Amaya était perdue. Ses pensées s’entrechoquaient, sa gorge était sèche. Elle balbutia une réponse, tâchant de garder contenance.
— Non, il ne m’a rien fait. On s’est juste… disputés hier. J’étais en colère, alors je suis partie.
Elle mentait. Et ça, elle détestait. Ce n’était pas dans sa nature. Pourtant, les mots étaient sortis sans hésiter. Comme un réflexe.
Guilia poussa un soupir contrarié, secouant la tête.
— Je suis désolée pour son comportement… Lorenzo est vraiment incompréhensible parfois. Il est sorti très tôt ce matin, sûrement pour aller voir sa p**e là… Sabrina. Si un jour je revois cette fille, je te jure que je la tue.
Amaya détourna le regard, mal à l’aise. Guilia n’imaginait pas une seconde que son mari n’était pas allé voir Sabrina ce matin-là… mais qu’il se trouvait là, dans le bureau, à quelques mètres seulement.
Guilia reprit après un court silence :
— Bon, je vais te laisser, tu as l’air occupée…
Amaya força un sourire.
— Merci d’être passée.
Dès que la porte d’entrée se referma, Amaya poussa un soupir, ferma discrètement la porte à clé, puis retourna dans son bureau. Lorenzo était là, appuyé contre le mur, les bras croisés, un sourire provocant aux lèvres.
Elle le rejoignit sans dire un mot, le cœur tambourinant dans sa poitrine.
Amaya referma la porte derrière elle et s'appuya un instant contre le battant, les yeux clos. Puis elle le rejoignit, déterminée, même si tout en elle criait confusion.
— Tu dois partir, murmura-t-elle. Je viens de mentir à Guilia, Lorenzo… Je déteste ça.
Il haussa les épaules, calmement, sans se démonter.
— Tout le monde ment, Amaya. Tu t’y feras. Moi, je partirai quand on aura fini ce qu’on a commencé.
Elle voulut protester, mais il s’approcha, ses mains trouvèrent son visage. Il n’attendit plus. Le b****r qu’il lui offrit était brûlant, sans retenue. Et elle… elle céda.
Amaya avait beau être forte, fière, rebelle. Avec lui, elle perdait tout contrôle. Il savait exactement comment s’y prendre. Ce regard, cette façon de la toucher… elle n’avait aucune chance. Il la possédait comme un fauve sûr de son pouvoir. Et elle, perdue entre le désir et la colère, s’abandonnait.
Ils firent l’amour sauvagement, comme deux corps qu’on ne pouvait plus arrêter. C’était interdit. C’était fou. Mais c’était eux.
Deux jours avaient passé.
Assise dans son fauteuil, Amaya fixait sa cliente, mais ses pensées flottaient loin. La jeune femme en face parlait de rupture, d’emprise, de dépendance émotionnelle. Amaya l’entendait sans vraiment écouter. Ses yeux étaient ouverts. Mais à l’intérieur, tout était flou.
Lorenzo.
Son parfum. Sa voix. Ses mains. Son regard arrogant.
Il l’avait retournée comme une tempête. Il avait laissé un chaos brûlant là où, autrefois, elle régnait avec lucidité.
— …je ne sais plus quoi faire, souffla la cliente.
— Hmm, oui… C’est difficile, répondit Amaya machinalement.
La séance fut brève. Inutile. Son esprit avait quitté la pièce.
Ce soir-là, en rentrant chez elle, elle poussa la porte de son appartement. Silence. Elle déposa son sac, soupira, tendue… puis alluma la lumière.
Et son cœur faillit exploser.
Lorenzo était là. Assis sur son canapé. Un verre de whisky à la main. Comme s’il était chez lui.
— Qu’est-ce que tu fais ici ?!
Sa voix tremblait. D’effroi. Ou d’autre chose.
Lorenzo se leva lentement, fixant son regard dans le sien.
— T’as oublié qui je suis, Amaya ? Si j’ai eu ton corps, tu crois vraiment que ton adresse allait me résister ?
Elle resta figée.
— Tu m’espionnes maintenant ?! Tu…
— Dis-le, murmura-t-il en s’approchant.
— Quoi ?
— Dis que je t’ai manqué.
Elle recula, le menton haut.
— Tu rêves. Je suis pas une faible qui pense à un mec 24h sur 24. J’ai une vie.
Il esquissa un sourire lent. Lent et dangereux.
— Tu mens, dit-il doucement. Tu mens même à toi-même.
Et elle le savait.
Il lui saisit la taille. Elle aurait dû le repousser. Elle n’en fit rien. Ses mains tremblaient.
— T’es fou, souffla-t-elle. Tu me rends folle.
Ses lèvres rencontrèrent les siennes, et tout s’effaça. Elle l’embrassa comme une noyée s’agrippe à l’air. Ils tombèrent sur le canapé. Ses gestes étaient brusques, contrôlés, impérieux. Elle, elle se laissa faire. Mieux : elle s’offrit.
Il la plaqua, la mordit, la domina. Elle gémit. Résista. Puis se cambra.
Il la fit jouir comme jamais. Et elle haït ça.
Parce qu’il avait raison.
— Tu dis non avec la bouche, mais ton corps hurle le contraire.
Il se releva. Se rhabilla. Sans un mot, il sortit. La porte claqua. Et le silence retomba.
Elle resta nue, haletante, brûlante de honte. Les larmes lui montèrent aux yeux.
Et malgré tout… elle le voulait encore.
Le lendemain, Amaya se leva avec les muscles douloureux, le cœur lourd.
Elle avait à peine dormi. Le drap sentait encore Lorenzo. L’air de son appartement était saturé de lui, de sa présence, de son autorité. Elle se regarda dans le miroir de la salle de bain.
Des marques sur ses hanches. Sur son cou. Sur ses cuisses.
Des preuves.
De quoi, exactement ? De violence ? De désir ? D’aliénation ?
Elle ne savait plus.
Elle attacha ses cheveux en chignon, se maquilla légèrement et enfila une robe stricte.
Aujourd’hui, elle devait reprendre le dessus.
Redevenir Amaya Bellori. Coach redoutée. Femme libre.
Au cabinet, elle força le professionnalisme. Les rendez-vous s’enchaînèrent. Les voix des femmes défilaient. Elle hochait la tête, conseillait, parlait même avec passion… mais tout était faux. Une façade.
Jusqu’à ce que sa secrétaire frappe à la porte.
— Amaya ? Il y a un homme qui insiste pour te voir. Il dit que c’est personnel. Qu’il ne partira pas.
Elle sentit une sueur froide couler dans son dos.
— Son nom ?
— Lorenzo Moretti.
Elle ferma les yeux.
— Dis-lui que je suis occupée. Qu’il prenne rendez-vous comme tout le monde.
Mais la porte s’ouvrit avant que la secrétaire ne puisse ressortir.
Il entra.
Costume trois pièces, lunettes noires, regard qui transperçait. Il s’imposa dans la pièce comme un roi entre dans un trône.
— Tu vas vraiment me faire patienter ? demanda-t-il, voix basse.
Amaya se leva, le regard noir.
— Tu ne peux pas débarquer comme ça. Je travaille.
— Tu ne faisais que parler. Maintenant tu vas écouter.
Il referma la porte. Et sans qu’elle ne comprenne comment, il la plaqua contre le mur derrière elle.
Ses lèvres sur son oreille.
— Tu crois que tu peux me b****r une nuit et faire comme si de rien n’était ?
— Tu ne me possèdes pas, Lorenzo.
— C’est ce que tu crois. Mais t’as déjà changé. Regarde-toi.
Il la regarda de haut en bas.
— T’as mis une robe pour me résister ? C’est mignon.
Il l’embrassa brutalement, une main sur sa gorge, l’autre sur sa hanche. Elle gémit malgré elle.
— Arrête…
— Dis-moi de m’arrêter en me regardant dans les yeux.
Elle ne dit rien.
— Tu dis non avec la bouche, mais ton corps hurle le contraire.
Elle tremblait. De désir. De peur. D’excitation.
Et lorsqu’il glissa sa main sous sa robe, elle ferma les yeux. Et céda. Encore.
Ce soir-là, Amaya avait besoin d’air. De bruit. De lumière. De tout ce qui pouvait faire taire la voix de Lorenzo dans sa tête.
Elle appela Francesca dans l’après-midi.
— On sort ce soir. J’ai besoin d’un peu de vie.
Francesca accepta sans poser de questions.
Arrivée chez elle, Amaya prit une douche brûlante. Elle se maquilla plus que d’habitude, enfila une robe noire près du corps, sans réfléchir, et attrapa son sac.
Le bar était rempli. Musique en fond, lumières tamisées, verres qui s’entrechoquent.
Francesca était déjà là, installée sur une banquette en velours, un cocktail à la main.
— Ma beauté… Tu rayonnes ! lança-t-elle en se levant pour l’embrasser.
Amaya sourit. Mais Francesca ne vit rien tout de suite. Elles commandèrent des verres. Puis Francesca glissa :
— Mon mec devient un vrai nounours… Je crois que je suis tombée sur une perle.
Elle rit.
— Par contre mon ex continue de m’écrire comme si j’allais oublier qu’il m’a pourrie la vie.
Amaya ne répondit pas. Son regard était perdu dans son verre.
— Amaya ? Ça va ?
Elle releva les yeux.
— Oui, oui… Je t’écoute.
— Tu ne m’écoutes pas du tout. T’es ailleurs depuis tout à l’heure.
Francesca fronça les sourcils, sérieuse.
— Dis-moi. Qu’est-ce qui te bouffe ? Et me dis pas "rien", j’ai pas le temps pour ça.
Amaya resta silencieuse. Puis elle murmura :
— Je vois quelqu’un. Mais il est marié.
Francesca haussa les sourcils, surprise.
— Et tu continues de le voir ?
— Je… J’arrive pas à le repousser. Il me rend folle. J’ai l’impression de ne plus penser. J’ai honte.
Elle baissa les yeux, honteuse.
A suivre