IV
Pensée d’un seigneurLe seigneur du village habitait une tour lézardée, dans laquelle pénétraient la pluie, le vent, la grêle, la neige, toutes les intempéries des saisons. Il avait pour domestique un manant qui gardait les pourceaux le jour, et servait son maître le soir ; tout cela ne l’empêchait pas de parler de son château et de ses valets. Du reste, il avait droit de haute et basse justice sur les terres qui ne lui appartenaient plus, et pouvait faire pendre qui lui déplaisait à une lieue à la ronde.
Un beau jour que sa goutte, son catarrhe, ses rhumatismes lui laissaient quelque répit, le seigneur vint à réfléchir qu’il s’était contenté jusqu’à ce moment de vivre comme un égoïste ; et, en brave gentilhomme qu’il était, il prit la résolution magnanime de faire partager à un être vivant les avantages de sa position : il se décida à assurer le bonheur d’une femme. Son choix se fixa sur Coquelicot.