Bataille

1182 Mots
Madame Déborah lui a envoyé son salaire du deuxième mois. En recevant l’argent, Nabila a ressenti un mélange de soulagement et d’angoisse. Elle a réglé quelques factures urgentes, acheté de nouveaux médicaments, puis gardé le reste précieusement pour les imprévus. Les imprévus ne manquent jamais. Zita de son côté, n’a pas réussi à intégrer une réunion d’épargne. Toutes sont déjà avancées. Les places sont prises. Encore une porte fermée pour Nabila qui sent de plus en plus le besoin de conduire sa mère à l’hôpital. Ce soir, Nabila est encore chez ses patrons. La maison est silencieuse. Elle attend leur retour, assise au salon, la télévision allumée. Elle sourit à chaque scène de cette série qu’elle affectionne particulièrement, elle qui n’a pas pour habitude de s’intéresser aux séries. La porte s’ouvre. Malik entre. Il semble surpris de la voir seule. _ Bonsoir Nabila, dit-il avec un léger sourire. Tu es seule ? _ Bonsoir monsieur Malik. Oui je suis seule. J’attends leur retour. Il s’installe dans un fauteuil et pose son sac qui contient sa machine sur la chaise. Il s’adosse et tourne le regard vers la jeune fille. _ Je ne t’ai pas vu depuis, ou étais-tu passée ? _ Ah bon, je suis pourtant là tous les jours. C’est vrai que ces derniers jours je rentre plus tôt lorsque la copine de monsieur est présente. _ Ah oui je comprends mieux. D’après ce que j’ai entendu elle te mène la vie dure. Nabila sourit. _ Je me contente de faire ce pour quoi je suis payée. Le reste ne me concerne pas. _ C’est l’essentiel. _ Je vous sers quelque chose ? _ Non ça va. Je sors de chez moi. Euh la dernière fois nous avons été interrompu lors de notre discussion. Reprenons-la donc. Dis-moi, tu as été à l’école ? _ Bien sûr. J’ai arrêté en premier année université. _ Pourquoi ? _ Faute de moyens pour continuer. _ Je vois. Tu étudiais quoi ? _ Communication d’entreprise. _ Oh, c’est génial. C’est un métier qui te passionne ou tu l’as fait par suivisme ? _ La communication dans toutes ses formes me passionne. On m’a souvent dit que je suis capable de vendre un caillou à des certaines de mille. _ hahahahaha tu es une roublarde alors. _ Mais non monsieur, je parle beaucoup et je sais être convaincante. _ J’aimerais bien voir ça. Leur petite entretient se voit troubler par l’arrivée de Yasmine. Elle est crispée dans son gros pullover. _ Bonsoir à vous. _ Bonsoir Yasmine, salut Malik. Tu vas bien ? _ Pas vraiment. Je ne me sens pas bien. C’est d’ailleurs pour ça que tu ne m’as pas vu depuis Nabila. _ Ah d’accord, je comptais même demander à monsieur Lamine si tu allais bien. J’espère que ce n’est rien de grave. _ Ça va aller. Je vais monter m’allonger. Les garçons ne vont pas tarder à arriver. A tout à l’heure Malik. _ Repose toi bien. Malik la regarde disparaitre dans les escaliers. _ Je vois que tu t’entends bien avec elle. _ Oui elle est sympa. C’est une bonne fille. _ Comme toi. Ce compliment fait rougir Nabila. Elle voit bien ce que cet homme essaie de faire. Il se rapproche d’elle. Mais elle joue à la naïve, à celle qui ne comprend rien. Un silence s’installe. Nabila se concentre sur la télé malgré le regard que Malik pose sur elle. Alors qu’il s’apprêtait à ouvrir un autre sujet, ils suivent Tariq et Rama entrer. Bras dessus bras dessous en train rire de façon complice. Nabila se lève immédiatement. Elle aurait souhaité que son patron rentre sans cette femme qui pollue l’atmosphère. _ Bonsoir monsieur, bonsoir madame. _ Bonsoir Nabila, répond Tariq. Rama ne la regarde même pas. Se sentant de trop dans cette pièce, Nabila s’éclipse pour la cuisine. Tariq et sa copine s’installent dans un fauteuil. _ Bonsoir Malik, salut Rama. _ J’ai cru que tu ne m’avais pas vu. Je te vois tout heureuse. _ Ah oui comment ne pas l’être quand mon chéri est avec moi. _ Tant mieux alors. Tariq je t’apporte les documents que tu as demandé. Je n’étais pas au bureau aujourd’hui, j’ai passé la journée sur un chantier à la sortie de la ville. Malik sort les documents de son sac qu’il remet à son ami. Il le feuillette pendant quelques secondes. _ D’accord je crois que tout y est. Je vais monter me changer. Chérie tu m’accompagne ? _ Vas-y je te suis. Tariq monte. Rama se rassure qu’il ait disparut à l’étage et se rapproche de Malik. _ Eh Malik, dis-moi, lorsque nous sommes entrés tu étais bien assis là en train de discuter avec Nabila. Je dois te prévenir sur cette fille, elle n’est pas ce qu’elle pense être. C’est une voleuse, une profiteuse, une envoûteuse. Fait attention à elle. _ Hum, Rama, tu me parles pour moi ou pour ton mec ? _ Pour toi, pour ton bien. Reste loin d’elle. _ Je ne suis pas marié, je n’ai aucun engagement avec une femme donc je suis libre de faire ce que je veux avec qui je veux. Si je veux parler avec Nabila tu ne m’en empêcheras pas, même pas ton mec. Je ne peux pas être plus clair que ça. _ Vraiment, on veut vous aider vous ne voulez pas. Ok fais comme tu veux. Ne dis pas après que je ne t’avais pas prévenu. Rama quitte le salon et rejoins la chambre de son petit ami. Malik ne l’aime pas et il ne saurait faire semblant. Il déteste la voir aux bras de son ami, cette fille qui a failli lui gâcher la vie professionnelle à cause de son hystérie. Nabila dresse la table et sert le repas. Elle attend son patron pour lui dire au revoir et partir sans se retourner parce que lorsque cette femme est là, ça peut barder à tout moment. Malik la voit déjà le sac à main serré contre sa poitrine. _ C’est le départ Nabila ? _ Oui monsieur. _ Et moi qui croyait qu’on allait poursuivre notre discussion. _ Une prochaine fois monsieur. Tariq descend avec sa copine derrière lui comme une sangsue qui ne veut pas le lâcher d’une semelle. _ Euh monsieur je vais rentrer. _ D’accord, à demain. _ Merci monsieur. Avant de partir Nabila se fait stopper par Rama. _ Eh madame, c’est quoi ça sur la table ? Je devais rentrer faire la cuisine. Mais pourquoi tu ne comprends pas que c’est moi qui doit préparer dorénavant. _ Laisse la partir, s’insurge Tariq. Elle a déjà fait la cuisine et on va manger. Malik rejoins moi. Nabila toise Rama et sort immédiatement. Cette dernière est affolée. Elle rumine sur place croyant que son petit ami lui donnera son attention. Il est plutôt occupé à discuter affaire avec son ami. Elle le voit se régaler de ce repas qui peut être charmé. Sa colère redouble d’intensité. Il est hors de question que cette fille reste encore dans cette maison pour une semaine. Se dit-elle.
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