Devon
Adena est légère comme une plume ce matin quand elle bondit du lit aux aurores, elle semble incroyablement heureuse de voir cette fille débarquer, et là encore je trouve ça vraiment suspect. Ma femme ne s’est jamais embarrassée à se lier d’amitié avec d’autres femmes. Elle en a expressément fait la remarque lors d’une soirée improvisée avec son assistante Freyah, soirée qu’elles avaient organisé dans le but de manipuler leur monde encore une fois.
Je me lève et m’enferme rapidement dans mon bureau. Je compte bien la laisser faire ce qu’elle veut pour le moment. Elle m’a parlé d’un dîner avec elle ce soir, et j’en profiterai pour analyser son « amie » comme elle dit.
Je suis informé de l’arrivée de cette fille d’une manière totalement inattendue. En effet, Adena m’a annoncé qu’elle enverrait Frank la chercher en voiture ce matin, mais rapidement je reçois des messages de mes hommes me demandant qui est, je cite, « la déesse blanche », ou encore « l’ange des ténèbres » avec laquelle Adena s’est enfermée dans son bureau.
On lui donne plein d’autres surnoms tous plus enchanteurs les uns que les autres, et je brûle vraiment d’impatience de la rencontrer maintenant que je suis harcelé…
J’attends pourtant jusqu’au soir en me concentrant sur mon travail, et sur les projets en cours.
Le ranch est vulnérable en ce moment, nous faisons beaucoup de choses pour améliorer le cadre de vie qui jusqu’ici convenait pour nous, mais pas pour un enfant. Et cela risque de traîner en longueur puisque je suis certain que lorsque la colère d’Adena sera passée, elle voudra y ajouter sa touche personnelle. À moins que la décoration ne soit le cadet de ses soucis et qu’elle ne s’embarque dans une énième croisade…
Je la rejoins dans la chambre alors qu’elle se prépare pour le dîner puis nous descendons tous les deux au salon ou Maria a dressé le couvert.
- C’est toi qui lui as demandé de préparer tout ça ?
- Oui, répond-elle en souriant encore.
Elle est redevenue temporairement charmante, et comme elle sait parfaitement jouer les actrices Oscarisées, je me méfie de ce changement d’attitude.
Nous attendons au salon et lorsque la dénommée Serena m'apparaît pour la première fois, je suis foudroyé. Cette jeune femme est saisissante. Je suis immédiatement transpercé par ses yeux d’un bleu si prononcés qu’ils en sont perturbants. Ses cheveux tombent en cascades de boucles brunes presque noires autour de son visage jusqu’à ses coudes. Sa peau est blanche, laiteuse, sans le moindre défaut. Seule sa bouche dénote de rose, dont les lèvres appellent avec avidité au péché et derrière lesquelles se cachent des rangées de dents blanches parfaitement alignées.
Elle est minuscule, un petit mètre soixante à peine et élancée, une petite poitrine et un petit corps vêtu d’une jolie robe noire fluide toute simple. Cette femme semble plus fragile qu’une brindille, son regard dénonce toute la maltraitance qu’elle a sans nul doute subi, et elle dégage la vulnérabilité par tous les pores de sa peau, comme une aura enivrante qui se dégage sur son passage en excitant mes sens de prédateur. Ce n’est rien d’autre qu’une apparition divine, mais aussi un mur de fer, elle ne montre aucune émotion, absolument aucune. Tout se passe dans ses yeux, son visage reste dénué d’expression.
Je suis happé par son magnétisme, alors que ses grands yeux bleus me fuient du regard, comme si ma présence était totalement insignifiante, tandis que nous nous installons à la table de l’immense salle à manger.
Adena adopte un comportement tout à fait nonchalant, plein d’assurance et a l’air également étrangement attirée par la créature énigmatique assise avec nous.
Je les détaille très longuement, je les regarde échanger, elles sont dans un joli petit rôle toutes les deux, l’une affichant une confiance exagérée, l’autre ne montrant rien du tout pendant qu’elles discutent, avant que je ne me décide à intervenir brûlant de curiosité.
- Dans quel domaine travailles-tu Serena ?
J’ignore Maria qui remplace les assiettes devant nous, et reste tout entier à l’attention de notre invitée mystérieuse.
- Je suis négociatrice spécialisée dans la gestion de crises, répond-elle simplement.
Non mais qu’est-ce que c’est que ce traquenard… Je suis de plus en plus curieux. Elle détourne le regard pour le reporter sur son assiette comme si je l’avais dérangée avec une question ennuyeuse, mais sans laisser paraître la moindre expression. C’est exactement le genre de femme que j’adorais soumettre avant…
- Toi, petit bout de femme que tu es, tu es médiatrice ?
- Je suis comment dire… Plutôt négociatrice, mon travail est de résoudre les problèmes compliqués.
Tiens, tiens, tiens…
- Et pourquoi ma femme aurait-elle besoin de résoudre des situations compliquées avec une négociatrice Française ? Questionné-je en me tournant vers Adena qui laisse son « amie » répondre méticuleusement à mes questions.
- Le gestionnaire de patrimoine actuel Anzieger n’est pas très performant dans la revente de mes villas.
Elle ment comme elle respire… Le discours est trop bien travaillé et l’audace dont elle fait preuve face à moi, p****n… C’est pour ça que je l’aime comme un fou… Ce je ferai bien de me le rappeler quand je constate les réactions prédatrices déplacées que j’ai en observant Serena.
- Et donc tu fais appel aux gros bras ?
- J’ai jugé qu’une professionnelle en négociation commerciale serait appropriée. Mais comme je te l’ai dit, Serena a besoin de protection, Devon, donc James part avec elle.
- Il est mon employé Adena.
Je fais comme si cette demande qu’elle m’a formulée dans la chambre avant le dîner me dérangeait vraiment, mais comme James m’a déjà prévenu, je m’en fous. Qu’il s’en aille quelque temps, ça fera du bien à tout le monde, sauf à Andréa apparemment.
- Il a tué mon père ! Gronde-t-elle en bondissant de sa chaise, il m’est redevable à vie ! Et je veux qu’il parte avec elle !
- Bien.
Je cède parce que c’était prévu, elle a l’illusion qu’elle maîtrise et bon dieu qu’elle est belle comme ça. Elle se rassied alors l’air malicieux. Oui, elle sait qu’elle a un peu de pouvoir pour l’instant, elle utilise le peu de culpabilité qu’elle sait générer en moi. Elle a gentiment signé tous les documents sans protester et j’ai promis de me tenir correctement devant sa copine. En revanche, je n’ai rien juré pour la suite de la soirée.
- Tu sais jouer ? Demande-t-elle à Serena qui n’écoute pas grand-chose de notre conversation.
Elle observe mon piano à queue de pie à l’autre bout de la pièce, le regard perdu dans le vide.
- Oh oui, c’est surtout que ce modèle est particulièrement… Onéreux.
- Il fait partie des murs, personne n’en joue ici, déclaré-je nonchalamment
- Euh, je n’ai pas joué depuis longtemps… Mais si vous voulez, je peux essayer de vous faire une petite démonstration ? Propose-t-elle avec une innocence qui me fait palpiter.
- Avec plaisir, lui répond Adena avec un signe d’encouragement.
Je crois qu’elle attend sérieusement quelque chose de cette fille pour lui être aussi sympathique. Ce qui m’inquiète un peu, c’est la réaction que pourrait avoir ma femme si la petite créature funeste qui s’assied derrière le piano ne lui apporte pas toute la satisfaction qu’elle attend.
Elle ouvre le coffre et dévoile les touches blanches avant de placer ses mains fines sur lesquelles étincellent de jolies bagues d’argent à chaque index et annulaire. Quand elle commence à jouer, je suis totalement ébahi… Sidéré d’admiration… Bordel de merde… Elle nous emporte dans les limbes avec sa mélodie d’une tristesse sans nom. J’ai presque envie de pleurer avec elle. Je l’observe alors qu’elle ferme ses yeux bleus. Ils n’ont pas la couleur du ciel… Ils sont plus percutants, électriques, ou alors est-ce le contraste avec sa peau blanche et ses cheveux noirs ? Elle penche légèrement la tête en arrière tandis que ses doigts volent au-dessus du clavier en des mouvements aussi aériens qu’un ange en plein état de grâce.
Lorsqu’elle achève son récital, elle se relève maladroitement et revient s’asseoir face à nous, après avoir remis son masque d’impassibilité. La musique qu’elle jouait a trahie, l’espace de quelques instants, l’incommensurable vulnérabilité dégagée par cette fille.
- C’était magnifique, la félicite Adena qui semble avoir tout autant apprécié que moi.
- Ce n’est rien du tout, répond-elle vaguement.
Je suis perdu dans mes pensées le reste du repas les laissant échanger les habituels potins féminins, et bientôt notre invitée prend congés puis retourne dans ses quartiers. L’air se décharge d’un magnétisme qui était omniprésent depuis son arrivée, je ne peux pas m’empêcher de le remarquer…
- Elle est intouchable Devon, me prévient Adena me tirant brutalement de mes pensées.
- Qu’est-ce que tu veux dire ?
- Que vous devez tous vous la sortir de la tête.
- Pourquoi tu dis ça mon ange ?
- J’ai des yeux aussi chéri, cingle-t-elle en se levant pour prendre la direction de la chambre où je la suis.
J’ai compris son message, ce soir, je sens qu’elle va m’offrir les feux d’artifices, les éclats d’ambre de ses yeux marron brillent d’une forme de jalousie que je n’ai encore jamais décelé dans ces prunelles-là, il y a aussi de la détermination qui s’étire en promesses… J'ai instantanément hâte…
Cette nuit, elle s’offre à moi, avec une abnégation très étrange. Elle m’a directement sauté dessus quand la porte s’est refermée sur nous. Je n’ai pas eu le temps de réfléchir, qu’elle m’a arraché la ceinture pour descendre mon pantalon jusqu’aux chevilles, avant de me prendre dans sa bouche avec avidité.
Je me suis adossé contre la porte, happé par sa douceur et le plaisir immédiat qu’elle m’a donné.
Elle m’a fait la pipe la plus chaude de l’histoire du sexe, inondant ma verge de salive, l’enfonçant dans sa gorge, le pourléchant de sa langue, l’enserrant de ses lèvres pulpeuses, multipliant ses stimulations langoureuses me propulsant dans des abysses où elle seule sait me traîner. Mais il n’y a rien de soumis dans son acte, c’est une prise de pouvoir, elle dévoile son jeu pour la soirée.
Ensuite, alors que j’étais gorgé de sang et sur le point de me déverser au fond de sa gorge, elle m’a tiré jusqu’au lit où elle m’a grimpé dessus sans ménagement, et s’est empalée sur moi avec l’assurance d’une conquérante. Elle s’est déchaînée de mouvements voluptueux, ceux qui me font perdre la tête. Elle m’a tourmenté et je ne sais même pas pourquoi je l’ai laissé faire. J’ai momentanément perdu toutes mes armes, ensorcelé par sa possession et son caprice. Elle m’a maintenu au bord du précipice, autant qu’elle a voulu et quand elle m’a accordé la jouissance tout en irradiant d’ondulations vibrantes autour de moi, elle a passé la langue le long de ma gorge jusqu’au lobe de mon oreille.
- N’oublie pas que tu es à moi aussi, chéri.
Ma respiration est encore saccadée de l’ébat intense que nous venons d’avoir, je suis encore entre deux dimensions d’extase, et ce qu’elle me dit me fait vibrer d’une émotion nouvelle.
Putain, elle a vu comment je regardais cette fille et ça ne lui a pas plu, elle m’a montré à sa manière qu’elle était jalouse, et je trouve sa mise en scène tout à fait exquise. Ma femme sait en effet très bien comment faire pour marquer les esprits. Le mien est éternellement incandescent de sa possession.
Je l’embrasse doucement, elle n’a rien à craindre. Oui, cette petite chose m’intrigue, mais ma femme m’obsède, ma femme me transcende, or je ne prendrai pas le risque de la laisser commettre un meurtre par jalousie, les crimes passionnels sont trop compliqués à étouffer.
Elle semble plus calme après ça et se blottit dans mes bras comme j’aime qu’elle le fasse.
Je me rends compte que je lui en demande beaucoup, elle passe par toutes les émotions avec moi, mais au moins elle ne s’ennuie pas.
Je m’endors rapidement au rythme de sa respiration apaisée, et j’ai bon espoir que bientôt, elle ne m’en veuille plus du tout.
Je suis réveillé comme d’habitude beaucoup trop tôt. Je n’ai pas besoin de beaucoup d’heures de sommeil, surtout quand je suis au ranch où la vie est plutôt calme. Du moins, elle l’était avant l’arrivée d’Adena. Maintenant, c’est légèrement plus mouvementé. Je laisse ma panthère dormir, elle en a besoin. Ces derniers mois, elle a accumulé des heures de retards dans son compteur de sommeil, et je tiens compte de ces besoins-là aussi parce qu’une étincelle suffit à cette dynamite pour faire exploser tout le chargement.
J’enfile ma tenue d’équitation et descends me prendre un café à la cuisine, il est trois heures et demie, il fait encore nuit noire et tout est calme. Presque calme. J’entends des sons étouffés. Je cherche la source du bruit en m’avançant vers le salon. Je crois reconnaître des plaintes de douleur, l’espace d’un instant… Je suis aux aguets, sur le qui-vive, et je m’apprête à remonter les escaliers quatre à quatre pensant qu’Adena fait un cauchemar là-haut, mais les sons ne proviennent pas de l’étage. J’avance alors dans le couloir puis j’entends clairement que c’est de la chambre de son invitée qu’émanent ces supplications…
J’ouvre la porte doucement, la pièce est plongée dans le noir, je perçois immédiatement les mouvements frénétiques sur le lit, dans l’amas de couvertures et mon instinct me pousse à agir. Mes jambes me portent toutes seules, puis j’allume la lampe de chevet, et j’attrape la petite femme qui se débat transpirante de sueur, les yeux fermés, le visage crispé par la douleur.
- Calme-toi Serena, murmuré-je alors.
L’avoir entre mes bras m’électrifie les sens, p****n qu’est-ce que c’est que cet effet bizarre ? J’ai l’impression d’être aimanté à elle alors qu’elle se débat autant qu’elle peut malgré ses maigres forces.
- Lâchez-moi, s’il vous plaît !
Je la délivre de ma prise sur elle, puis m’écarte tandis qu’elle bondit de l’autre côté du lit, se lève en essuyant rapidement les larmes qui coulent de ses yeux. Elle tremble comme une feuille alors que j’essaye de ne pas lui paraître hostile.
- Qu’est-ce que vous faites là ? S’écrie-t-elle emprise dans une crise de panique l’empêchant de reprendre sa respiration.
Elle se tient les côtes, elle semble avoir mal quelque part. Qu’est-ce que c’est que ce comportement ? Je suis complètement paumé... Les cauchemars que fait Adena n’ont pas cette dimension. Elle réagit au contact humain en reprenant conscience de la réalité tout doucement.
- Je suis désolé, réponds-je à voix basse, je passais dans le couloir quand je t’ai entendu crier. Quand ma femme fait des cauchemars, elle s’apaise lorsqu’on la prend dans les bras.
- Pas moi, rétorque-t-elle la voix étranglée, personne ne me touche jamais !
Elle répond sèchement, qu’est-ce que ça veut dire ça, personne ne la touche jamais ? Une si belle chose ? J’ai bien du mal à y croire… En tout cas, elle semble en proie à une véritable terreur, et je comprends bien pourquoi... Toute l’impassibilité qu’elle affichait pendant le dîner est à présent totalement craquelée, là, juste devant moi. Je n’ai rien de rassurant en temps normal, alors que cette fille se réveille de son cauchemar et que je la tiens contre moi, a dû réellement la foudroyer d’horreur. Elle frissonne, je ne sais pas si j’ai déjà vu quelqu’un faire montre d’autant de fragilité, elle n’aurait pas été plus exposée si elle était nue. Je la perçois dans son intégralité…
- Je ne voulais pas te faire peur, est-ce que ça va mieux ?
- Oui, merci de vous être dérangé.
- Pas de problème, bonne nuit.
Je tourne les talons et quitte la chambre. Inutile de prolonger le supplice de cette fille… Mais j’ai encore plus d’interrogations maintenant. Qu’est-ce que fabrique ma diablesse de femme avec ce pauvre oiseau blessé…