Monique a demandé que nous parlions en privé. Le visage serrée, je les suivi dans le bureau de mon oncle. Assises sur deux chaises face à face, je reste silencieux, le regard perdu dans le vide. Je ne suis pas d'accord qu'elle soit venue ici, pire avec mes frères pour me mettre la pression. Après un long silence très pesant elle le brise légèrement gênée :
« Alors comment tu vas?
—Ça va. Je réponds machinalement
—Et à l'école tu t'en sors?
—Oui. Dis-je simplement elle me regarde quelques minutes
—Y a-t-il un garçon qui t'intéresse?...Tu sais c'est normal à ton âge d'avoir des coups de cœur."
Mais c'est quoi ces questions débiles ? Elle croit vraiment qu'elle sera celle à qui je vais m'adresser pour ce type de sujet? Ma ne sait rien de mes 'amoureux' combien de fois elle. Elle n'a qu'à entrer dans le vif du sujet, elle n'est pas ici pour rien. Néanmoins, je réponds en croisant les bras:
« Non aucun.
—Depuis que tu es là, tu n'es pas venue nous rendre visite. Elle lance
—Je n'avais pas le temps, désolée. Je réponds sans vraiment y réfléchir
—Tu es toujours en colère contre moi c'est ça? »
Je la regarde comme médusée sans rien dire. Je ne sais pas quoi lui répondre. Elle revient à la charge.
« Je croyais que ta dernière visite ici, t'avais permise de comprendre que je ne suis en rien responsable de la séparation de tes parents. Toi-même tu me l'avais fait comprendre.
—Je ne t'en veux plus. Je dis, en baissant le visage
—Où est alors le problème? Tu voudrais une invitation pour venir chez toi? Elle me demande, un regard plein de reproches
—Il n'y en a aucun. Dis-je, me dirigeant vers la fenêtre puis j'avoue honteuse: C'est juste que je ne veux pas vous importuner.
—Mais qu'est-ce-que tu racontes tu es de la famille. Je sais ce que tu ressens. Pour un enfant, le divorce de ses parents n'est jamais facile à digérer, mais laisse-nous une chance. Certes ton père exprime maladroitement ses sentiments mais ne doute jamais Pilar, il t'aime énormément......Je vais te laisser, réfléchis à tout ce que je t'ai dit. Elle conclut, déçue par mon mutisme
Je l'observe récupérer ses affaires et la suis du regard. Au moment où elle veut sortir, je la retiens:
« Comment il va?
—Pas terrible !! sa fille lui manque. Elle rétorque puis se retourne et me fixe avec tristesse
—Je...peux... venir...le...week-end prochain? Je balbutie, gênée
—Tu es la bienvenue. Me sourit-elle, fièrement
—Monique merci pour ta gentillesse. » Je murmure d'une voix presque inaudible
Elle me sourit simplement avant de sortir et je la suis. Nous retrouvons mes frères assis. Ils regardent à travers la grande vitre, la chaussée. Elle les interpelle et ils se lèvent. Je les serre de nouveau dans mes bras, avant de les laisser partir. Je les observe partir assez heureuse, cependant revoir mon père me laisse perplexe.
******
En pyjama, les pieds sur la table basse, je zappe les chaines légèrement ennuyées. Épuisée de changer de chaines, je pose la télécommande pour réfléchir à comment recevoir mes amis. De plus, ils ne savent pas que je vis dans un quartier huppé et dans une maison luxueuse. Ils sont plus de famille moyenne, j'espère qu'ils ne vont pas me voir autrement après leur visite. Une idée me traverse l'esprit et j'écris directement à Wandy. Nous nous sommes échangées nos contacts en semaine.
Venez demain à 14h en maillot de bain.
Je souris lorsque l'accusé de réception me signale l'arrivée du message à destination. J'ai eu une très bonne idée, il fait chaud ces temps-ci et il y a une piscine ici il faut bien l'inaugurer.
Wendy hyperactive sur les réseaux, me répond immédiatement:
Pourquoi?
Je réponds aussitôt, un sourire en coin :
C'est une surprise !!
Elle répond par un émoji ayant un sourire en coin. J'éclate de rire, ça se voit, elle a hâte et moi aussi. Elle va se charger de transmettre le message aux autres. Je n'ai pas encore pu échanger mon contact avec eux. Je lui envoie l'adresse qu'elle ne semble pas reconnaitre elle répond juste qu'elle a bien reçu le message. Je pose mon téléphone, fatiguée, demain après le boulot, détente !!
Je suis déjà assez à l'aise, mon rôle de serveuse me satisfait. Je suis très contente, peu importe ce qu'en pense mes parents.
Le travail bat son plein. Et certains clients ne sont pas compréhensifs. La voix d'un client, particulièrement, m'exaspère. Il n'arrête pas de râler. Je fais mine de ne rien comprendre et termine de servir quelqu'un d'autre. C'est le conseil que l'une des serveuses m'a donné hier sinon je vais devenir.
« Eh la serveuse! Occupes-toi de nous !! Le service est presque nul? Crache de nouveau la voix rauque, derrière moi
—Les gars je vous ai dit qu'on ne vienne pas ici. On ne vend que des cochonneries ce n'est pas bon pour ma ligne. » Ajoute une voix plus féminine
Il faut que je sourie pourtant, je suis soulée à mort. Je veux me tourner et les insulter mais la devise ici c'est "le client et roi". Je me retourne pour m'occuper de mes chers clients et mon sourire disparaît instantanément. L'élite des 5 au grand complet, ils ont l'air aussi surpris de me voir. C'est Kyle qui est le premier à prendre la parole avec son air mi-arrogant mi-moqueur:
« Que le destin est surprenant !! La blonde rebelle c'est toi?!
—Vous me poursuivez ou quoi? Je demande agacée
—Ne prends pas des ailes, tu n'es pas si importante que ça pour qu'on te suive. Kyle plaisante et ses amis ricanent, moi je les regarde vexée
—Alors la petite fifille cherche du travail pour se remplir un tout petit peu les poches. » Se moque Britny
Je grince des dents, je ne vais pas entrer dans leur jeu. Je n'ai pas à me justifier. Je sors mon calepin, de la poche arrière de mon pantalon. Je décide de les questionner sans me préoccuper de leurs propos détracteurs :
« Qu'est-ce que je vous sers?
—Il fallait nous parler de tes problèmes d'argent on t'aurait fait la charité. M'interrompt Jason
—Je vous rappelle qu'ici on n'est pas au lycée. Dis-je, de plus en plus remontée
—Et alors? Demande Britny, un sourire moqueur
—Je vais casser toutes les grandes dents de vos gueules pour les donner à mon chien. » Je hurle
Interpellée par mon cri, mon oncle s'approche pour nous interroger, le sourire le plus aimable aux lèvres:
« Que se passe-t-il?
—Monsieur, le service laisse vraiment à désirer. Juste parce que nous hésitons sur nos commandes, votre serveuse nous agresse. » S'indigne faussement Britny
La bouche entre ouverte, je suis choquée par son mensonge. Mon oncle me lance un regard réprobateur avant de déclarer.
« Excusez-nous pour le désagrément, elle est nouvelle ici. »
Il me tient fermement au niveau de l'avant-bras et me tire en direction du comptoir, en s'excusant auprès de ses clients.
« Ne vous inquiétez pas je vais vous trouver un serveur plus accueillant.
—Monsieur votre employé a eu un très mauvais comportement. Pour se faire pardonner, nous exigeons que se soit-elle qui nous serve. Sourit Viviane
—D'accord elle arrive. » Conclut mon oncle en continuant de me tirer vers le comptoir
Je me laisse entrainée, pourtant mon sang bouillonne, je suis tellement en colère.
« Tonton ils...
—Pilar je m'en fiche de ce qu'ils font tant qu'ils paient. Donc vas-y sinon je te vire. » Il m'interrompt sur un ton menaçant
Je le regarde la moue boudeuse avant de me résigner. Je respire longuement. J'arrive près d'eux et dis sans les regarder, mon bloc note et stylo à main:
« Que voulez-vous? »
Chacun a commandé assez vite, sauf Britny. Elle m'a regardé longuement avec un sourire malicieux, avant de demander une boisson, n'importe laquelle. Suspicieuse, je l'observe, elle prépare quelque chose celle-là, pourtant je suis bien obligée de faire mon travail.
Je m'éloigne et reviens quelques minutes avec leur commande. J'essaie de ne pas prêter attention à leur regard dédaigneux. Au moment de partir, j'entends un bruit de fracas. Je me retourne et vois le verre vide dans la main de Britny. Elle a versé toute sa boisson au sol et me dit faussement désolée:
« Oups! Je l'ai fait tomber par mégarde...Essuie. »
Je la regarde, un bon moment, blasée avant d'aller chercher un torchon. Je préfère ne rien dire. Je reviens, me mets en genou et peux apercevoir ses jambes lisses. J'aurais pu profiter pour salir sa jolie robe moulante mais je ne le ferai pas. J'essuie tranquillement. Elle baisse son visage à ma hauteur et dit fièrement:
« Enfin tu es à ta place !! Les gens de ton rang, ils s'inclinent devant nous. »
Donc s'était ça son but ? Elle voulait m'humilier et je suis tombée comme une débutante dans son piège. Tout le monde a assisté à la scène silencieuse. On peut suivre le vol des mouches. Je me sens si stupide, je serre les dents pour ne pas craquer. Je suis pétrifiée telle une statue. Pourquoi je ne bondis pas sur eux d'ailleurs ?
« Les gars on s'en va. » Lance Kyle
Ils se lèvent tous. Kyle sort son portefeuille et paie l'addition. Pourtant ils n'ont pas mangé. Il me dit le sourire aux lèvres :
« J'ai laissé un très bon pourboire ça pourra te servir. Ne me remercie pas. »
Et ils s'en vont comme si de rien était. Je me lève toujours honteuse et dégoutée par ce gaspillage. Je vérifie si les autres me regardent toujours et tout le monde fuit mon regard. Tant mieux !! Une personne risque à écoper de ma frustration. Je prends ensuite l'argent et fait le compte. Il en a donné beaucoup trop !! Quel c****n, il croit que je suis un crève-la-faim? Ils se croient les plus riches, des sales enfants prétentieux pourris gâtés
Je me dirige vers le comptoir, lui donne l'argent et retire mon tablier. Il a vu la scène alors il ne peut pas me blâmer de m'en aller. Je suis épuisée par cette élite des cinq, je ne suis qu'au début et ils ne me lâchent pas.
*******
J'ai bien fait de rentrer avant, mes amis auraient remarqués mon humeur exécrable. Je ne veux pas qu'ils sachent que j'ai rencontré ses vermines. J'ai pu me reposer et réellement déstresser. L'heure arrivée, je retrouve mes amis à l'arrêt de bus le plus proche de la maison, comme je leur ai expliqué. Je les salue affectueusement pour leur souhaiter la bienvenue. Wendy m'explique :
« Désolée, Camille a eu un empêchement de dernière minute.
—Ce n'est pas grave...alors on y va. » Je déclare simplement
En chemin, leurs yeux vagabondent de gauche à droite. Je pense qu'aucun ne savait où ils venaient. Zach demande curieux:
—Ça l'air d'être un quartier chic ici?
—Oui ça l'est. Je réponds simplement puis j'ajoute près de la maison: nous sommes arrivés. »
Leurs yeux dévient sur la maison que je présente. Corenthin me demande choqué:
« Pilar s'est ici que tu vis?
—Oui Dis-je assez gênée, en me baissant pour récupérer la clé en dessous du pot de fleurs
—Ta maison est magnifique...mais tu ne nous as jamais dit que tu es une gosse de riche. S'exclame Zach avec sa franchise habituelle
—Vous ne me l'avez jamais demandé. Je lance nonchalamment
—C'est vrai. Rigole Zach coincé
—C'est juste magnifique, luxueux, grandissime... Pour le recensement demain, c'est clair que tu auras plus de 30 points. S'extasie Wendy admirative ce qui me fait rire
—Wendy ferme ta bouche tu vas gober une mouche. Rigole Corenthin
—J'hallucine tu vois le salon! hurle Wendy avant de s'assoir, elle me fait vraiment rire
—Je m'en vais chercher des boissons. Lucien tu ne dis rien? Je demande inquiète
—Hum...euh...non. » Il marmonne les mains dans les poches
Je comprends qu'il soit un peu sous le choc, je vais le laisser digérer. Je reviens avec les biscuits et boissons, que nous dégustons en visionnant sur l'écran plat. Je suis assise avec Wendy et les garçons sur un autre sofa nôtre notre. Elle lance la conversation :
« Maintenant je vais pouvoir me vanter d'avoir une copine super riche.
—Tu es complètement folle. Je m'exclame en tapant légèrement son épaule
—Bah quoi c'est la vérité... Camille va vraiment regretter son absence. Elle ajoute moqueuse
—Pilar tu dis que ça c'est la maison de ta mère? Demande Zach comme pour se rassurer
—Oui. J'acquiesce
—Et ton père a aussi une telle maison ? Me demande Corenthin
—Non...en faites elle est beaucoup plus grande. Mon père a trois autres enfants, il a besoin d'espace pour les contenir. Je rétorque puis bois une gorgée de ma boisson
—Wow... Je n'aurais jamais cru que tes parents soient aussi riches...tu es tellement humble. M'avoue Zach, ce qui me fait chaud au cœur
—Ça c'est bien vrai, tu n'as même pas voulu en parler depuis le début. Confirme Wendy
—Et pourquoi tu travailles? S'incruste Lucien qui est resté plutôt silencieux depuis le début
—Ce que mes parents ont, ce n'est pas à moi. Je refuse de rester les bras croisés, en attente de l'aumône. Ça toujours été ma philosophie. » Je renchéris sûre de moi
Je soupire ensuite, fatiguée de répondre une énième fois à cette question. Je bois d'une trêve ma boisson. J'ai bien peur que Lucien me juge, trouvant ma raison futile comme les autres. Où il est juste toujours surpris ?
« Sans être indiscret c'est quoi le métier de tes parents? Demande Corenthin
—Mon père est magistrat et ma mère styliste. Elle s'appelle Christine Candell
—Pardon? ...Tu es la fille de la grande Christine Candell l'une des meilleures stylistes de notre époque ? Hurle Wendy choquée
—Oui. J'avoue
—Ce n'est pas croyable, je n'avais pas fait le rapport. S'exclame-t-elle stupéfaite
—Mais nous aurions dû faire le rapport elle s'appelle Candell comme sa mère. Ajoute Corenthin en pleine réflexion
—C'est vrai. Rétorque Wendy en se frappant le front comme pour se réprimander et ajoute sur un ton suppliant: Tu pourrais demander à ta mère de me confectionner une robe?
—Je vais le faire mais elle est très occupée je ne te promets rien. J'avoue
—Ce n'est pas grave, si je pouvais juste la rencontrer. » Déclare Wendy, rêveuse
Les autres semblent épanouis par contre Lucien ne l'est toujours pas. Je soupire espérant que ma prochaine annonce puisse lui plaire:
« Si je vous ai demandé de venir avec vos maillots c'est parce que nous allons nager. Nous allons inaugurer la piscine. Les garçons vous, vous changez à la douche. Wendy et moi dans ma chambre. »
J'indique la douche aux garçons puis reviens au salon et entraine Wendy dans ma chambre. Elle reste debout et subjuguée. Elle est tellement excitée, ce qui me fait plaisir. Comprenant qu'il faudra du temps pour la ramener à la réalité, je la laisse là et cours me changer. J'ai opté pour un short et t-shirt blanc. Me voyant habillée, elle s'est enfin décidée à reprendre ses esprits. Ensuite, elle ouvre son sac et sort deux maillots de bain. Elle m'avoue qu'elle n'a pas pu choisir, je l'ai donc fait à sa place. Elle a donc enfilé le bikini deux pièces roses.
Nous retrouvons les autres pour passer un bon moment à la piscine. Ils ont l'air de beaucoup de s'amuser sauf Lucien qui n'est pas entré dans la piscine. Il est assis au bord des pieds dans l'eau. Je m'assois près de lui,silencieuse. En me voyant il a souri et j'ai répondu à son sourire de la même façon. Je crois que je me suis inquiétée inutilement.