Chapitre 1 : Le Poids du Sacrifice
Chapitre 1 : Le Poids du Sacrifice
Point de vue de Léna
Le néon du fast-food grésillait au-dessus de la tête de Léna, accentuant la migraine qui tambourinait derrière ses tempes depuis midi. Elle regarda sa montre : 22h30. Sa double journée se terminait enfin. Ses mains, abîmées par les produits nettoyants et le rythme effréné des commandes, tremblaient légèrement en comptant son pourboire.
« Allez, encore un petit effort, » se murmura-t-elle pour s'encourager. « Le mois prochain, Marc pourra enfin lancer son application et tout ira mieux. »
Léna vivait pour ce futur imaginaire. Depuis deux ans, elle s'était oubliée. Elle avait mis ses études de droit entre parenthèses, enchaînant les boulots ingrats pour que Marc, l'homme qu'elle aimait plus que tout, puisse se consacrer à ses "projets révolutionnaires". Elle payait le loyer de leur appartement dans le quartier chic, les factures, et même ses vêtements de marque pour qu'il « garde une image professionnelle ».
Ce soir-là, elle avait une étincelle de joie dans les yeux. C’était leur anniversaire de rencontre. Elle avait économisé en secret pour lui acheter la montre connectée qu'il convoitait tant. Elle passa par le traiteur, acheta ses sushis préférés et monta dans le bus, le cœur léger malgré l'épuisement.
En arrivant devant la porte de l'appartement, elle s'arrêta pour reprendre son souffle. Elle voulait être belle pour lui. Elle rajusta ses cheveux, essuya une tache de sauce sur son tablier qu'elle n'avait même pas pris le temps d'enlever, et glissa doucement la clé dans la serrure. Elle voulait crier « Surprise ! », mais le silence de l'entrée l'en empêcha. Un rire cristallin, qu'elle aurait reconnu entre mille, s'échappa de la chambre. C'était celui de Chloé, sa meilleure amie, celle à qui elle confiait ses doutes et ses larmes.
Point de vue de Marc
Marc était allongé sur les draps en satin que Léna avait achetés le mois dernier. À ses côtés, Chloé, vêtue d'une lingerie coûteuse, s'amusait avec le cordon de son peignoir. Marc se sentait puissant. La vie était exactement comme il l'entendait : une femme dévouée pour payer les factures, et une maîtresse de luxe pour le plaisir.
— « Tu ne penses pas qu'elle va finir par se douter de quelque chose ? » demanda Chloé en déposant un b****r sur son épaule. « Elle est naïve, mais quand même... »
Marc éclata d'un rire méprisant. — « Léna ? Elle est trop occupée à frotter des parquets et à servir des burgers pour réfléchir. Elle croit dur comme fer à notre "grand destin". Tant qu'elle rapporte l'argent, je lui sers quelques mots d'amour et elle repart pour un tour. C'est ma poule aux œufs d'or, Chloé. Mais c'est avec toi que je veux profiter de l'or. »
Chloé gloussa, se serrant contre lui. — « C'est vrai qu'elle est devenue pathétique. Tu as vu ses mains ? On dirait celles d'une vieille femme. Et son odeur de graillon... Je ne sais pas comment tu fais pour l'embrasser encore. »
— « Je ne l'embrasse plus, je ferme les yeux en pensant à toi, » répondit Marc avec cynisme.
La Confrontation
La porte de la chambre s'ouvrit avec un fracas sourd. Léna était là, le sac de sushis écrasé contre sa poitrine, les yeux écarquillés par l'horreur. Le silence qui suivit fut plus lourd qu'un arrêt de mort.
— « Marc ? Chloé ? » sa voix n'était qu'un murmure brisé.
Marc ne paniqua même pas. Il se redressa lentement, sans aucune gêne pour sa nudité partielle. Chloé, quant à elle, ramassa négligemment un drap pour se couvrir, un sourire provocateur aux lèvres.
— « Ben alors Léna, » lança Marc d'un ton agacé, « on n'apprend plus à frapper ? Tu rentres tôt, c'est mauvais pour les affaires ça. »
— « Comment... comment pouvez-vous me faire ça ? » hoqueta Léna, les larmes inondant son visage. « Chloé, tu es ma sœur ! Marc, j'ai tout donné pour toi ! Je travaille 15 heures par jour pour que tu puisses vivre ton rêve ! »
Chloé la regarda de haut en bas avec un dédain manifeste. — « Ton erreur, Léna, c'est de croire que le travail acharné rend intéressante. Regarde-toi. Tu es épuisée, tu es terne. Tu nous sers à quoi, au juste, à part payer le loyer ? »
Marc se leva et s'approcha d'elle, non pas pour la consoler, mais pour la pousser vers la sortie.
— « Écoute, puisque tu as découvert le pot aux roses, on va arrêter la comédie. Je ne t'aime pas, Léna. Je ne t'ai jamais aimée. Tu étais un investissement. Et honnêtement, tu es devenue un fardeau. Prends tes affaires de sport et dégage. Chloé emménage officiellement. »
— « Tu me jettes ? Après tout ce que j'ai fait ? » s'écria-t-elle, le cœur en miettes.
— « On ne garde pas une vieille mule quand on peut avoir un pur-sang, » ricana Marc.
Le rire de Chloé résonna dans le couloir alors que Léna, le visage déformé par la douleur et l'humiliation, faisait demi-tour. Elle ne prit rien. Elle ne voulait rien de cette vie qui n'était qu'un mensonge. Elle descendit les escaliers en courant, les insultes et les moqueries des deux amants résonnant encore dans ses oreilles comme des coups de poignard.
Dehors, la pluie commençait à tomber. Léna marcha sans but, son sac à main pour seul bagage, jusqu'à ce que ses pas l'amènent devant l'enseigne lumineuse d'un club sélect : L'Éclat.
« Puisque je ne suis qu'une mule pour eux, » pensa-t-elle avec une rage soudaine et désespérée, « je vais leur montrer que je peux brûler plus fort que leur trahison. »
Elle essuya ses larmes d'un geste rageur, releva la tête et entra dans le club, ignorant que derrière les vitres fumées du carré VIP, un homme dont le nom faisait trembler les marchés financiers venait de la remarquer.