XXXIII Voilà que quand nous fûmes arrivés à un long pont de bois peint en rouge, sur le gave qui sépare les bois de Montagnol des bois de Valneige, nous entendîmes des coups de fusil qui roulaient dans le ravin comme des tonnerres. « Ne bougez pas, me dit Cyprien : ce sont les parents qui viennent au-devant avec les garçons et les filles du pays pour vous faire fête. » Nous les rencontrâmes au milieu du pont. Ils étaient bien trente, tant garçons que filles, tant d’hommes d’âge que petits enfants. Le père Cyprien était en avant, son fils lui donna la bride du mulet. Les enfants jetaient des grains de blé et des coquelicots sous les pieds de la bête, que les planches du pont en étaient toutes rouges ; mais j’étais plus rouge que les coquelicots moi-même, de honte de me voir ainsi honorée


