5. Origine du soleil et des astres

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5. Origine du soleil et des astresSoleil et lune étaient des enfants de Krung Krong et Ynong. Ils grandirent et fondèrent une famille. Le soleil avait neuf petits soleils. La lune avait un certain nombre de satellites. Quand les hommes se mirent à voler le riz, le père soleil, pour les punir, fit se lever ensemble ses neuf fils soleils, donna aux chiens neuf queues, et aux campagnols neuf chiens terriers. Aussitôt, sur terre, le riz et les enfants grillèrent. Les chiens n’eurent plus la force de remuer leurs queues ni les hommes de travailler. Ils ne trouvèrent plus moyen d’attraper les campagnols. Les êtres vivants s’unirent. Ils préparèrent un grand arc avec des serpents vivants, afin de livrer bataille à la famille du soleil. Voyant cela, cette famille se retira, entraînant avec elle celle de la lune. Les ténèbres couvrirent la terre, la rendant inhabitable comme avant. Les vivants tinrent conseil, et décidèrent d’envoyer quelqu’un ramener la lumière. Ils envoyèrent d’abord le tatou. Celui-ci parvint à la cachette des soleils. Hélas ! quand il se présenta, Madame Soleil, qui s’activait à décortiquer le riz sous le portique, lui donna, avec son pilon, un coup si horrible qu’il eut les dents brisées, et tomba raide mort. Elle jeta le cadavre au loin, et n’osa parler à personne de l’aventure. Au bout de quatre jours, les hommes, voyant que le tatou ne revenait pas, envoyèrent un nouvel ambassadeur en la personne du coq. Ce dernier, avant d’atteindre la résidence des soleils, aperçut le cadavre du premier ambassadeur (le tatou). Craignant de subir le même sort, il n’alla pas à la maison, mais s’arrêta au milieu de la cour et cria : kiri kiki kiri kiki. Puis il se cacha la tête sous ses ailes et attendit. Les petits soleils se précipitèrent dehors pour voir ce qui se passait. Aussitôt, ils dirent à leur père qu’un étranger était debout dans la cour, sans cou ni tête. Le père sortit et dit : – Eh toi, l’étranger sans cou ni tête, qui es-tu ? – Moi, moi, je suis le cocoq, répondit bégayant l’étranger. – D’où sors-tu ? – D’un pays au milieu de la terre. – Que veux-tu ? – L’autre jour, nous t’envoyâmes le tatou. Ne l’as-tu pas vu ? – Nenni ! Alors, Mademoiselle Soleil prit la parole : – Papa ! voici quatre jours vint un étranger qui m’effraya. Je le tuai. Je le jetai dehors. C’est peut-être lui. – Va me chercher le cadavre, nous verrons bien ! Et en effet, ils reconnurent l’infortuné tatou. Le Père Soleil le ressuscita, puis, se tournant vers le coq : – Dis-nous ce que tu désires. – Seigneur, grand-père, sur terre, ce n’est plus une vie ! Jadis, il y avait trop de lumière. Maintenant ce ne sont plus que ténèbres. Aie pitié de nous ! – Sur terre, là-bas, chanteras-tu nos louanges ? – Pour sûr, kiri kiki kiri kiki. – Promets-tu pour les autres aussi ? – Sûr, kiri kiki kiri kiki. La pitié gagna le cœur du Père Soleil. Il balança dans l’espace ses neuf fils, qui se désintégrèrent et s’éparpillèrent sous forme d’étoiles. Puis il conclut un accord avec sa sœur Lune : il brillerait dorénavant le jour, et elle la nuit. Puis le Soleil donna aux skikhi (des sortes de légumes) les queues des chiens. Il distribua les chiens terriers de campagnols aux rats, taupes, belettes. Il prit le tatou en pitié, lui donna une cuirasse d’écailles, des griffes, une longue langue. À Monsieur le Coq il donna un bec, un casque, des boucles d’oreilles, des éperons et des griffes. Avant de se séparer, le coq, le Soleil, la Lune conclurent la paix, et firent jurer au coq ce serment : – Si au soleil levant je ne chante pas ses louanges, puissé-je être dévoré par le chat sauvage ! Le Soleil jura à son tour ceci : – Que le crapaud me dévore si au chant du coq, je ne me lève pas ! La Lune proféra cet horrible serment : – Si je n’éclaire pas la nuit, que le chien me bouffe ! Alors, le coq revint à ses occupations et annonça à tous le traité de paix. Tout le monde se réjouit et chanta les louanges du soleil. Seule, la chauve-souris refusa. Elle est dorénavant condamnée à se cacher durant la journée et à voltiger la nuit. Depuis lors, c’est le coq qui est le plus fidèle au serment. Plusieurs fois dans la journée, il chante pour le soleil. Si à l’aurore, il oublie, c’est qu’il a dû payer durant la nuit son tribut au chat sauvage ou au renard. Le soleil et la lune, pour leurs petits parjures, lors des éclipses, sont sur le point de se faire dévorer par le crapaud ou le chien. Heureusement, les Kachin viennent à leur secours. Aussitôt qu’ils voient soleil ou lune attaqués, ils poussent des cris, tirent des coups de fusil en l’air. Ils ne cessent leurs hurlements que lorsque le chien ou le crapaud relâchent leur morsure. Tous les Kachin honorent soleil et lune. Mais leurs chefs seuls sont autorisés à leur offrir des sacrifices, et à garder leur effigie suspendue devant leur maison. Il existe une autre légende concernant les éclipses. Jadis un orphelin était détesté par sa marâtre. Il partit en forêt, ne vivant plus que de fruits sauvages. Karai Kasang eut pitié de lui et lui donna des remèdes. L’enfant se mit à soigner hommes et bêtes. Les cachets et honoraires qu’il gagna l’enrichirent. Un jour, soleil et lune, jaloux de sa gloire, volèrent toutes ses drogues. Alors, un crapaud et un chien qu’il avait soignés précédemment se précipitèrent. Le crapaud sur le soleil, le chien sur la lune. Ils leur courent encore après pour les attaquer : d’où les éclipses. Les Kachin font du vacarme pour les forcer à lâcher prise.
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