Chapitre 3-1

1462 Mots
Chapitre 3 Asahi s’agenouilla derrière un arbre et regarda une trollesse qui se trouvait sur son chemin vaciller et grogner. Elle se tenait la tête à deux mains et la secouait d’avant en arrière comme si elle souffrait. Puis elle pivota brusquement et courut la tête la première dans l’arbre le plus proche. Asahi posa une main contre le tronc de l’arbre pour ne pas perdre l’équilibre lorsque le sol trembla. Incrédule, il la vit tourner follement sur elle-même avant que ses yeux ne roulent dans leurs orbites. Elle tomba en arrière dans un vacarme assourdissant. Quelque chose n’allait pas, c’était évident. Il se leva lentement, mais resta caché. Il se félicita de sa prudence quand, un instant plus tard, le corps de la trollesse inconsciente s’arqua soudainement et qu’une masse liquide noire se déversa par sa bouche. La masse se rassembla, son volume augmentant jusqu’à prendre environ la taille d’un mastiff. Le liquide visqueux à l’aspect de goudron s’agita dans tous les sens, comme s’il cherchait une autre créature à habiter. Un frisson de malaise descendit le long de l’échine d’Asahi lorsqu’il s’orienta soudain dans sa direction. Il resta figé. Quelque chose de grand qui passait au-dessus de lui projeta une ombre sur le sol et il leva les yeux. À travers l’épaisse canopée, il vit deux créatures dans le ciel. La masse extraterrestre émit un cri perçant, fit volte-face et s’enfuit dans la forêt dans la direction opposée. Asahi s’accroupit derrière une grande fougère en forme d’éventail afin de dissimuler sa présence tandis que les deux créatures inconnues fendaient la voûte végétale. L’une d’elles, l’hippogriffe, atterrit sur une épaisse branche, ses ailes déployées pour garder l’équilibre, pendant que la femme ailée se posait à côté de la trollesse étendue sur le sol de la forêt. La vue des traits d’ébène exquis de la femme lui coupa le souffle. On aurait dit que sa peau formait une armure brillante, comme si elle était une magnifique statue taillée dans le plus pur des marbres noirs. Elle toucha le sol avec une telle grâce qu’il n’y eut pas un murmure. Asahi étudia la femme qui tournait prudemment autour de la trollesse inconsciente. Ses yeux étaient du marron foncé du verre aventuriné et la lueur qui brillait en eux lui donna envie de plonger dans ses iris dorés pour l’éternité. Son visage était en forme de cœur avec de hautes pommettes, un long nez droit et des lèvres délicieusement charnues. Elle était élancée avec de petits seins et une posture autoritaire qui dénotait le pouvoir et l’assurance. Elle s’agenouilla à côté de la trollesse et toucha avec précaution la grosse bosse sur son front avant de soulever ses paupières l’une après l’autre. Puis la femme de marbre se leva et regarda autour d’elle, sourcils froncés. — Tu vois quelque chose, Pai ? lança-t-elle. — Il semble y avoir des dégâts récents dans les fougères en direction du nord, répondit l’hippogriffe. Et pour Medjuline ? La trollesse grogna doucement et la femme recula d’un pas. Asahi se raidit lorsqu’il entendit son petit gémissement de douleur. Sous ses yeux, une épée se matérialisa dans la main de la femme. La trollesse roula sur le côté et gémit, levant une grande main tremblante aux épais ongles sales à sa tête. La belle femme ailée fit un pas vers la trollesse, qui s’efforçait à présent de se redresser en position assise. — Medjuline, dit la femme d’un ton doux et rassurant. — Ai-aidez-moi, s’il vous plaît. Ne le… ne le laissez pas me reprendre, s’étrangla Medjuline d’une voix tremblante. — Qui t’a pris ? exigea de savoir la femme de la même voix douce. Medjuline s’assit et regarda autour d’elle avec de grands yeux effrayés. Elle reporta son attention sur la femme qui se tenait devant elle, l’épée à la main. Medjuline leva de nouveau une main tremblante à son front. — La créature qui… qui est sortie… Le flanc du dragon… du dragon des mers a explosé et m’a recouverte. Il y avait une masse noire… Elle m’étranglait et j’arrivais pas à l’enlever ! s’exclama Medjuline d’une voix plus puissante à mesure que la peur s’emparait de nouveau d’elle. Une vague de compassion traversa Asahi lorsque la trollesse fondit en larmes. Il ne faisait aucun doute, d’après ses traits et sa façon de parler, qu’elle était jeune. Elle baissa les yeux vers ses mains et les frotta l’une contre l’autre avant de repousser ses cheveux roux foncé comme pour s’assurer qu’il ne restait aucun résidu de la substance noire. Elle se mit à sangloter et à se balancer d’avant en arrière. — Où est allé l’alien, Medjuline ? Il est important que je le trouve avant qu’il ne puisse blesser quelqu’un d’autre, dit la belle créature. Medjuline essuya son visage de ses mains crasseuses, laissant des traces de terre sur son visage brun foncé. Elle regarda la femme de marbre et ses yeux s’emplirent de larmes. — Je sais pas. Il me faisait mal… ma tête. Je devais l’arrêter. Je voulais qu’il sorte de moi. Je… J’ai foncé sur un arbre. Je le sens plus en moi, mais j’ai toujours mal à la tête, avoua Medjuline. La femme abaissa son épée et s’avança. — Nali ! grogna craintivement l’hippogriffe dans l’arbre. Elle esquissa un sourire. Ce n’était pas un sourire amusé. C’était un sourire dangereux, comme si elle défiait quoi que ce soit de l’attaquer. Elle posa une main sur le bras de la jeune trollesse et l’observa attentivement. Plusieurs secondes tendues s’écoulèrent avant qu’elle ne murmure quelque chose si bas qu’Asahi ne put l’entendre. Il prit une inspiration surprise lorsque la femme de marbre se transforma soudain en une version d’elle-même plus souple, plus chaude et bien plus splendide. Sa peau lisse d’un brun clair brillait dans la lumière du soleil filtrée par la canopée, lui donnant l’impression qu’elle était de la même couleur que du chocolat au lait crémeux. Ses longs cheveux noirs pendaient en boucles serrées autour de son visage et de ses épaules, lui rappelant les femmes de la Crète antique. — L’alien a quitté le corps de Medjuline, Pai. Tu peux descendre sans danger, répondit-elle. Medjuline renifla tandis que des larmes silencieuses continuaient de couler le long de ses joues sales. Ses yeux reflétaient maintenant de l’émerveillement au lieu de la peur. Elle tendit une main vers la femme. Asahi refoula son malaise. Il avait vu le parasite liquide quitter Medjuline et cette puissante femme était certaine qu’il n’en restait pas. C’était simplement la nature horrible de ce qu’il avait vu qui le rendait nerveux. Ses nuits à venir seraient probablement hantées de cauchemars de ce parasite. — Nali, prévint de nouveau Pai, l’alien n’a jamais quitté un hôte vivant, pas sans beaucoup plus de force que se cogner la tête contre un arbre. L’expression de Nali s’adoucit et elle regarda son compagnon inquiet. — Je ne saurais dire pourquoi c’est différent cette fois, mais l’alien est parti, Pai. J’en suis certaine… et Medjuline est blessée et effrayée. Descends, s’il te plaît. Nali serra fermement la main de la trollesse et la regarda dans les yeux d’un air rassurant. — Impératrice, je… Il veut nous faire du mal, dit Medjuline. — Je l’arrêterai. Pai, ramène Medjuline à son village. Assure-toi qu’il y a suffisamment de gardes pour sécuriser la zone au cas où l’alien tenterait de revenir en arrière, ordonna Nali. L’hippogriffe se posa et gratta le sol d’exaspération avant de secouer la tête. — Nali, dis-moi que tu ne comptes pas te lancer à la poursuite de cette créature seule, siffla-t-il avec consternation. Amusé, Asahi esquissa un sourire en coin en voyant la femme du nom de Nali lever les yeux au ciel avant de hocher la tête. Son amusement se transforma en inquiétude lorsque Nali aida la trollesse à se relever et que celle-ci chancela. Elle était deux fois plus grande que la femme qui essayait de la soutenir. L’hippogriffe dut ressentir la même chose, car il grogna doucement et poussa contre la trollesse, qui s’appuya sur lui. — Elle ne peut pas rentrer seule, Pai. Elle est blessée et ébranlée par ce qui lui est arrivé. Rentre avec elle au village. Tu pourras me retrouver quand tu te seras assuré qu’elle est en sécurité et que le village est protégé, finit par répondre Nali. — Je n’aime pas ça, lança sèchement Pai. — Je n’ai pas demandé si ça te plaisait, rétorqua-t-elle d’un ton légèrement mordant. Asahi plissa les yeux. Cette femme avait l’habitude de donner des ordres. Il étudia ses traits et se figea lorsque les pièces du puzzle s’assemblèrent soudain et qu’il comprit de qui il s’agissait. C’était Nali, l’impératrice des monstres. Il ne se serait jamais attendu à ce qu’elle soit aussi jeune… ni aussi belle.
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