XXXIV Quand le dîner fut fini, et qu’il ne resta que les pères à table, devisant de choses et d’autres en buvant, Cyprien me mena promener dans le domaine, dans les sapins et dans le pré de son père. Les vaches paissaient dans l’herbe, qui leur montait jusqu’aux genoux. Il me les nommait l’une après l’autre, en me disant leurs défauts et leurs qualités : « Celle-là, c’est la Rousse, me disait-il ; elle vient d’elle-même tendre son pis deux fois par jour pour qu’on la soulage de son lait ; celle-là donne deux pintes par soleil ; celle-là laboure comme un bœuf, mais elle est toujours maigre et ne broute guère au râtelier : nous l’appelons la Servante ; celle-là est bariolée de noir et de blond, c’est la plus belle, mais elle est fière et capricieuse comme une chèvre ; celle-là a la corne de


