Chapitre 17 : L’Aube d’un Nouveau Monde
Point de vue de Léna
Le silence du manoir n'était plus le même. Autrefois, il me semblait lourd, chargé des secrets des Sinclair et de l'ombre de mon passé. Aujourd'hui, il était habité par les bruits légers de la vie : le souffle régulier d'Alexander dans son berceau jaune tournesol et le crépitement du feu dans la cheminée.
Trois semaines s'étaient écoulées depuis la nuit électrique du gala. Mon corps se remettait doucement, mais mon esprit, lui, s'était transformé. En tenant mon fils contre moi, je ne voyais plus la jeune fille effrayée qui servait des cafés pour payer le loyer d'un lâche. Je voyais une mère dont la force avait été forgée dans l'acier et le velours.
Gabriel entra dans la nurserie. Il avait abandonné ses costumes stricts pour un pull en cachemire sombre. Ses traits étaient plus détendus qu'ils ne l'avaient été depuis des mois.
— « Il dort enfin ? » murmura-t-il en entourant mes épaules de ses bras.
— « Un vrai petit ange. Il a tes yeux, Gabriel. Ce gris d'orage qui semble déjà tout comprendre. »
Il déposa un b****r dans mon cou, une caresse qui me fit frissonner. — « J'ai des nouvelles de la ville, Léna. Arthur Sterling a été officiellement inculpé pour fraude massive et tentative d'extorsion. Le conseil d'administration a voté à l'unanimité pour me confirmer à la présidence à vie. Quant à Marc... ses avocats ont abandonné. Il va passer les prochaines années derrière les barreaux pour complicité de diffamation et vol de documents confidentiels. »
Je fermai les yeux, un immense poids quittant ma poitrine. — « C'est fini, alors ? Vraiment fini ? »
— « Vraiment fini. Mais ce n'est pas tout. »
Point de vue de Gabriel
Je regardai Léna. Elle était magnifique dans la lumière dorée de l'après-midi, une sérénité nouvelle émanant d'elle. Mais je savais que malgré la victoire, le manoir et la ville restaient associés à trop de souvenirs douloureux pour elle. Chaque couloir lui rappelait une attaque, chaque fenêtre lui rappelait la presse qui l'avait traquée.
— « J'ai une surprise pour toi, » dis-je en lui tendant une enveloppe scellée d'un cachet de cire.
Elle l'ouvrit avec curiosité. À l'intérieur se trouvait l'acte de propriété d'un domaine en Provence, une ancienne bastide entourée de champs de lavande et d'oliviers, loin du bruit de la finance et de la méchanceté des salons parisiens.
— « Un domaine dans le Sud ? » s'étonna-t-elle, les yeux brillants.
— « C’est notre sanctuaire, Léna. J'ai délégué la gestion quotidienne de l'empire à mon père et à un nouveau comité de confiance. Je veux passer les premières années d'Alexander à te voir sourire sans craindre les flashs des photographes. On part à la fin de la semaine. »
Léna se tourna vers moi, l'émotion l'empêchant de parler. Elle me serra de toutes ses forces. À cet instant, je sus que j'avais pris la meilleure décision de ma vie. L'argent n'était qu'un outil ; la paix de ma femme et de mon fils était ma seule véritable réussite.
La Chute des Traîtres
Pendant que nous préparions notre départ, la justice suivait son cours. Dans une cellule grise, loin du luxe qu'il avait tenté de voler, Arthur Sterling réalisait que son pouvoir s'était évaporé au moment où il avait sous-estimé la "fille du peuple".
Marc, lui, était seul. Chloé n'était jamais venue le voir. Elle avait pris le chèque de Léna et s'était volatilisée à l'étranger pour refaire sa vie, lâche jusqu'au bout. Marc fixait les murs de sa cellule, hanté par l'image de Léna sur le perron du manoir, une reine qu'il avait cru pouvoir briser et qui l'avait finalement effacé d'un simple regard.
Une Nuit de Retrouvailles
Le soir avant notre départ, alors qu'Alexander dormait profondément sous la surveillance d'une infirmière de confiance, Gabriel m'emmena sur la terrasse. Le ciel était d'une clarté absolue.
L'intimité entre nous était devenue quelque chose de sacré. Après les épreuves, nos corps se cherchaient avec une intensité renouvelée, comme pour sceller notre victoire sur le chaos. Gabriel m'attira contre lui, ses mains possessives redécouvrant ma silhouette.
— « Tu es la plus belle chose qui me soit arrivée, Léna Sinclair, » souffla-t-il avant de m'embrasser.
Cette nuit-là, dans le secret de notre chambre, la passion ne fut pas une fuite, mais une célébration. Chaque b****r, chaque caresse de Gabriel me rappelait que je n'étais plus seule. Il m'aimait avec une ferveur qui effaçait chaque cicatrice de mon passé. Sous ses mains, je ne me sentais plus "ordinaire". Je me sentais vivante, aimée, et enfin, à ma place.
Le lendemain matin, alors que nous montions dans l'avion privé qui allait nous emmener vers notre nouvelle vie, je regardai le manoir s'éloigner par le hublot.
« Au revoir, Léna Martin, » pensai-je. « Bienvenue, Madame Sinclair. »