Les deux époux se complétèrent les larmes durant de longues minutes. Quel péché avaient-ils commis pour mériter une telle punition ? Tous deux voués au silence profond en guise de réponse à cette question, continuaient quand même de mal mastiquer leur découverte. Le père NOA avait raison. Sa fille ne va pas bien dans la tête, même si c’est sans lobes aux enchères. Il faut être malade pour réussir à attenter à une vie à cet âge. Il urge donc que la situation soit contrôlée.
Pour commencer, le psychiatre recommande la méthode douce. Il conseille à mère NOA de remplacer la gourde de son fils tous les matins pendant un certain temps, en attendant qu’il ne balise le terrain de confrontement de sa fille. Celle-ci ne doit se douter de rien jusqu’à ce que son père ne soit prêt à lui infliger une punition psychiatrique. Alors, Mère NOA s’acheta une nouvelle gourde identique à celle de Gratien, qu’elle rechargeait tous les matins, et cachait dans son sac à main. Décidée plus que jamais à veiller sur son fils unique, sans jeter sa fille unique, elle choisit d’accompagner Gratien au collège tous les matins, sous le prétexte de l’approche des examens. Ce plan lui réussit très bien car elle transportait elle-même le sac à pic-Nic du garçon jusqu’à son véhicule, à bord duquel elle l’attendait patiemment pour démarrer. Cela lui permettait aisément de remplacer la gourde de Gratien tous les matins, sans qu’il ne s’en rende compte, mais également sans réveiller les soupçons de Symphonie. Tout se passa selon les prières du père NOA, qui entend récupérer la santé mentale de sa fille.
Symphonie avait continué à empoisonner la gourde de son frère, et son père lui, à la filmer jour après jour. Il programmait de confronter sa fille avec les multiples vidéos, mais avant, lui faire la peur de sa vie. Chez les NOA, les parents appliquaient une cure antipaludique à leurs enfants tous les mois, à une date fixe connue de tous. Parents et enfants étaient donc toujours au rendez- vous, pour s’ingérer oralement, les cachets nouveaux ou habituels distribués par le chef de famille, pour préserver sa famille des crises de paludisme. C’est ce moment que le père NOA a jugé propice, pour montrer à Symphonie qu’il connaissait son secret meurtrier. Le jour venu, Gratien avait été dispensé par son père, de se déplacer de sa chambre à la salle à manger. Ce dernier a préféré aller de lui-même lui donner son cachet dans sa chambre. Le jeune homme très touché montra beaucoup de reconnaissance à son père sans se douter de l’existence d’une situation gênante. De retour de la chambre de l’unique héritier, Père NOA, s’est rendu dans la salle à manger, ou l’attendaient déjà sa fille et sa femme. Exprès, il ramena avec lui la nouvelle gourde à eau de Gratien, dont il distribua l’eau dans trois verres qu’il alla chercher sur le buffet, sous le regard attentif de ses deux observatrices. Ce plan avait soigneusement été établi la veille par les deux époux, dont la femme devait se charger de maintenir la carafe de table sans une seule goutte d’eau. Symphonie regardait son père avec inquiétude et nervosité, pendant que ses parents eux, étaient tous calmes comme d’habitude. Ils feignirent de ne pas la remarquer dans son stress. Elle semblait craindre quelque chose, qu’elle n’a pas l’audace de révéler à qui que ce soit, sans se douter que sa culotte était trouée depuis longtemps. Son père rempli chaque verre à moitié, puis déposa celui de chacun devant chacun. Symphonie transpirait à grosses gouttes, sous un grand brasseur de dernière génération. Elle pâlit soudainement et essaya de retenir ses mains qui s’étaient mises à trembler. Elle respirait plus rapidement tout comme dans ses faux moments de crises. Mais ses parents continuèrent à faire semblant de ne rien voir. Ensuite, son père sortit sa boite à médicaments, et fit semblant d’avoir oublié celui du jour dans la chambre de son fils et décida donc d’y retourner, mais alla plutôt dans sa propre chambre. Une fois dans sa chambre à coucher, il lança le numéro du téléphone fixe de la maison, dont mère NOA s’est empressée de décrocher l’appel, en faisant semblant de discuter. Symphonie pour la première fois de sa vie, crut à l’existence d’un Dieu puissant, qui ne rejette vraiment pas les pécheurs. Si Dieu ne faisait pas réellement de miracles, alors comment pouvait-on appeler cette issue glorieuse qui venait de se présenter à elle? Sans plus perdre de temps, elle se leva à pas de voleur, et se dépêcha d’aller vider les trois verres dans le lavabo de la cuisine, et de les remplir après les avoir soigneusement lavés. Il lui fallait presser les pas, afin de ne pas se faire surprendre, par les parents.
Effectivement, Symphonie était revenue à sa place telle qu’elle le souhaitait, bien avant le retour de ses parents dans la salle à manger. Son père, le metteur en scène, devait selon le plan, garder l’écoute du téléphone du salon, et demeurer l’interlocuteur de sa femme jusqu’au moment opportun. Assis au bord du lit conjugal, et face à son ordinateur, il suivait chaque fait et gestes de sa fille, qu’il racontait en retour à sa femme, pour la retenir au bout de la ligne téléphonique. Une fois que celle-ci revint, se félicitant de son exploit, regagnant fièrement son siège, sa mère informée, fit semblant de congédier son interlocuteur, pour regagner également le sien tout en paraissant ravie d’y être revenue, à temps avant son mari. Quelques instants plus tard, le père NOA revint avec les cachets normaux en main, ainsi que son ordinateur portatif. Mais au moment de les distribuer, il s’intrigua du fait que les trois verres, qu’il avait lui-même rempli à moitié, se soient retrouvés tous pleins jusqu’à la gorge, et invita sa femme à lui expliquer ce qu’il se passait. Celle-ci n’en savait rien non plus puisqu’elle était en train de discuter au téléphone avec une amie. Elle venait juste de revenir à table.