VII - Regrets

407 Mots
VII RegretsComme Lucas et Blaise se promenaient dans la campagne, rêvant au bonheur qui les attendait dans un an, ils rencontrèrent Bleuette et Coquelicot, qui pleuraient à chaudes larmes. Les deux bergers se mirent à pleurer sans savoir trop pourquoi. Lucas sentit le premier le besoin de demander une explication. – Robin, le plus beau des moutons, ma bergère, est-il malade ? demanda-t-il d’une voix couleur de sa casaque. – Ma bergère a-t-elle perdu la tourterelle que je lui ai donnée au printemps dernier ? s’informa à son tour Blaise. – Robin se porte bien, répondit Bleuette, mais j’ai vu M. le bailli, qui m’a dit : Je veux t’épouser ! – Moi, s’écria Coquelicot, j’ai rencontré le seigneur, qui m’a dit : Tu seras ma femme. Aussitôt les deux bergers poussèrent d’affreux gémissements. Blaise jura qu’il irait se précipiter au fond d’un gouffre ; Lucas voulut s’étrangler avec le ruban de sa boulette, un ruban que Coquelicot lui avait donné ! C’était un spectacle à attendrir les tigres d’Hyrcanie. – Ce qu’il y a de pire, ajoutèrent les deux bergères, c’est que le seigneur et le bailli doivent venir nous chercher ce soir, et si nous refusons d’obéir, ils mettront sur pied leurs archers et nous forceront à les suivre. Les deux bergers s’écrièrent qu’on les tuerait avant de leur ravir l’objet de leur tendresse, et tous les quatre reprirent le chemin du village. La chaumière de Bleuette et de Coquelicot était déjà cernée par les soldats. Le seigneur et le bailli s’avancèrent vers leurs fiancées. Celles-ci voulurent résister, aussitôt les archers les entourèrent. Trop sensibles pour supporter un spectacle aussi cruel. Blaise et Lucas s’étaient évanouis. – Hélas ! se disaient Bleuette et Coquelicot, pendant qu’on les entraînait, nous étions fières de notre bonheur. Mieux valait rester pauvres fleurs perdues dans un sillon ; nous n’en serions pas réduites à épouser un seigneur qui a la goutte, et un bailli bossu. Adieu, Lucas ; adieu, Blaise, adieu pour jamais ! nous n’avons personne pour nous protéger, personne pour nous sauver. Comme elles se livraient à ces lamentations une troupe de villageois parut sur la route. Tous ces braves gens, les mains pleines de rameaux verts, chantaient en chœur : Ô jours heureux ! jours d’espéranceQui nous rend la reine de France,Célébrons…Les cris mille fois répétés de « Vive Fleur de Lis ! vive la Reine de France ! » empêchèrent d’entendre le reste de ce chœur plein de poésie et de couleur locale. La reine venait d’arriver. Le seigneur, surpris, ne put lui offrir les clefs de son château sur un plat d’or, ce qui le contraria beaucoup. Le bailli, pris à l’improviste se vit dans l’impossibilité de lui adresser un discours, contretemps qui l’aurait rendu malade s’il n’avait pas dû se marier ce jour-là. LYS
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