4. La terre se repeuple

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4. La terre se repeupleLes deux orphelins arrivèrent bientôt à la résidence d’un nat, nommé Tungra Shung Makam. Ils lui dirent : – Eh, grand-père, nous sommes des orphelins sans compagnons, pourrions-nous rester avec toi ? – Bien sûr, mes mignons ! Je vous nourrirai, si vous faites bien votre travail. Allez chercher de l’eau ! Il leur donne une cruche fendillée. Les enfants partent et tentent en vain de remplir la cruche. Le vieux nat leur crie qu’il va les dévorer le soir même. Horrifiés, ils s’enfuient. Après une longue marche, ils parvinrent chez un autre esprit, nommé Waun Kut Krun, et lui dirent : – Eh, grand-père, nous sommes seuls et orphelins. Pouvez-vous nous abriter ? – Oui, mes mignons ! Allez me chercher de l’eau ! Et il leur donne une cruche fendillée. – Mais, grand-père, nous ne pourrons jamais rapporter de l’eau avec une cruche de cet acabit ! Donne-nous-en une autre ! Le nat leur octroya une bonne cruche. Comme ils allaient à la source, ils entendirent le nat qui parlait de leur donner une bonne éducation. Voilà qui leur plut beaucoup. Ils travaillèrent de bon cœur pour leur protecteur. Mais hélas ! le premier nat les retrouva et alla les chercher chez Waun Kut Krun. Il lui dit : – Eh ! frangin ! n’as-tu pas vu deux enfants ? – Non, frangin, dit l’autre, qui les cacha dans la cheminée. Et il ajouta : – Entre donc ! Viens te chauffer ! Les deux nat bavardaient près du feu. Les deux enfants, horrifiés, gênés par la fumée, pissèrent de peur. L’urine coula sur le front de Tungra Shung Makam, qui dit : – Eh, frère, on dirait qu’il pleut ! – Non, frangin ! c’est un pot de bière de riz qui fuit ! – Eh bien, buvons-en un coup ! – Non ! Il n’a pas encore assez fermenté ! – Si, maintenant, trinquons ! – Je te dis qu’elle n’est pas bonne ! Reviens dans quatre jours, et nous la boirons ! – D’accord ! On se revoit dans quatre jours. Et il s’en va. Alors, Waun Kut Krun extrayait les deux orphelins de la cheminée. Ils mirent à rougir un grand tisonnier de fer. Quatre jours plus tard, Tungra Shung Makam rappliqua. Juste au moment où il ouvrait la porte, ils lui plongèrent dans la gorge le tisonnier brûlant. Le pauvre nat, pour se rafraîchir la gorge, courut vite se plonger dans la rivière, sous la cascade. Il grognait et écumait. (Il n’avait plus envie de bière. C’est pourquoi, de nos jours, quand les Kachin l’invoquent, ils ne lui offrent que de l’eau.) Entre-temps, les deux orphelins vécurent chez Waun Kut Krun, qui les traitait comme ses enfants. Un jour qu’ils mettaient le bois au feu, ils brûlèrent leurs habits accidentellement. Le nat leur en fabriqua de nouveaux avec des feuilles de bananier sauvage. Un autre jour, ils allèrent à la pêche, s’égratignèrent contre les racines et les ronces poussant sur la rive. La démangeaison les fit se rouler l’une contre l’autre. Quelque temps après, un enfant leur naquit. Le nat surveillait le bébé quand les orphelins allaient travailler aux champs. Le bébé ne cessait de hurler et pleurer. Le nat le menaça de mort s’il ne s’arrêtait pas. Le bébé hurla et pleura de plus belle. Enragé, Waun Kut Krun étouffa le bébé. Avec son cœur et ses poumons comme assaisonnement, il prépara une assiettée de riz. Il coupa le corps en très petits morceaux, qu’il éparpilla là où le sentier se sépare en neuf branches. Le soir tomba. Les orphelins parents du bébé rentrèrent et s’informèrent du bébé. Le nat répondit : – D’abord, mangez donc de ce plat ! Ensuite, je vous dirai où se trouve le bébé. Les orphelins calmèrent leur faim, et s’enquirent derechef du bébé. Le nat répondit : – Vous avez déjà mangé son cœur. Si vous voulez voir son corps, allez aux neuf chemins. Les parents, tout en se lamentant, coururent à l’endroit indiqué. Quelle ne fut pas leur surprise quand ils virent des hommes de toute espèce : Chinois, Shan, Kachin, Birmans, Kala (Indiens et autres étrangers), fabriqués avec les morceaux de leur bébé : – Mes enfants ! mes enfants ! crièrent les orphelins. – Nous ne sommes pas vos enfants ! vous avez dévoré le cœur de votre fils. – Mais si, mais si ! vous êtes nos enfants ! – Nenni ! Bon, si vous blanchissez ce charbon, nous voulons bien être vos enfants ! Le frère et la sœur frottèrent et frottèrent le bout de charbon sans réussir à le faire devenir blanc. Ils s’en allèrent tout tristes. Bientôt, ils eurent un autre enfant, Shwi Shingtai, qui devint une sorcière (phyi) et la mère de tous les sorciers. Ils moururent peu après. Leur ombre se transforma en nat appelés Kaban Phraw Lung et Kasen Phynien. Depuis lors, ils gardent les mines de fer en Chine. On voit bien que les nat, seigneurs et rois, n’eurent pas à subir de dommage du déluge. Les plantes gardèrent leurs racines, et regermèrent peu à peu. Quant aux animaux qui périrent lors du déluge, Ningkong dut les refabriquer.
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