VII : Tu te(e) marie

1384 Mots
Quand on apporte une mauvaise nouvelle, personne ne pense à vous offrir à boire — Marcel Pagnol Adeola. Ce soir, un dîner est organisé avec la famille Longuti. Depuis que mon déménagement à Johannesburg a été annoncé, ma belle-mère, incapable de faire changer d'avis mon père, s'en prend à moi. Ce même soir, j'ai trouvé plusieurs documents relatifs à mon travail éparpillés sur mon bureau. Heureusement, je devais travailler avec Ife sur le terrain, donc je n'ai pas eu besoin de passer une nuit blanche pour tout récupérer. J'ai réussi à sauver ce qui pouvait encore être utile. Le lendemain matin, ma serrure était cassée. Et pour me réveiller, j'ai eu droit à de l'eau glacée. Heureusement, je n'ai jamais enlevé le plastique de mon matelas, ce qui m'a protégé à plusieurs reprises. J'ai dû supporter les moqueries et les murmures des domestiques pendant que je séchais mes draps avant de partir travailler. Tout le monde sait que la maîtresse de maison ne m'apprécie pas. Celles qui ont osé me montrer de la pitié ont toutes perdu leur emploi. Faire les magasins au heure de fermeture pour acheter un nouvel ensemble de draps est tellement pénible. Ayinké ne me laissera aucun répit jusqu'à mon déménagement, et j'en suis pleinement consciente. Selon elle, je m'approprie ce qui revient à ses enfants. Elle pense que je cherche à prendre la place de mon père, alors que je fais tout pour qu'il se désintéresse de moi. Pour une fois que j'avais trouvé une échappatoire, une main tendue, je peux quitter ce pays. Alors, endurer un peu plus ne me tuera pas. Tonton et sa femme, que je n'ai vus qu'une seule fois, ne semblent pas méchants. De toute manière, ma vie loin d'ici sera toujours meilleure tant que j'échappe au contrôle de mon père et aux yeux de ma belle-mère. Exprès, je rentre un peu tard pour ne pas les croiser avant leur départ. Je me hâte vers ma chambre que je verrouille avec une chaise et je glisse les documents que mon père m'a donnés sous mon lit. Vivre avec son diable, reviens à ne pas dormir sur ses lauriers. Je me déshabille et entre dans ma salle de bain. Ma serviette autour de la poitrine, je sèche mes cheveux et les attache en ananas. Mettre une perruque serait plus approprié vu que je n'ai pas eu le temps de me tresser toute la semaine. Quelques nattes suffiront. J'ouvre mon placard et ce que je vois me laisse sans voix. C'était à prévoir, soupiré-je avec désespoir. Une serrure cassée amène toujours des problèmes. Je prends une grande inspiration pour calmer la colère qui ne m'aidera en rien. Il me faut une solution et rapide. Quelqu'un s'en est donné cœur joie de passer un coup de ciseaux dans la robe que j'avais mise de côté pour ce soir, ainsi que dans la plupart de mes robes présentables. Elles sont irrécupérables. C'est sûrement ma belle-mère ou sa fille. Je penche plutôt pour sa fille. L'envie de tout laisser tomber et de m'allonger confortablement en attendant les conséquences me tente. Mon père m'a parlé personnellement de ce dîner, et je ne veux pas le désobéir en ce moment, au risque de perdre mon ticket de sortie. Je dois y aller, même si je risque d'être en retard. Je prie pour que mon père soit indulgent avec moi et accepte mon retard. Je saisis mon téléphone dans mon sac et appelle Ife. —Envoie-moi la photo de ta tenue , hurle-t-elle dès qu'elle décroche. —Je n'ai plus de tenue, elles ont été détruites. —Yi Aje (cette sorcière) », grogne-t-elle, frustrée. Tu comptes faire comment ? —Aurais-tu une tenue à me prêter ? Je suis en route pour chez toi. Il faut que j'aille à ce dîner. Je commence à ranger ce que je peux. —T'es bien décidée. J'ai une meilleure idée. On se retrouve chez Nanawax. Elle raccroche, et je hausse les épaules. Je connais bien la boutique et j'ai déjà une petite idée de ce que je vais prendre dans la nouvelle collection. Il ne me faut que quelques minutes pour arriver, habillée d'un jogging, ma perruque et mon parfum dans mon sac. La boutique est proche de la fermeture, mais mon amie a réussi à convaincre la propriétaire, qui est très gentille, de rester ouverte pour moi. J'ai eu un coup de bol. Tout le monde m'aide à choisir une tenue. Je finis par trouver la perle rare : une robe longue en wax qui moule parfaitement la taille. Je me sens belle dans cette tenue. Ife me choisit des talons hauts de 12 cm. Elle insiste pour que je les porte, disant que j'aurai l'air un peu plus grande. Je me fais coiffer et maquiller. Je suis enfin prête, mais avec 30 minutes de retard. Mon père va me tuer cette fois-ci. Je règle l'addition et sors en courant, priant pour beaucoup de feux verts. Ma vie dépend d'un miracle. Ryan. —Sérieusement, la prochaine fois, on prend un chauffeur , rappelle-je à mon frère. Nous voilà en retard après avoir eu la brillante idée de venir ensemble sans chauffeur. Déjà qu'il a pris une éternité pour s'habiller, ensuite on s'est perdu en route parce que mon frère n'a jamais eu la notion de gauche et de droite, et moi non plus. Même avec Maps, c'était compliqué. Je décide de rejeter la faute sur lui. Personne ne lui avait demandé de conduire. —C'est bon, on est arrivé, pas besoin de paniquer. J'arrête de le provoquer et nous nous dirigeons vers les ascenseurs. Nous montons en même temps qu'un couple. Je tente de le mettre en marche quand mon frère m'arrête. Je me tourne vers lui. —Quelqu'un arrive , dit-il en pointant une dame qui se dirige vers nous. Elle entre, essoufflée, et nous remercie d'une légère courbette. Ils ont cette habitude de saluer et remercier en courbette dans ce pays. Elle relève la tête. Elle paraît plus jeune que ce que j'avais imaginé. Mon frère démarre l'ascenseur. Un coup de coude de mon frère me ramène à la réalité. —Demande-lui son numéro , me propose-t-il en zoulou. Tu la fixes un peu trop. — Je regarde le nombre d'étages , mens-je. Elle se tient juste devant moi, alors je n'ai pas pu m'en empêcher. Sa tenue est magnifique, je ne peux m'empêcher de le penser. La voix de l'ascenseur annonce notre étage, et les portes s'ouvrent. Mon frère me donne un autre coup de coude pour me presser, je lui lance un regard noir. Je ne lui demanderai pas son numéro juste parce que je la trouve jolie, ce n'est rien de méchant. Mon frère soupire de soulagement en remarquant que c'est le couple qui descend, et non elle. Je le regarde, dépité. —Prends tes p****n de couilles, beaucoup trop lourdes entre tes mains, et demande-lui. Tape-toi une Westaf avant qu'on ne rentre. Je lui donne un coup de coude et nous nous lançons dans une bataille de regards. La voix de l'ascenseur nous interrompt. Nous voilà à notre étage. — On en reparlera , m'annonce-t-il comme s'il s'agissait d'une grande nouvelle. Elle nous devance en sortant de l'ascenseur, ce qui m'étonne un peu. Elle doit avoir un dîner, elle aussi. Trop belle pour être libre, hien ? Mon frère me donne un nouveau coup de coude lorsqu'elle se rapproche de la salle que nos parents avaient réservée, et il presse le pas. Il lui ouvre la porte, elle le remercie encore une fois. Je me rapproche d'eux. —Vous êtes enfin là , annonce la voix de mon père. —Désolé , murmure la jeune femme envers monsieur Olami, ce qui me rend confus, et pas seulement moi, mon frère aussi. —C'est la fille aînée d'Ousmane , nous présente ma mère, ayant remarqué notre confusion. Bola, voici mes deux garçons, Ryan et Lyan. Elle se tourne vers nous et nous salue. Nous lui rendons ses salutations. Lyan ne peut s'empêcher de sourire jusqu'aux oreilles. Je lui lance un regard pour le dissuader de me faire son sourire bizarre, celui qu'il a quand une mauvaise idée lui traverse l'esprit. Il s'installe près de sa femme, et moi et Bola de face sur les sièges restants. Le dîner commence.
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