II
Ce que la bergère Brune et la bergère Blonde se disaient avant de se coucher– Encore une journée de bonheur qui vient de s’écouler, ma chère Bleuette.
– Et qui recommencera demain, ma chère Coquelicot.
– Regrettes-tu ton ancienne forme ?
– Veux-tu cesser d’être femme ?
– Non.
– Ni moi non plus.
– Nous avons bien fait de choisir ce modeste village pour y vivre tranquillement. Le bonheur n’est qu’aux champs.
– Avec Lucas, qui est si bon.
– Et avec Blaise qui joue si bien de la musette.
– Rien n’est doux au monde comme d’être femme.
– Pour être heureuse, il faut avoir un cœur.
Puis les deux jeunes filles se mettaient devant leur miroir.
– Ne suis-je pas plus jolie que lorsque j’étais simple Bleuet ? demandait l’une.
– Qui ne me préférerait à tous les Coquelicots de la terre ? répondait l’autre,
Voilà ce que la bergère Brune et la bergère Blonde se disaient chaque soir, après quoi elles s’embrassaient et s’endormaient jusqu’aux premiers roucoulements de leurs tourterelles.