-Êtes-vous les parents de madame Guira?
-Oui docteur
-J’ai besoin de parler à son mari
-Euh… son… son … mari ?
-ah ! Je vois. Vous êtes son frère, c’est bien cela ?
-Non docteur
-Mais dans ce cas…
-En fait, je suis son petit ami.
-D’accord ! Je comprends. Cela me semble tout autant parfait.
-Ravi donc
-En effet, votre copine est enceinte. Elle porte une grossesse deux mois. A part ça, elle se porte bien et le bébé aussi.
Une chaleur glacée s’irrigua dans tout son être et lui fit un effet de paralysie. Lui papa ! Il va être papa ! Il se sent à la fois heureux et peureux. Personne ne connaissait sa relation avec Guira. Il ne connaissait pas ses parents. Comment va-t-il l’annoncer ? Il pataugeait dans ces milliers de pensées, lorsqu’une voix inconnue vient le réveiller de son rêve.
-Bonjour mon garçon
- Bonjour monsieur
-Tu ne me connais pas vraiment, mais moi si.
-Oh ! Veuillez beaucoup m’en excuser monsieur.
-C’est rien mon enfant. Je tenais juste à te féliciter pour le chantier en cours au quartier Pib. Cet espace, c’est moi qui l’ai vendu à ton feu père. Il m’avait beaucoup parlé de toi et de ses ambitions pour toi. De là où il est, il doit vraiment être fier de toi.
-Que ça fait plaisir de vous entendre ! Je vous remercie vraiment.
-Tout le plaisir est pour moi mon fils.
-En effet, on aurait dit qu’Allah vous voulait vraiment ici. Voici la deuxième fois depuis le démarrage du chantier, que je me sens obligé d’effectuer un payement parallèle au contrat que j’ai signé avec la société en charge des travaux.
-Ah bon ! Et pourquoi ça ?
-La première fois, le chef chantier a évoqué une fissure tunelique dans le sol, ce que le budget de départ ne saurait prendre en compte. Alors, j’ai dû lui faire un chèque à hauteur du montant réclamé.
-Non !
-Mais ce matin encore, Son appel m’a réveillé pour un complément de montant pour le règlement du même problème.
-C’est impossible ! Cet homme te dupe ! Et je lui donnerai une bonne leçon !
-Sérieusement ?
-Sur toute la ligne il t’a dupé ! Cet endroit, j’avais l’intention d’y ériger un bâtiment de cinq étages. Alors, tous les examens possibles du sol et du sous-sol avaient été effectué par la même société, et les documents sont encore là avec moi car, je n’ai pas eu la chance de revoir ton père avant son décès.
-Mon Dieu ! Et tout cet argent qu’il m’a soutiré déjà ?
-La société se débrouillera pour te rembourser, sous peine de se voir traduire en justice, ce qui lui fera une mauvaise publicité.
-Je vois. Que dois-je donc faire maintenant ?
-D’ici, rentre chez toi et ne lui donne aucune explication à part un empêchement. Je mettrai la main sur les documents ce soir même, que je te ferai parvenir chez toi demain, par le biais de mon chauffeur.
-D’accord papa, je vous en remercie vraiment. Que dois-je faire par la suite ?
-Tu écriras à la cellule de gestion de crises de la société, avec copie des documents que je te ferai parvenir, ainsi que celle du chèque que tu as déjà délivré à leur ouvrier, avec sommation de remboursement dans l’immédiat.
-D’accord
-Pour le reste, le temps te fera voir les résultats. Mais dis-moi ?
-Quoi donc ?
-Que viens-tu faire ici exactement ?
-En fait j’y ai accompagné une personne chère pour moi, qui a fait une crise d’évanouissement.
-Oh ! J’espère qu’elle se porte mieux à présent, et surtout que ce n’est pas ta sœur ?
-Oui elle se porte bien à présent. Ce n’est pas ma sœur rassurez-vous. C’est plutôt celle qui vient de faire de moi un futur papa.
-Quelle bonne nouvelle ! Félicitation mon garçon ! Dans ce cas, je crois que je t’ai assez retenu. Tu lui passeras le bonjour d’un pépé.
-Je ne manquerai pas !
-A demain donc !
-A demain papa !
Courant vers le service des accueils, il demanda à la secrétaire si il pouvait voir madame Guira sa femme. Puis, le numéro de la chambre de la patiente lui fut immédiatement communiqué. Déjà au chevet de sa dulcinée, tel une étoile filante qui emporte les bons vœux de ses admirateurs, il était tout simplement muet, tendre et souriant. La fixant avec son plus beau regard, tout en effleurant ses belles tresses divinatoires, il finit par prononcer un petit mot : « merci ».En retour, elle sourit en silence. Soudain, la porte de la chambre s’ouvre, et laisse voir le médecin, qui leur annonce qu’ils pouvaient rentrer chez eux. Plus qu’un œuf, il se jure de prendre soin d’elle et du bébé. Si c’est un garçon, il portera le prénom de son père, et si c’est une fille, elle s’appellera comme sa mère.
C’est ainsi que Gratien de retour chez lui, obtint effectivement dès le lendemain, l’aide du vieil ami de son père, suivit ses conseils, qui débouchèrent comme prédis par le vieillard sur le remboursement intégral du montant qui lui a été escroqué, ainsi que le remplacement sans délai du chef chantier, par la société. Par ailleurs, il annonça à sa sœur qu’il allait être papa, et que la mère de son futur enfant, c’était Guira.
-La domestique !
-Plus maintenant !
-Donc tu couchais avec ta femme de chambre depuis tout ce temps ?
-Pas mieux que toi sœurette ! Si je l’ai appris de quelqu’un, c’est bien toi !
-Que veux-tu insinuer ?
-Ne couchais tu pas avec ton chauffeur ? Moi au moins je vais en faire ma femme. Et toi ?
C’était la première fois que Gratien se fâchait contre sa sœur. Tout prouve qu’il était vraiment amoureux de cette fille.
Depuis toutes ces découvertes, il allait sur son chantier tous les jours ouvrables suivre les ouvriers, et rentrait le soir voir sa dulcinée. Les travaux étaient complètement terminés maintenant, et il ne lui restait plus que le lancement de ses activités désormais.