de la voiture, relever un numéro de plaque ? questionna Le Goff. – Eh bien ! Il faisait nuit, donc je ne suis pas sûr, mais on aurait dit une berline pas toute jeune, une Peugeot 405. Et elle était blanche, ça oui, la nuit ça se remarque, quand même, avec l’éclairage de la ville. Mais lire la plaque, ça non, j’étais trop loin. – Pourriez-vous décrire cet homme, même grossièrement ? – Pas vraiment. Je devais être à une cinquantaine de mètres. J’ai juste aperçu sa silhouette : il m’a paru plutôt grand et mince. En tout cas, il était seul. S’il y avait des passagers, ils ne sont pas descendus de la voiture. – Vous souvenez-vous de l’heure exacte à laquelle a eu lieu cette scène ? – Comme je suis parti de chez mes amis à une heure moins le quart, si on calcule bien… En gros, il devait être une heure du matin. – Que faites-vous dans la vie, monsieur Besson ? – Je suis commercial, dans l’imprimerie. Je démarche les imprimeries en Île-de-France pour une grosse entreprise de papier. – Vous étiez seul à bord de votre voiture ? – Oui, tout à fait seul. Je peux vous donner les coordonnées de mes amis, si vous voulez. L’homme avait une tête ronde, énorme pour sa taille, et des yeux globuleux qui tournaient sur eux-mêmes de façon mécanique. Il suait à grosses gouttes. – Avez-vous autre chose à nous dire ? poursuivit Lévy. – Non, mais enfin j’ai cru que ça pourrait vous aider quand même. – En effet, votre témoignage va nous être très utile, conclut le capitaine Le Goff. Après avoir relu et signé sa déposition, l’homme s’apprêtait à se lever lorsqu’il tomba de sa chaise et s’écroula par terre, évanoui. – Vite, dit Jean-Baptiste à Lévy qui se trouvait derrière lui, aide-moi à l’étendre par terre. – Bon Dieu, qu’est-ce qu’il est lourd ! remarqua Lévy, qui avait beaucoup de mal à déplacer l’énorme corps. Après une minute d’absence, l’homme revint à lui peu à peu. Il demanda un verre d’eau, ne sachant plus très bien, sur le moment, où il était et qui étaient ces deux hommes qui l’entouraient. – Ça va aller ? demanda Lévy. – Oui, ne vous inquiétez pas, répondit-il, un peu sonné. – Ça vous arrive souvent ce genre de malaise ? demanda Lévy. – Je suis très fatigué en ce moment. Je crois que je vais appeler un taxi pour rentrer chez moi. Quand l’homme fut parti, Le Goff prit Lévy à part pour lui demander de vérifier le programme de sa soirée : – L’évanouissement d’aujourd’hui est peut-être le résultat d’une trop grande tension, suggéra-t-il. – OK, chef, ça sera fait.
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