Assise dans le salon la télé allumée, elle a les idées ailleurs. Il faut absolument qu’elle fasse quelque chose pour se trouver de l‘argent mais quoi ? se demande-t-elle.
On cogne à la porte, elle va ouvrir. Malik se tient au seuil de la porte tenant son sac de travail en main. Il sourit à Nabila. Elle lui renvoie un sourire forcé. Ce jour, elle n’a vraiment pas envie de rigoler. Elle l’invite à entrer.
_ Tu vas bien ? lui demande-t-il.
_ Oui monsieur je vais bien. Je vous sers quelque chose à boire ?
_ Euh oui de l’eau. Mais je vais m’installer dans le jardin. Ton patron va arriver d’un moment à l’autre.
Malik sort pour l’extérieur. Il s’installe dans le jardin et commence à sortir les documents de son sac. Nabila apporte une bouteille d’eau et un verre. Elle le sert et s’en va. Nabila n’a juste qu’une envie, rentrer chez elle s’occuper de la personne qui compte le plus dans ce monde : sa mère. Cette journée est finalement pourrie, plus rien n’arrivera à lui faire sourire.
Lorsque Tariq arrive, il monte se changer. Puis redescend avec des documents. Nabila l’accoste.
_ Monsieur, est-ce que je dois servir le repas ?
_ Non, on va manger après. Ou alors tu sers le temps qu’on finit de travailler.
_ D’accord monsieur.
_ Euh en passant, Malik est mon meilleur ami et en même temps un partenaire d’affaires. Tu le verras constamment ici donc tâche de bien le recevoir. Tu lui donnes ce qu’il veut.
_ C’est compris monsieur.
_ Apporte moi un verre de vin.
Tariq sort pour rejoindre son ami dans le jardin. Les deux amis se mettent au travail. Nabila arrive avec une bouteille de vin et un verre qu’elle pose devant son patron. Voulant servir son patron, la bouteille de vin entre ses mains va pousser le verre d’eau de Malik et se verse sur la table. Par chance, il a eu le geste de ramasser les documents avant que ça ne soit trempé.
_ Tu rêves ou quoi ? s’exclame Tariq.
Nabila qui garde toujours un torchon dans la poche de son tablier le sort rapidement pour éponger l’eau avant qu’elle ne s’éparpille sur la table.
_ Je suis désolée monsieur, dit-elle à l’endroit de Malik.
_ Ce n’est pas grave.
_ Mais si, c’est grave, rétorque Tariq. Depuis ce matin, cette fille n’a pas les idées en place. Tu ne peux pas servir quelqu’un sans regarder ce que tu fais. Tu aurais pu gâcher notre travail.
_ Je m’excuse monsieur je n’ai pas fait exprès.
_ C’est le résultat de ton travail de nuit. Tu es dehors au lieu de dormir. Si tu ne fais pas un choix, crois-moi je le ferai pour toi.
_ Désolée encore.
Nabila se retire toute triste pour la cuisine. Elle a presque les larmes aux yeux. Cette journée est une catastrophe, elle enchaîne des hurlements et des plaintes de son patron. Maintenant elle est certaine que même son ami est au courant de ce fameux coup d’un soir.
Dans le jardin, Malik pose un regard dur sur son ami.
_ Tu veux ma photo ?
_ Ça te plait de crier sur elle comme ça ? Elle a versé l’eau et puis quoi ? Ça arrive à tout le monde.
_ Si elle dormait elle n’allait pas verser. Elle est arrivée ici ce matin comme un zombie. Il fallait la voir mon frère, tu sens qu’elle n’a pas dormi. Je te l’avais dit, son urgence était pour ça.
_ Et bah ce n’est pas ton problème. Elle vient faire son travail ici le matin, le reste ne te concerne pas. D’autant plus que je reste encore sceptique à cette information.
_ Donc je mens ?
_ Je n’ai pas dit ça.
_ De toutes les façons je vais devoir prendre des mesures très sévères. Si elle ne peut pas faire un choix de travail, je le ferai pour elle. Remettons-nous au travail.
_ Donne-moi une minute, je vais garder mon verre avant que je ne le jette au sol moi-même.
Malik se rend à la cuisine. Il surprend Nabila assise sur une chaise, dos tourné, la tête baissée, elle pleure. Lorsqu’elle ressent la présence d’une personne, elle essuie rapidement son visage et se lève. Malik pose le verre sur la paillasse.
_ Tu vas bien ?
_ Oui monsieur ça va. Il ne fallait pas vous déranger, j’allais venir chercher le verre.
_ Ça ne me dérange pas. Euh je suis désolé pour le comportement de mon ami. Il est souvent très sévère mais au fond c’est une belle personne.
_ Je sais monsieur. Ce n’est pas grave, je n’avais qu’à bien regarder.
Malik sort de la cuisine. Il est temps pour Nabila de partir. Avec la tension que son patron porte contre elle, elle a peur de venir lui demander la permission de rentrer. Voulant sortir, elle suit les bruits d’une voiture arriver. Il s’agit de Lamine avec sa copine. Yasmine, toujours aussi lumineuse, va saluer les hommes au jardin.
_ Hello les boys !
_ La grande Yasmine, s’exclame Malik, regardez-moi comment elle est belle. Comment tu vas ?
_ Je vais bien merci. Ça fait longtemps qu’on ne t’a pas vu.
_ Ouais j’étais en déplacement. Maintenant je suis sur place et ça va travailler fort.
_ Je vois ça. Du courage. Tariq bonsoir.
_ Bonsoir Yasmine. Tu vas bien ?
_ Oui merci. Je vais vous laisser travailler.
Yasmine récupère le sac de travail de son petit ami et entre. Elle tombe sur Nabila au salon, qui s’apprêtait à partir.
_ Nabila bonsoir.
_ Bonsoir madame.
_ C’est bon arrête de m’appeler madame. Tu peux m’appeler Yasmine.
_ D’accord.
_ Je vois que tu pars déjà.
_ Oui s’ils n’ont plus besoin de moi je vais partir.
_ Ok. Euh j’aimerais que tu m’aides. J’ai besoin d’apprendre à faire la cuisine. Je sais que nous ne sommes pas parties sur de bonnes bases au départ et je m’excuse. Est-ce que tu peux m’aider ?
Nabila comprend tout à présent. Son ton calme, sa douceur alors qu’elle aimait bien qu’elle l’appelle madame, c’était pour lui demander ce service.
_ Euh je crois que c’est possible. Tu veux apprendre quoi exactement ?
_ Un peu de tout. Ma belle-famille me traite de paresseuse. Je dois leur montrer que je peux le faire. S’il te plait aide-moi. Si tu veux je te paie.
_ Je vais t’aider, ne t’inquiète pas.
_ Merci ma chérie. Je vais établir le programme la semaine prochaine selon mes activités.
_ D’accord. J’ai déjà dressé la table s’ils veulent manger. Il manque deux plats, le tien et celui de ton mec.
_ Je vais les mettre. Tu peux partir.
_ D’accord.
Nabila sort, elle souhaite bonne soirée à ces hommes et disparaît. Elle sent les regards posés sur elle. Elle sent que cet homme la diffame lorsqu’elle a le dos tourné. Elle trouve ça dégueulasse. En même temps, sans vraiment avoir d’explication, elle n’arrive pas vraiment à lui en vouloir. Cette nuit-là c’est ce qu’elle était, c’est ce qu’il a retenu. Peut-être que c’est ce qu’elle demeurera à ses yeux : un coup d’un soir.
Cette journée s’est achevée comme elle avait commencée. Elle espère que le lendemain sera meilleur et qu’elle pourra sourire un tout petit peu.