Ce matin, Rama est dans la chambre de Tariq. Elle repasse soigneusement sa chemise, concentrée, appliquée. La vapeur s’élève lentement dans la pièce. La porte de la salle de bain s’ouvre. Tariq sort, une serviette nouée à la taille. Des gouttes d’eau glissent encore le long de son torse. Il enfile un bermuda, puis attrape une pommade qu’il applique lentement sur ses bras et les épaules. Sur le lit, son pantalon déjà repassé est soigneusement posé. Il s’habille, puis s’approche de Rama pour récupérer la chemise.
_ Rama, cette chemise avait déjà été repassée.
Rama lève les yeux.
_ Par Nabila ? Elle ne l’a pas bien fait. Les manches étaient encore froissées.
Tariq ne réponds pas. Il boutonne simplement sa chemise. Rama l’aide à fermer le dernier bouton du col et l’aide à nouer sa cravate.
_ Voilà mon amour tu es le boss que tu penses être.
_ Merci ma chérie.
_ Euh bébé est ce que tu peux me donner le numéro de ta mère, je l’ai perdu.
_ Pour quoi faire ?
_ Quelle est cette question ? Je te demande le numéro de ma future belle-mère tu me demande pourquoi ?
_ Rama j’ai été pourtant clair, allons-y doucement. Pas besoin de se précipiter. Ce n’est pas encore le moment d’informer nos parents que nous nous sommes remis ensemble.
_ Ah d’accord je vois, tu veux me gérer comme si j’étais une fille passagère c’est ça ? En plus ce n’est pas comme si on s’est connu hier. Non monsieur ça fait des années qu’on se connait donc nos familles ne seront pas surpris. Ya rien de nouveau mon chéri. C’est juste une continuité. J’ai l’impression que tu ne me fais pas confiance. Je pensais qu’on partageait les mêmes ambitions.
_ C’est le cas, sauf que je ne veux pas me précipiter. Tu veux que je te rappelle la raison de notre séparation ? Il faut que je me rassure que tu as changé comme tu le prétend.
_ Je ne sais plus quoi faire pour te le prouver. Bref prend le temps que tu voudras mais ne soit pas long. Notre avenir nous attend. Je vais descendre apprêter ce que tu vas manger.
Rama descend. Elle s’arrête net devant la table. Le petit déjeuner est déjà dressé avec soin. Les assiettes alignées, les verres disposés, les fruits coupés. Nabila sort de la cuisine avec une bouilloire d’eau chaude qu’elle dépose délicatement sur la table. Rame se crispe immédiatement.
_ Pourquoi tu as préparé alors que je suis là ?
Nabila la regarde surprise.
_ Oh madame, bonjour. Je ne savais pas que vous étiez là.
Rama croise les bras.
_ Pourtant ma voiture est garée là dehors.
_ Je n’ai pas prêté attention lorsque je suis arrivée.
_ N’importe quoi. Ramasse tout ça et retourne à la cuisine. Je vais préparer autre chose.
Un ordre sec que Nabila a du mal à assimiler. Elle hésite une fraction de seconde, puis commence à retirer les assiettes. A cet instant, Lamine arrive.
_ Qu’est-ce que tu fais Nabila ? Pourquoi tu débarrasse ?
Voulant dire un mot, Nabila se voit couper la parole par Rama.
_ Je lui ai demandé de tout porter. Je ne peux pas être présente et elle prépare pour vous.
_ Pardon Rama, ne me mêler pas à vous histoires de femmes. Nabila dépose ça je vais manger.
Rama pince les lèvres. Elle se tourne vers la cuisine et commence à préparer un autre petit déjeuner, ne voulant pas que son petit ami mange ce que Nabila a fait. Lorsque Tariq descend à son tour, il remarque le mouvement. Il se rend à la cuisine.
_ Rama, qu’est-ce que tu fais ?
_ Je prépare, répond la jeune fille.
Tariq jette un regard à la table déjà prête.
_ Mais il y a déjà le déjeuner sur la table.
_ Je ne veux pas que tu manges ça. Je croyais que tu étais clair avec cette fille. Elle ne fera rien tant que je suis là.
_ Tu crois que tout ce que je vois sur la table va aller à la poubelle ? Non madame. Laisse ce que tu fais, je vais m’assoir à table. Je n’aime pas le gaspillage. Si elle a fait le petit déjeuner ou est le problème.
Un silence lourd tombe dans la pièce. Rama reste figée. Elle ne croit pas qu’il vient de dire ça. Il se fout royalement de ses mises en garde contre cette ménagère qu’elle n’aime pas du tout. Tariq va s’assoir et commence à manger en discutant d’affaire avec son frère. Tous les deux ont des programmes chargés pour cette journée. Rama se son coté, boude.
Plus tard, lorsque Tariq et son frère quittent la maison, Rama ne tarde pas à agir. Elle se dirige vers la buanderie où Nabila range en silence.
_ Eh madame, tu penses que tu peux me remplacer ?
Nabila ne répond pas immédiatement.
_ Ecoute moi très bien petite peste, des filles comme toi je les broie de mes mains. Tariq c’est mon mec il est à moi. Tes combines que tu manigances pour l’avoir ne marchera pas je t’en fais la promesse. Tu crois que je ne sais pas que tu mets quelque chose dans son plat. Hahahaha tu ne sais même pas qui tu as en face de toi. Je vais te réduire en bouillie petite voleuse. Tu partiras de cette maison.
Le regard de Rama est dur, presque haineux. Nabila se redresse et s’avance vers elle. Elle soutient son regard et lui dis tout simplement :
_ Ok.
Le silence est glacial. Rama est choquée par la fermeté de la réponse qui cache un grand mépris. Et cette façon qu’elle soutient son regard montre à suffisance qu’elle n’a pas peur d’elle. La guerre est désormais déclarée entre les deux femmes.
_ Je vais t’en coller une si tu continues à me regarde comme ça.
_ Essayez voir madame.
_ Mon Dieu, je me demande où Tariq t’a ramassé. Tu es méprisante, hautaine, sans éducation. Je vais te montrer que dans cette maison c’est moi qui commande.
_ Vous parlez beaucoup sans agir. Si vous avez tant ce pouvoir pourquoi je suis encore là ?
_ Ce n’est qu’une question de temps. Petite profiteuse.
Rama crache à ses pieds, la toise et sort de la pièce. Nabila inspire fortement. Elle a pu garder son sang-froid parce que si elle faisait ne serait-ce qu’un quart de ce qu’elle avait en tête, cette femme serait déjà dans un commissariat en train de porter plainte. Elle sait désormais à quoi s’attendre avec cette fille. Elle sait également que si son patron l’a suit dans ses démarches, ses jours sont comptés dans cette maison. Le projet de se trouver un nouvel emploi est plus que nécessaire.
Nabila n’a plus grand-chose à faire dans cette maison. Vu que c’est Rama qui fera la cuisine, elle finit le ménage et s’en va. Il est midi lorsqu’elle arrive chez elle. Kobi, assis à la véranda est en larme.
_ Kobi, pourquoi tu pleures ?
Le jeune garçon lui montre son pied qui saigne légèrement.
_ Oh tu t’es blessé. Tu jouais c’est ça ?
_ Mon ami m’a botté avec le pied. Il ne s’est même pas excusé.
_ Ça va je vais nettoyer. Ou est ta sœur ?
_ Elle prépare. Pourquoi tu rentres tôt ?
_ J’ai fini ma journée. Ça me laisse du temps de chercher un autre emploi.
Nabila entre elle se dirige dans la chambre de sa mère. Cette dernière essaie d’enfiler une robe mais n’y arrive pas. A peine le bras lever que la fatigue la submerge.
_ Maman laisse-moi t’aider.
_ Ah Nabila tu es rentrée. Je me sens de plus en plus fatiguée je ne comprends pas.
_ Tu comprends pourquoi j’insiste sur le fait qu’on doit t’interner. Il me faut de l’argent. J’ai demandé à Zita de me trouver une cotisation, j’espère recevoir un bon retour de sa part.
Nabila aide sa mère à se coucher.
_ Merci ma chérie. Dis-moi pourquoi ton frère pleure.
_ Encore les jeux et c’est un mauvais perdant.
_ Comme toi, tu n’aimes pas perdre. Ça va au boulot ?
_ La femme de mon patron me sort de partout maman. Je ne sais pas si je vais résister à l’envie de lui donner un coup de poing. Je suis à deux doigts de verser ma frustration sur elle.
_ Mon Dieu Nabila, contrôle-toi.
_ Je ne fais que ça. Elle m’accuse de vouloir lui voler son homme. Que je mets des produits dans son repas. Elle est folle.
_ Il faut la comprendre. Elle a en face d’elle une belle fille. Eh oui ma chérie, tu es si magnifique que n’importe quelle femme aura peur de toi. Reste juste à ta place et fait ce pour quoi tu as été engagé.
_ J’ai peur qu’elle pousse mon patron à me renvoyer. Tu imagines si je n’ai plus de travail à cause de cette fille peu sûre d’elle. Le manque de confiance est une pathologie.
Maman Djamila rit. Puis, les rires se transforment en toux. Elle tousse pendant au moins une vingtaine de seconde ce qui inquiète Nabila.
_ Maman, depuis quand tu tousse ?
_ Ca a commencé ce matin. J’ai mal à la poitrine quand je tousse.
_ D’accord je vais appeler ton docteur et lui demander ce que je dois te donner. Les problèmes ne finissent pas, au contraire ils s’amplifient. Ouf à quand la tranquillité.
Nabila a l’impression de tourner en rond. Rien ne se passe comme elle l’avait espéré. L’état de santé de sa mère ne s’améliore pas. Chaque jour ressemble au précédent, avec la même inquiétude, la même impuissance. Et comme si cela ne suffisait pas, sa place chez ses patrons semble désormais fragile. Pour préserver son emploi, elle a pris une décision : ne plus répondre à la femme de son patron. Ne plus lui tenir tête. Baisser les yeux et encaisser. Cela semble être difficile à le faire mais c’est nécessaire. Son travail est trop important. Elle n’a pas le luxe de l’orgueil, pas maintenant.