Chapitre II

2693 Mots
IIElle avait soulevé un de ces lièvres, Marie Lafitte ! Le major Kertanguy, à Auray, n’eut pas l’air de nous prendre au sérieux. Sa ville, c’était pas vraiment un coin à came. Bien sûr, il y en avait un peu. On surveillait les abord de Saint-Goustan, des écoles, des cours privés… Ça m’a piqué au vif. Quand Kertanguy dit qu’il n’avait personne pour s’occuper de la merde que nous avions déterrée, je pris les affaires en main. On décida de rechercher activement le clochard de Marie, tout en faisant une enquête sur les Vogelweith, leurs habitudes, leurs fréquentations. Il fallait être discret, m’avait dit Kertanguy, comme si j’étais né de la dernière pluie. Il avait insisté. Il craignait d’avoir à tracasser les Vogelweith, qui avaient une réputation irréprochable. Le milieu médical… Il s’était déjà fait taper sur les doigts, malgré son succès, quand il avait résolu l’affaire de la vente des médicaments périmés à des pays en voie de développement. C’était un médecin de Rennes, respecté lui aussi, cofondateur d’une organisation humanitaire, qui avait été inculpé en même temps que d’autres personnalités du monde médical… Ensuite, la nuit même du jour où Marie était venue boulevard Nominoé avec son clebs, on a eu droit au cirque. Pour être honnête, je dois dire c’est plutôt elle qui y a eu droit. J’ai beau me dire que tout ça a été la faute de Guillou, je ne suis pas trop fier de moi. En fin d’après-midi, elle m’avait appelé, en plein milieu d’une réunion avec nos potes de la gendarmerie, pour l’histoire du Jardin de la Préfecture. Je n’ai pas été gracieux, j’aime mieux vous dire. Le fond de ma pensée, c’était qu’elle se faisait suer. Elle dirige un centre d’informatique à l’Agence Nationale de la Recherche à Vannes. D’après ce que j’ai compris, ce n’est pas de la tarte. Se trouvant en congé, les bras ballants, en proie à un spleen carabiné dans cette grande baraque vide, elle devait avoir besoin qu’on l’écoute. Je dois dire qu’elle est toujours aussi polie qu’une duchesse. Vous me direz que je ne connais pas beaucoup de duchesses. Qu’est-ce que vous en savez ? — Lieutenant, me dit-elle, je voulais vous remercier encore d’être venu hier soir. — C’est normal, Madame Lafitte. — Est-ce que vous avez trois minutes ? — Pas plus. Mais allez-y. — Lisa et Jochen Vogelweith ont depuis quelque temps une femme de ménage, Eléna. Je ne l’ai jamais vue parce qu’elle était en congé quand je suis arrivée à Auray. Elle n’est pas venue ce matin comme il était prévu. Et puis, dans la matinée, j’ai eu un coup de téléphone. J’avais les carnets de rendez-vous de Jochen et Lisa sur la table. Vous comprenez, j’ai demandé à mes amis des instructions précises, pour le cas où des malades appelleraient en leur absence. Mais ce n’était pas un client. J’ai mal compris ce qu’on me disait. C’était une voix d’homme. J’ai cru reconnaître des mots portugais. Quelque chose comme : “Eléna ne peut pas vir… Est-ce qu’elle a esquecime do saco ?” J’ai dit : “Le docteur Vogelweith est absent. Pouvez-vous rappeler la semaine prochaine ?” On a raccroché sans répondre. — Pourquoi me parlez-vous de tout ça ? dis-je, aussi avenant qu’un porc-épic. — Et bien, cela veut dire : “Eléna ne peut pas venir. Est-ce qu’elle a oublié son sac ?” Alors j’ai pensé que cela avait peut-être un rapport avec le sac de Saint-Goustan… — Ah ! — Et puis, j’ai pensé à une autre chose, Lieutenant. — Il va falloir que je raccroche. — Ah !… Vous me rappellerez, peut-être, quand vous serez moins… ? — Certainement. Au revoir, Madame Lafitte. Après la réunion, qui se prolongea, j’étais en retard pour le rendez-vous chez le juge d’instruction. Et puis, je devais passer au labo. Bref, une fois de plus, j’étais chez moi à une heure pas possible. Sarah était là, assise dans la cuisine, en train de grignoter du fromage. Bogart trônait sur la table. Tout en mâchonnant, ils lisaient ensemble mon dernier numéro de Chasseur d’Images. Bogart avait son cul sur la page de gauche. — Minou, dit Sarah, tu n’as pas oublié le dîner d’anniversaire de Jean et Nanette ? Elle portait une robe rouge sans bretelles. Courte, vaporeuse, brillante. Ses cheveux noirs étaient relevés, sauf une petite mèche derrière une oreille. Je plongeai aussi sec dans son décolleté. Elle protesta, mais je voyais bien que c’était pas franc. Bref, nous arrivâmes au dîner au moment du dessert. Après, on décida tous d’aller au Garage, une boîte qui venait d’être entièrement réinstallée, avec musique techno et le toutim. A quatre heures du matin, je dormais comme un bébé quand le téléphone me troua le tympan. C’était Guillou. Il m’expliqua qu’il avait pris son service à 22 heures. Marie Lafitte avait appelé. — Merde, dis-je. Qu’est-ce que c’était ? — Eléna est peut-être en danger. — C’est tout ? — Mais attend… Elle a téléphoné une deuxième fois. Vers minuit. On venait de la menacer au téléphone. — La menacer de quoi ? — D’entrer dans la propriété pour récupérer le sac. — Mais quel con ! Tu avais bien mes coordonnées ? J’ai laissé un message avant d’aller au Garage ! Monsieur n’avait pas vu le message tout de suite. Monsieur n’avait pas téléphoné à la gendarmerie d’Auray. Pourquoi ? Heu… Madame Lafitte avait eu une voix calme, au téléphone. Alors… Après avoir demandé à Guillou de prévenir la gendarmerie d’Auray, j’essayai d’appeler la maison des Vogelweith. Des clous ! Le téléphone était mort. Je bigophonai Tournebise. Nous fonçâmes dans la nuit. Quand nous arrivâmes devant la maison, la voiture des hommes de Kertanguy était là. Il y avait deux gendarmes au salon. Marie disait : — Il faut m’excuser. Je n’avais pas mis l’alarme. Je sais la mettre, mais… Assise au bord d’un fauteuil, elle tenait serrée contre elle une de ces pétoires ! Aussi grande qu’elle. Comme on n’en voit plus que dans les westerns. Ou alors carrément un chassepot. Je m’avançai, lui retirai le chassepot, et le posai dans un coin. — Ah ! Lieutenant Alban ! Lieutenant Tournebise ! Ah !… Je suis désolée pour tout ça. — Qu’est-ce qui est arrivé ? Il était environ 23 heures. Elle était descendue quelques minutes au jardin avec Happy, avait vérifié la fermeture de la grille, de la porte d’entrée, baissé le chauffage. Elle n’avait pas branché l’alarme, craignant de faire une fausse manœuvre et de réveiller tout le voisinage avec la sirène. Elle s’était couchée et avait sombré immédiatement dans un sommeil de plomb. Quand le téléphone sonna, elle crut qu’elle dormait depuis une éternité. Elle s’aperçut qu’elle n’avait plongé que dix minutes… La voix de son interlocuteur lui parut vaguement familière. Il ne se présenta pas. Il réclama le sac avec des menaces très claires. Il lui ferait la peau si elle n’allait pas tout de suite le déposer devant la grille d’entrée… Il raccrocha sans lui laisser le temps de répondre. Tournebise l’interrompit : — Vous n’avez pas eu peur, Madame Lafitte ? Vous auriez pu aller vous réfugier chez des voisins… Non, elle n’avait pas eu peur. Elle avait, depuis de longs mois, l’habitude d’être seule dans sa maison de Lamothe-Saint-Léonard, près de Locminé. Et puis, elle avait complètement oublié que l’alarme était débranchée. Et Jochen lui avait expliqué que la maison, pendant sa restauration, avait été conçue comme un véritable fortin. Si quelqu’un pénétrait dans le jardin en sautant la grille, des lumières éblouissantes s’allumaient. Si l’on approchait de la porte d’entrée, il suffisait d’avoir un pied sur la première marche du perron pour qu’une sirène se déclenche. Il était presque impossible d’escalader les murs jusqu’aux fenêtres, à cause de rangées de piques en hérisson disposées à quatre mètres du sol. Les fenêtres du rez-de-chaussée étaient gardées par des grilles épaisses, solidement scellées. La porte d’entrée avait une serrure multiple extrêmement sophistiquée. La haute verrière colorée au-dessus de la porte était constituée d’une vitre armée, sur laquelle on avait rapporté un à un les morceaux du vitrail d’origine. Ce coup de téléphone l’avait agacée. Elle avait appelé aussitôt le commissariat du boulevard Nominoé. Le préposé, qu’elle avait trouvé un peu lent, n’était pas au courant de l’histoire du sac. Il lui dit qu’il transmettrait le message au lieutenant Alban. Il ne dit pas quand. Le téléphone sonna à nouveau. C’était une autre voix, avec un accent étranger. L’homme lui dit qu’il allait monter, qu’elle allait regretter son entêtement. Il commença à énumérer ce qu’il lui ferait subir si elle ne livrait pas la marchandise. Comme la première fois, on ne lui laissa pas le temps de répondre. A mon tour, je l’interrompis : — Qu’est-ce qu’il a dit exactement, Madame Lafitte ? Elle devint blanche comme de la craie. Je crus qu’elle allait tomber du fauteuil. — Il a dit qu’il me… qu’il me… Non, Lieutenant, je ne peux pas répéter ce qu’il a dit. Mais j’étais dans une telle rage, sur le moment, que cela ne m’a rien fait. Elle avait failli décrocher le téléphone. Pensant aux malades de Jochen et Lisa, elle avait finalement branché le répondeur téléphonique. Puis elle s’était mis la tête sous l’oreiller, décidée à dormir. A partir de là, sa nuit avait été infernale. Happy commença. Il se mit à aboyer furieusement dans la cuisine. Elle se leva et lui ouvrit la porte. Il galopa dans l’escalier et continua à aboyer de plus belle devant la porte d’entrée. Sans allumer, elle alla voir à la fenêtre du salon dont elle n’avait pas fermé les volets. Dans la pénombre, elle vit deux hommes franchir la grille… Elle attendit. Le jardin resta dans le noir… Elle se précipita sur le téléphone. Pas de sonnerie. Elle essaya d’allumer la lampe de sa chambre. Plus d’électricité… Elle ne se fit aucune illusion sur Happy. Ces hommes avaient dû la voir se promener avec le chien. Ils savaient probablement que ce n’était qu’un bébé, trop maladroit pour défendre efficacement qui que ce soit… Par la fenêtre, elle vit les deux hommes monter le perron, s’approcher de la porte. Elle se dit qu’ils auraient du mal à forcer la serrure, que le bruit infernal des aboiements de Happy les abrutirait… Elle alla dans la cuisine faire chauffer de l’eau, puis revint dans le salon. S’approchant de la fenêtre, elle l’ouvrit doucement. La porte d’entrée était juste en dessous. Elle retourna dans la cuisine, prit l’énorme casserole d’eau bouillante, jeta l’eau sur les deux hommes. L’un d’eux reçut tout sur le côté de la tête et l’épaule. Il poussa un cri déchirant. Sur le moment, elle faillit vomir d’horreur. Mais elle revint à la cuisine, refit chauffer de l’eau, décidée à les décourager… Après d’interminables attaques à l’eau bouillante, elle les vit se replier. Ils sautèrent à nouveau la grille et disparurent sur le boulevard. Elle rappela Happy, puis le laissant dans la salle à manger, alla se recoucher. Une demi-heure après, Happy l’avertissait à nouveau. Elle ne fit qu’un bond jusqu’à la fenêtre du salon. Cette fois, elle aperçut le contour d’une échelle coulissante, que les deux hommes faisaient tranquillement glisser par-dessus la grille du jardin. Elle regarda la pendule. Il était quatre heures du matin. Le service du nettoiement ne passait qu’à cinq ou six heures… Elle réfléchit encore. Il devait bien y avoir un moyen d’avertir un passant, des voisins… Mais ses attaquants ne faisaient aucun bruit… Si elle hurlait à la fenêtre ? Les maisons avoisinantes, solidement construites, avaient des murs épais, de grands jardins… Cette fois, ils ne tentèrent rien contre la porte d’entrée. Ils appuyèrent le haut de l’échelle sur la rangée de piques qui défendait l’accès au premier étage. De là, ils pouvaient se hisser avec des gants sur la rangée de piques et, avec des semelles épaisses, marcher tranquillement jusqu’à une fenêtre. Elle resta indécise un moment. Il y avait bien un vieux fusil dans l’entrée. Jochen lui avait dit que c’était celui de son père, que le canon était légèrement fêlé, qu’il risquait d’exploser au premier coup tiré… Peut-être pouvait-elle les effrayer avec ce fusil… Le tout était de gagner du temps… Mais elle n’avait pas envie de descendre le chercher… Elle avait dû se gendarmer pendant quelques secondes. Elle s’était ensuite précipitée dans l’escalier, avait arraché le fusil accroché en face de la porte d’entrée, était remontée comme une flèche. Après, elle avait passé le fusil par la fenêtre du salon, hurlant : — Attention, descendez immédiatement ou je tire ! L’homme qui était en train de se hisser par-dessus la rangée de piques, s’arrêta, indécis… L’autre lui cria : — Avance ! Elle bluffe ! Il n’est sûrement pas chargé ! Au moment où elle s’apprêtait à tirer, la voiture de gendarmerie était arrivée à vive allure et avait freiné brutalement devant la grille. Je vis Marie ébaucher un sourire. — L’effet a été magique, dit-elle. Les deux hommes sont descendus de l’échelle, ont fait un bond vers le fond du jardin, ont escaladé l’énorme mur, ont sauté de l’autre côté. Vous croyez qu’ils se sont tués, dans la chute ? C’est Tournebise qui réussit à la persuader d’aller se coucher, après lui avoir pratiquement versé dans le gosier du lait chaud et sucré. Il avait l’air d’avoir fait ça toute sa vie. Ils étaient dans la cuisine et, pendant que Kertanguy, au téléphone, dégoisait des salades embarrassées, je les entendais discuter le bout de gras. — Non, Madame Lafitte, vous ne ferez pas de café pour nous. Je vous prépare du lait chaud. Asseyez-vous là, et ne bougez plus. — Lieutenant, chuchota-t-elle, il a l’air furieux contre moi. C’est vrai que j’aurais dû mettre l’alarme. — Mais non. Alban fait la tête parce que vos messages ne sont pas arrivés à temps. Et puis, c’était dangereux, ce vieux fusil… — Je lui dirai, à Jochen, ce que je pense de sa rangée de piques sous les fenêtres. Ça leur a facilité le travail, à ces… — Tenez, buvez, Madame Lafitte. Après ça, hop, au lit ! J’entendis un reniflement à la Bogart. Il fait un petit bruit très particulier quand je lui donne le fond de mon café au lait. Ça veut dire que c’est le pied. — Qu’est-ce que vous avez mis dedans ? Ça sent… hem… C’est délicieux ! — Chut ! J’ai mis un peu de rhum. Elle chuchota encore : — Je vais être saoule, Lieutenant. Qu’est-ce qu’il va dire ? — Ne vous inquiétez pas. Je vous porterai au dodo. — Ah ! Non ! Je la vis marcher dignement jusqu’à sa porte. Avec la robe de chambre chamarrée, traînant par terre, qu’elle avait dû piquer au toubib, et ses micral bottillons rouges, elle me fit penser à un des sept nains. Happy avait le nez sur ses fesses. Le commissaire se serait encore marré… Vers 8 heures, elle fit irruption dans la cuisine, douchée, habillée. Elle sentait le savon au jasmin. Je ne peux pas blairer le jasmin. J’avais fait le café. Tournebise grillait des toasts. Elle soupira, s’assit sur un tabouret. — Ah ! Bonjour !… Ah ! J’avais si peur que vous soyez déjà partis. J’ai encore pensé à Eléna. Est-ce qu’on a retrouvé les truands de cette nuit ? — Non, Madame Lafitte. Ils sont toujours dans la nature. J’essayai de la convaincre de quitter Auray. Elle pouvait emmener Happy chez elle, à Lamothe-Saint-Léonard. Elle y serait à l’abri… Elle refusa. Vous l’auriez vue ! Une bourrique ! Tournebise eut beau lui sortir ses salades les plus subtiles en lui beurrant une tartine, elle ne céda pas. Elle avait pris la responsabilité de la maison, Jochen et Lisa se reposaient sur elle pour les rendez-vous des malades, elle n’avait pas le droit de quitter son poste avant leur retour. L’exaspération commençait à m’étouffer. Ma parole, elle était capable de prendre la tête à tout un commissariat ! Tournebise avait l’air placide. Il dit : — Parlez-nous de cette Eléna. Ce qu’elle nous raconta nous donna à réfléchir. Si seulement je l’avais rappelée la veille comme elle me l’avait demandé… Je lui en voulus encore davantage. Le fameux sac de Saint-Goustan était un sac de femme, assez grand, avec des soufflets. Le cuir bordeaux, de bonne qualité, était passablement usagé. Sur un côté, il y avait des initiales entrelacées en métal argenté. Marie n’avait pas réussi à bien déchiffrer les initiales sur le sac. Alors elle les avait dessinées. Et sur son dessin, on pouvait, mieux que sur l’original, faire la différence entre l’ensemble des fioritures, toutes du même style ondulé, et les branches des initiales, même là où il manquait des morceaux. On voyait ainsi assez nettement un L, et la deuxième lettre, tronquée elle aussi, pouvait être un V. Si cette lecture était la bonne, il pouvait s’agir d’un sac donné par Lisa à Eléna. Le sac était usagé, mais d’excellente qualité, ce qui faisait pencher vers cette hypothèse. Si Happy tournait autour du sac, c’est peut-être parce qu’il reconnaissait l’odeur de Lisa ou d’Eléna. Elle nous montra son dessin, d’une minutie à la Tournebise. Je le mis dans ma poche et dis d’un ton sévère : — Pourquoi ne m’avez-vous pas dit ça quand je suis venu chercher le sac ? Vous ne vouliez pas que vos amis soient mêlés à une sale histoire ? Elle devint encore tellement blanche que j’eus les boules. — Lieutenant, je savais que mes amis allaient y être mêlés, que je le veuille ou non. Je n’en ai pas parlé parce que je n’étais pas assez sûre de moi. Ouais, pensai-je amèrement, elle n’en a pas parlé parce que je lui ai fait peur avec ma grande gueule. — Pourquoi avez-vous dit à Guillou : “Eléna est peut-être en danger ?”, demanda Tournebise, comme pour détourner la conversation. — J’ai brusquement compris, hier soir, ce que le clochard avait marmonné après m’avoir mis le sac dans la main. Il a dit quelque chose comme : “Elle ne reviendra plus”. Sur le chemin du boulevard Nominoé, je ruminais la meilleure tactique pour inciter Kertanguy à nous aider sans nous pomper l’air. Tournebise me dit tout d’un coup d’un air sournois : — Tu l’as dans le baba ! Avoue ! — T’en fais pas ! On va la retrouver vite fait, la femme de ménage. — Je ne te parle pas de la femme de ménage. Tu les as vus, quand Madame Lafitte est arrivée dans la cuisine ? — Quoi ? — Et bien, ses cils ! — Et alors ? — Elle sortait de sa douche. Ses cheveux et ses cils étaient mouillés, mais c’était comme d’habitude. — Qu’est-ce qui était comme d’habitude ? — Ne fais pas l’âne. Tu as vu comme moi. Je n’y crois pas, à ton histoire d’appareil à cils…
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