V
Deux casaques tendresPendant ce temps-là ; les deux bergères, sans se douter des honneurs qui allaient fondre sur elles, faisaient tranquillement l’amour avec les deux bergers.
Lucas chantait son martyre avec une casaque de soie vert tendre ; Blaise faisait retentir les échos d’alentour du son de ses rustiques pipeaux, avec une casaque d’un bleu non moins tendre que le vert de son ami. Lucas avait les cheveux frisés comme la laine de Robin, le mouton favori de Bleuette ; les joues de Blaise étaient si arrondies qu’il avait toujours l’air de jouer du pipeau. Quand on les voyait ensemble avec leurs casaques vert tendre et bleu tendre, avec leur panetière ornée de rubans et leur houlette, tout le monde convenait que deux bergers aussi parfaits que Lucas et Blaise ne pouvaient aimer que deux bergères aussi accomplies que Bleuette et Coquelicot.
Du reste, Bleuette et Coquelicot avaient promis à leurs bergers d’échanger contre un b****r la première nichée de rossignols qu’ils leur apporteraient : Il n’y avait qu’un an à attendre jusqu’à cette époque ; aussi. Lucas et Blaise étaient-ils les plus heureux des mortels.