chapitre 9

2859 Mots
J’étais maintenant dans la salle où se déroulait la petite fête. Il y avait des designers, des collectionneurs, des acheteurs. J’étais assise avec quelques mannequins dans une partie à l’écart des autres invités, entourée par des rideaux blancs à la fois simples et élégants. Le petit espace était totalement blanc. Il faut dire que ma patronne et moi avions fait du bon travail, ainsi que le décorateur. J’écoutais leurs histoires sans rien dire, car leurs vies étaient bien plus intéressantes que la mienne, un verre à la main. Comme je n’avais aucune histoire passionnante à raconter, je me suis levée pour aller me chercher un autre verre. — Je croyais que vous alliez rentrer tout de suite après le défilé. Édouard se tenait à côté de moi, on aurait dit qu’il me guettait. — J’ai changé d’avis. — Puis-je savoir pourquoi ? Je ne lui répondis pas et me dirigeai vers les loges. Bien sûr, Monsieur m’avait suivie, avançant vers moi à pas légers. — Pourquoi est-ce que vous me fuyez ? — Et vous, pourquoi me suivez-vous ? Il s’approcha encore plus près, me prit par la taille et me regarda d’une manière qu’il ne m’avait jamais adressée auparavant, avec désir. J’étais un peu gênée, craignant qu’il ne m’embrasse. — Laisse-moi rentrer, s’il te plaît. Je ne te fuis pas, je vais juste prendre mon sac. — Je ne veux surtout pas que tu aies peur de moi. — Vous vous y prenez mal. Alors, qu’est-ce que vous voulez ? Édouard s’approcha, dirigea sa bouche vers mon cou. Je sentais sa respiration sur moi, son parfum était tellement agréable que je m’en fichais un peu de notre proximité. Puis, il rapprocha sa bouche de mon oreille. Un frisson parcourut tout mon corps, car je pensais qu’il allait m’embrasser. Je fus même un peu déçue quand il lança : — Vous le saurez bien assez tôt. Je vous attends dehors. Puis il tourna les talons. J’attendis qu’il sorte de la pièce pour prendre une grande respiration. Je ne savais pas ce qu’il voulait, et je ne voulais pas le découvrir, même si j’avais un rendez-vous avec lui. J’allais tout faire pour rendre ce moment le plus désagréable possible. Je pris mon sac et enfila une veste par-dessus la robe que je portais. Comme Édouard me l’avait dit, il m’attendait dehors. Il fallait bien l’avouer, cet homme était la combinaison parfaite de l’élégance et du charisme, ce qui le rendait incroyablement sexy. Il me donna la main avec un petit sourire de victoire. Je la pris avec une légère hésitation, bien que j’étais totalement amoureuse d’Hans, mais avec Édouard, il y avait quelque chose de plus, que je ne savais pas encore expliquer. Il me conduisit jusqu’à sa voiture. Son chauffeur nous ouvrit la porte. Le trajet se fit en silence. Après quelques minutes, nous étions arrivés au port. « C’est une blague ? Ne me dis pas qu’il va m’emmener faire un tour en bateau… et s’il me kidnappe ? » me disais-je intérieurement. Il déposa une main sur la mienne comme pour me rassurer : — T’inquiète, on va faire un tour en bateau. Son chauffeur nous ouvrit la porte, il sortit en premier, puis il me donna la main. Je la pris, puis, comme la grande maladroite que je suis, mon pied glissa et je tombai directement sur sa poitrine. Je restai un instant sans rien dire, tellement gênée par la situation. — T’inquiète, je te tiens, et pour toujours. Je me retirai immédiatement dans ses bras pour ne pas aggraver ma chute, et je dois avouer que je me sentais rassurée dans ses bras. Je me mis à arranger mes vêtements, signe de stress. J’avais des réactions que je ne comprenais pas alors que je faisais tout pour masquer ma gêne devant lui. Il me sourit comme pour me mettre à l’aise, puis il me prit par la main pour me conduire au pied du quai. — Désolé ! — Pourquoi ? Il me souleva d’un coup, comme une plume. Je pensais être plus lourde que ça, me disais-je intérieurement. J’essayais de me débattre, mais il était définitivement plus fort que moi. De toute façon, je ne pouvais pas marcher avec ses chaussures dans le sable, alors je finis par me laisser faire. — Si tu veux me tuer, tu n’aurais qu’à le faire dans la voiture. — Je ne voulais pas laisser de traces. J’eus le visage rempli d’inquiétude et plutôt horrifié parce qu’il venait de me dire ça. Tout d’un coup, il éclata de rire : — Si tu voyais ta tête ! Oui, si je voulais te tuer, je l’aurais fait il y a longtemps, et je ne suis pas un tueur. — Mais pourquoi as-tu dit ça ? Tu m’as fait peur, repose-moi ! Je le frappai de toutes mes forces, mais monsieur continua à rire comme si mes coups n’avaient aucun effet sur lui. — Tourne la tête, on est arrivé. Lorsque je me retournai, j’étais éblouie par ce que je vis : il y avait une rangée de lumières qui nous conduisait jusqu’à une table elle-même entourée de lumières. Des pétales de rose étaient dispersés sur la table. Il me déposa doucement au sol, puis tira la chaise pour moi. Ensuite, il remplit mon verre avant de s’asseoir en face de moi. — Dis-moi, quand as-tu eu le temps de faire tout ça ? — Pendant le défilé, j’ai passé quelques coups de fil, et tout était organisé. — J’oublie parfois que Monsieur est super riche. Et pourquoi as-tu fait ça ? — J’ai supposé que tu n’allais rien manger à cause du stress, alors… Cela me fit plaisir, mais je ne le lui avouerai jamais. Il me sourit un instant. — Alors, dis-moi, qui est Noira ? — Eh bien, Noira est une étudiante, mais qui rate beaucoup trop de cours ces derniers temps. J’aurai bientôt vingt et un ans. — Et pourquoi as-tu l’air triste ces temps-ci ? — Je ne suis pas triste, je suis fatiguée. Bien sûr, je mentais, mais il l’ignorait. Ou peut-être me mentais-je à moi-même. Je ne savais plus où j’en étais, alors je préférai changer de sujet. — Et j’ai super faim, tu sais ! En soulevant le couvercle du plat. — Tu changes de sujet, là, mais tu as raison, ta journée a été chargée, alors on va manger. — Merci, Monsieur West. Nous passâmes le reste du temps à manger et à discuter. Il était quelqu’un dont la compagnie était assez agréable, je devais l’avouer. Une fois le dîner terminé, nous commençâmes à nous promener le long de la plage. Il avait mis sa veste sur moi parce que la mienne était plutôt esthétique et ne me protégeait pas du froid. Pour ma défense, je ne savais pas non plus que j’allais faire une balade au bord de la mer à onze heures du soir. J’avais retiré mes chaussures pour pouvoir marcher plus facilement. Il avait insisté pour me porter, mais j’avais dit non. — Merci pour le dîner. — Mais de rien du tout, même si je t’avais presque menacée pour venir. J’éclatai de rire devant lui, et lui aussi commença à rire de l’ironie de la situation. Après quelques bonnes minutes à rire, il me ramena chez moi. C’était la première fois depuis le départ de Hans que je ne pensais pas à lui. Il était resté correct avec moi du début à la fin, sans jamais essayer de m’embrasser. En arrivant à mon appartement, j’enlevai mes vêtements. Direction la douche, laissant l’eau couler sur moi, en pensant à Hans. Je me sentais tellement seule dans mon appartement. Pourquoi me faisait-il ça ? J’avais l’intention de lui poser la question dans une semaine. J’avais hâte de lui demander, peut-être que c’était une surprise, me dis-je pour me rassurer. Le lendemain, j’avais toute la journée rien que pour moi, alors j’avais décidé de faire les magasins et peut-être trouver ma robe pour la réception chez Hans. En sortant de chez moi, j’avais remarqué que de nombreuses jeunes filles me regardaient et souriaient. C’était officiel, j’étais un peu célèbre, puisque j’étais en première page, avec une photo d’Édouard et moi quittant la soirée ensemble. On disait même que j’étais sa nouvelle conquête. De toute façon, je ne comptais pas sortir avec lui. J’étais paniquée rien qu’à l’idée qu’Hans tombe sur ce magazine. Je suis ensuite allée prendre mon petit-déjeuner dans un café qui se trouvait dans la même rue que mon quartier. Une idée me vint : et si j’appelais Carine ? Ça faisait un bail qu’on n’avait pas passé une journée ensemble. C’était le moment idéal. J’avais pris mon téléphone et l’appelai. Elle accepta tout de suite. Quelques minutes plus tard, elle était là. — Bonjour ma chérie. — Bonjour Carine, comment vas-tu ? — As-tu vraiment quitté le défilé dans les bras d’Édouard ? Épargnons les salutations, raconte cette histoire de réception ? Elle avait déjà lu le journal, à ce que j’avais vu. — J’étais en train de travailler quand une dame très élégante est venue me parler et m’a invitée. C’était la mère de Hans. — Et j’espère que tu vas accepter. — Bien sûr que je vais accepter, et surtout, j’ai des choses à régler avec Hans. — Et l’histoire avec Édouard ? — Il n’y a rien entre Édouard et moi, que de l’amitié. — Et c’est ce qu’il t’a dit ? — Non, à part que je suis importante pour lui, et que je n’ai rien à me mettre pour la réception. Elle se leva de sa chaise, déposa quelques billets sur la table en disant : — On va vite y remédier ! — Mais je n’ai pas terminé mon café. — Laisse tomber ton café, on va te trouver la plus belle robe. Elle me traîna derrière elle comme un enfant. Après des heures à faire les boutiques, on avait trouvé la perle rare : une robe bleue avec des dentelles autour de la taille. L’avant de la robe était plus court que l’arrière, et il y avait une fente à l’arrière. Mon dos était presque totalement nu, avec des sortes de ficelles qui le cachaient un peu. Maintenant, il fallait que je trouve les accessoires qui allaient avec. Après une journée à faire les magasins, on rentra chez moi, puis fit un tour au restaurant avant d’aller dormir. Les deux semaines précédant la réception passèrent très vite. Après ça, j’avais repris le travail. Je n’avais jamais parlé à Hans depuis son départ vers je ne sais où. C’était maintenant le jour de la réception des Smith. J’avais passé la journée chez le coiffeur. Dans l’après-midi, Carine était là pour m’aider à me préparer. Je me sentais comme Cendrillon le soir du bal avec sa marraine la bonne fée. Elle appela un taxi une fois que je fus prête pour me déposer à la réception. J’avais porté la robe qu’elle m’avait choisie. J’arrivai maintenant à la grande demeure des Smith. Un personnel me conduisit jusqu’à la salle où s’organisait la réception. Il y avait même des journalistes devant la porte, qui guettaient l’arrivée des invités, et même à l’intérieur. En entrant, je fus nez à nez avec Hans. Je pensais qu’il serait heureux de me voir, mais il essayait d’éviter mon regard. Il était en train de parler à un homme, et avait l’air un peu stressé en me voyant, comme s’il ne s’attendait pas à me voir. J’allais le retrouver pour le saluer, mais sa mère intervint. — Vous avez pu venir. Toujours avec un grand sourire. — Oui madame, je ne pouvais pas décliner votre invitation. Pourquoi n’était-il pas heureux de me voir ? Pourquoi m’ignorait-il ? Je ne devais quand même pas être devenue invisible, me questionnai-je. Sa mère continuait à me parler. — Je souhaite que vous passiez un bon moment. Ne t’inquiète pas pour Hans, il est juste un peu occupé. Il viendra te voir après. Je crois qu’il te réserve une petite surprise. — Merci madame, vous aussi. — Oui, je compte passer une très bonne soirée. Puis elle me quitta pour aller saluer d’autres invités. Hans n’était plus dans mon champ de vision. Mon regard se tourna alors vers Édouard. Mais qu’est-ce qu’il faisait ici ? Il portait la veste que j’avais choisie pour les fiançailles de son ami. Les battements de mon cœur s’accélérèrent, j’étais vraiment horrifiée par les pensées qui m’envahissaient. « C’est sûrement l’un de ses frères », me dis-je pour me rassurer. Édouard avait remarqué ma présence. J’essayais d’esquiver son regard, mais trop tard, il venait vers moi. — Vous êtes vraiment très, très belle. — Vous aussi, vous êtes très élégant. — Je ne savais pas que vous étiez invitée. Et dire qu’il n’y a pas une semaine, on se tutoyait. — Eh oui, le monde est très petit. — Puisque vous êtes là, j’aimerais vous présenter ma petite sœur. Vraiment, c’était le comble : sa sœur portait la robe que je lui avais choisie. C’était vraiment une fiançailles. — Noria, je vous présente Stacy, ma petite sœur. — Alors c’est donc vous que je dois remercier pour cette magnifique robe. — Oh, je n’ai fait qu’aider votre frère, mais c’est lui qui a tout fait. Elle était vraiment magnifique, cette belle rousse. La robe lui allait parfaitement. Surtout, elle avait de magnifiques jambes. C’était une belle blonde avec un sourire radieux comme celui de son frère. Donc, c’était héréditaire, ce sourire. — Ne soyez pas modeste, je sais que mon frère a un goût pitoyable en matière de vêtements pour femme. Je souris à ces mots. Elle était très sympa pour une fille de la haute. On s’entendrait à merveille si on était proches. Comme son frère, elle avait le don de nous mettre à l’aise. — Vous avez peut-être raison, vous connaissez ses goûts beaucoup mieux que moi. Édouard me foudroya du regard parce que je faisais référence à ses conquêtes. — Je vois que vous vous êtes liguée contre moi. — Mais c’est parfaitement justifié. Nous rions toutes les deux de lui. — Excusez-moi, je vais saluer un ami à moi, je vous reviens. Puis il nous laissa seules un moment. — Vous êtes une amie d’Angela ? Je voulais lui tirer les vers du nez, alors je jouai le jeu. — Oui, elle m’a invitée aux fiançailles de son frère. — Vous les connaissez ? — Seulement de nom. Répondis-je à Stacy, voulant savoir qui était le fameux fiancé. — Je vais vous les présenter quand je verrai leur tête. Je continuais à discuter avec Stacy quand Hans prit la parole. J’eus comme un bond au cœur. — Je vous remercie d’être venus en foule ce soir pour célébrer cette occasion spéciale, celle de mes fiançailles avec Mademoiselle Victoria Bernard, qui sera bientôt Madame Smith. J’étais là, assise dans la foule pendant qu’il présentait sa future femme. Je le détestais comme jamais, mais l’aimais comme personne. J’aurais aimé que l’amour que je ressentais pour lui à cet instant disparaisse. Je me détestais de ne pas avoir vu l’évidence depuis son départ et sa mère, cette sorcière. Je suis sûre qu’elle l’avait fait exprès. Mon cœur était comme si on y avait planté un couteau en plein milieu. J’essayais de garder mon calme, mais je commençais à trembler. Je le détestais autant que je l’aimais. Je le maudissais lui et toute sa famille. Je me sentais tellement humiliée d’être là. — Il était temps qu’ils se fiancent, ces deux-là. Ils se fréquentent depuis quatre ans déjà. J’avais l’impression d’être tombée de mille étages, comme si soudain je me réveillais. Je voulais sortir d’ici. Je ne pouvais plus contenir mes larmes, mais je ne voulais pas pleurer devant eux. Je voulais sortir de cet enfer. — Désolée Stacy, je dois partir. — Qu’est-ce qu’il y a ? Tu es toute pâle, tout d’un coup. — Oui, je ne me sens pas très bien. J’avalai le reste de mon verre d’un coup. — Désolée, mais je dois vraiment partir. J’étais vraiment heureuse de faire ta connaissance. Sans attendre sa réponse, je sortis de la salle en courant, mais sa mère se mit sur mon chemin. — Tu pensais vraiment que j’allais te laisser fréquenter mon fils ? Une fille aussi quelconque et ordinaire que toi ? Que tu allais l’épouser ? Que vous auriez beaucoup d’enfants ? Réveille-toi, Cendrillon, il est minuit, ta carrosse s’est transformé en citrouille. Tant que je serai en vie, ça n’arrivera jamais. — S’il vous plaît madame, laissez-moi passer, ou je vous pousse. Dis-je avec une agressivité que je pensais ne pas avoir. Je n’eus même pas le temps de prendre ma veste que je sortis dans la rue. Comme si l’univers voulait m’achever, la pluie commença à tomber. Je me sentais tellement mal que je voulais mourir. Je traversais la rue sans regarder. Soudain, une voiture arrivait dans ma direction. Au lieu de m’écarter, je restai figée. La voiture arriva vers moi à toute vitesse. J’ai senti une main m’attirer vers lui. — Tu es folle ou quoi ? — Lâche-moi !
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