Nabila aime recevoir les conseils de cette femme qu’elle connait à peine, mais qui, pourtant, à déjà posé pour elle des gestes d’une grande générosité. Madame Hortense la dépose au marché, puis, reprend sa route.
Elle fait ses achats avec application. Elle remplit son sac sans se presser. A sa grande surprise, l’argent que son patron lui a remis ne s’épuise pas. Il faut dire qu’il a donné plus qu’il n’en fallait. Cette pensée la trouble un instant, mais elle la met de côté. Une fois rentrée, elle se met à la cuisine. Les gestes sont plus assurés, presque apaisés. Lorsqu’elle termine, elle va s'asseoir au salon et allume la télévision. Un film défile à l’écran, sans vraiment capter toute son attention.
Soudain, on cogne à la porte. Nabila se lève et va ouvrir. Sur le seuil, se tient une jeune fille au teint ébène. Elle porte une combinaison courte, moulante et de longues tresses encadrent son visage. Son maquillage est prononcé, presque excessif, accentuant des traits déjà marqués. Nabila reste un instant immobile, surprise par cette visite inattendue.
_ Bonsoir madame.
_ Bonsoir, répond la jeune fille en regardant Nabila de la tête aux pieds. Qui es-tu ?
_ Je suis la nouvelle ménagère.
_ Ah d’accord je vois. Moi c’est Yasmine, la copine de Lamine.
_ Oh enchantée madame. Bienvenue ! Vous pouvez vous installer.
Yasmine entre et se dirige vers le salon où elle s’installe. Nabila se rapproche d’elle.
_ Je vous sers quelque chose ?
_ Pas encore j’attends mon homme. Il ne va pas tarder.
_ D’accord.
Nabila prend un autre siège un peu éloigné et poursuit son film. Yasmine la regarde dans le coin de l’œil comme si elle se méfiait d’elle. On dirait qu’elle n’est pas contente de voir Nabila dans cette pièce comme si elle était un membre de cette famille.
_ Euh tu n’as rien à faire ?
_ Non, j’ai fini mes travaux.
_ Et ton patron t’a autorisé à t'asseoir là pour visionner ?
_ Il n’a rien dit à ce sujet. Je pense que s’il y avait une interdiction il me l’aurait fait savoir.
_ Hum, fait Yasmine en la toisant. Je pense qu’il a omis de te le dire.
_ Ok en attendant qu’il le dise je peux regarder. Vous n’avez toujours besoin de rien ?
Yasmine la toise à nouveau. Sans lui répondre, elle croise les pieds, sort son téléphone et le manipule. Nabila hausse le ton de la télé et s’adosse bien dans le fauteuil, ce qui contrarie de plus Yasmine.
Quelques minutes après, la porte s’ouvre. Lamine entre. Il a un paquet en main, c’est un bouquet de fleurs. Yasmine a déjà toutes les dents dehors.
_ Eh bébé, dit-elle en se levant pour l’embrasser.
_ Bonsoir ma princesse. Tu es magnifique. Tiens, ces fleurs sont pour toi.
_ Oh mon amour. Fallait pas.
_ Bah si ! On monte à l’étage.
_ Je te suis.
Lamine lance un bonsoir sec vers Nabila comme s’il ne voulait pas la saluer. Il tient la main de sa copine, ils montent ensemble. Avant de disparaître dans les escaliers, Yasmine adresse une commande à Nabila.
_ Apporte nous à manger. Dans un plateau et deux verres. Merci.
Nabila ne se fait pas prier. C’est la femme du petit boss il faut exécuter ses ordres. Elle dresse un grand plateau sur lequel elle pose une assiette de couverts. Elle monte leur apporter. Puis, elle retourne poursuivre son film. Depuis le salon elle peut les écouter rire aux éclats. On dirait qu’ils sont vraiment amoureux. Nabila hausse le volume de la télé. Ce qui se passe dans cette chambre ne l’intéresse pas.
Plus d’une heure plus tard, Nabila reçoit l'appel de Lamine. Elle monte dans la chambre. Yasmine lui remet le plateau avec des assiettes vides. Nabila descend. Au même moment, Tariq entre. Il la voit descendre et s’exclame :
_ Tu sors d’où avec ça ?
_ Bonsoir monsieur. En fait, c'est monsieur et sa copine qui ont demandé que je leur apporte à manger dans la chambre.
_ Yasmine est là ?
_ Oui monsieur.
_ Donc elle est incapable de descendre elle-même chercher la nourriture que son gars va manger. Pff.
Tariq monte à l’étage. Pendant ce temps, Nabila dresse la table. Elle pose son repas et tout le nécessaire. Elle a mis un saladier et des fruits. Lorsque Tariq revient déjà lavé et changé, il découvre la table bien garnie.
_ Hum, tout ça pour moi.
_ Je me suis permise de vous faire une salade de fruits.
_ J’aime, bien merci.
_ Bon appétit monsieur. Je suis à la cuisine si vous avez besoin de quelque chose.
Nabila n’attend même pas qu’il réplique, elle court se réfugier à la cuisine. Cet endroit qu’elle préfère fréquenter lorsqu’il est présent. Tariq mange doucement en manipulant son téléphone. Quelques minutes après, Herman descend avec sa copine.
_ Beau frère, bon appétit.
_ Merci Yasmine. Tu vas bien ?
_ Oui je vais très bien.
_ Tellement tu vas bien que tu es incapable de servir toi-même ton mec.
_ Qu’est ce que ça veut dire ?
_ Bah j’ai vu Nabila descendre votre plateau. Tu pouvais le faire nor, pour ton homme. Ce n’est pas si difficile que ça.
_ Tariq, commence Lamine pas du tout content, arrête ça. Tu aimes la froisser pour rien. Où est le mal si Nabila nous monte le plateau ? Ce n’est pas comme si Yasmine ne le fait jamais.
_ Je faisais juste une remarque. S’il plaît à Dieu vous allez vous marier, faudra qu’elle serve à quelque chose. Ou bien ?
Yasmine s’énerve et quitte la maison. Lamine lance un regard froid à l’endroit de son frère et suit sa copine dehors. Nabila qui a tout écouté de cette dispute souris. Elle est contente que son patron ait remis cette fille à sa place. Après le repas, Tariq va s’installer au salon. Il sort sa machine et commence à travailler. Nabila débarrasse la table et fait la vaisselle. Lorsqu’elle finit, elle va prendre l’argent avec lequel elle est revenue du marché et va voir son patron. Elle pose l’argent sur la table.
_ Monsieur voici le reste de l’argent des courses. Vous avez donné plus qu’il n’en fallait.
Tariq lève les yeux vers elle, la regarde pendant quelques secondes comme s’il voulait pénétrer son cerveau. Puis, il regarde l’argent sur la table, le prend et le compte. Ensuite, il le remet à Nabila.
_ Garde le, ça va te servir pour les petites dépenses dont tu auras besoin à la maison. Parce que je ne serais pas là tout le temps.
_ D’accord monsieur. Je vais mettre ça là.
Elle va garder l’argent dans l’armoire vitrée, plus précisément derrière les couverts. Ce geste impressionne Tariq mais il ne le montre pas. Il ne s’attendait pas à ce qu’elle lui remette le reste, ce que les autres ne faisaient jamais.
_ Monsieur j’ai fini mes tâches, est ce que je peux partir ?
_ J’ai vu les habits que tu as séché dehors, tu as utilisé la machine ou tu les as lavés à la main ?
_ Euh c’est que…monsieur je ne connais pas manipuler la machine.
_ Tu as demandé à qui ? C’est la dernière fois que tu laves mes vêtements à la main. J’ai des machines pour ça.
_ Je m’excuse monsieur. Je demanderai à monsieur Lamine de m’orienter.
_ C’est ce que tu devais faire depuis. A demain.
_ A demain monsieur.
Nabila prend son sac et sort. Elle marche tellement vite comme si elle avait peur qu’on la rappelle. La présence de cet homme la trouble, elle ne saurait comment l’expliquer. C’est juste incroyable à quel point il parvient à la faire flipper en même temps faire battre son cœur. Et ce regard farouche qu’il porte sur elle, il a le don de la déstabiliser. Les bribes parties de leurs jambes en l’air lui reviennent en tête, elle frémit. Il savait s’y prendre et elle n’a pas honte de dire qu’elle avait aimé. Dommage qu’il la prend pour une fille de la joie.