Chapitre 4

1468 Mots
Chapitre 4 Cinq jours s’étaient écoulés lorsque Jasper fit appeler son assistant personnel, Xavier Hall, dans son bureau. Debout devant l’immense baie vitrée, Jasper observait la vaste étendue de Solana City. Sa haute silhouette, parfaitement droite, projetait une autorité naturelle qui imposait le silence. Sans se retourner, il demanda d’une voix basse : — Où en est la recherche concernant Alice White ? Xavier avala sa salive avant de répondre. — Je crains de ne rien avoir à vous annoncer de concluant, monsieur Beckett. Il prit une courte inspiration, mal à l’aise. — Après avoir quitté la maison ce soir-là, Madame Alice n’est jamais retournée au sanatorium où elle travaillait. J’ai également vérifié l’adresse qu’elle nous avait donnée… mais elle est inexistante. Personne du nom de White n’habite dans ce quartier. Jasper se détourna brusquement de la fenêtre. — Inexistante ? Le regard qu’il posa sur Xavier était si lourd que ce dernier sentit son dos se raidir. — Oui… J’ai même consulté les registres du commissariat. Il n’y a aucune trace d’une Alice White correspondant à son identité. Xavier continua pourtant de l’appeler « Madame Alice ». Trois ans d’habitude ne s’effaçaient pas facilement. Le silence se fit. Une pensée traversa l’esprit de Jasper et le troubla profondément. Qui était réellement la femme qu’il avait épousée ? Une inconnue. Peut-être même quelqu’un envoyé pour l’espionner. Il reprit d’un ton plus froid : — Elle a quitté la maison avec Jonah Taylor cette nuit-là. Avez-vous trouvé quelque chose en lien avec lui ? Xavier secoua lentement la tête. — Si M. Taylor a choisi de dissimuler l’existence d’une nouvelle compagne, il sera extrêmement difficile d’obtenir des informations. Les sourcils de Jasper se froncèrent aussitôt. — Jonah Taylor donne toujours l’image d’un homme élégant et irréprochable. Qui aurait imaginé qu’il puisse agir de façon aussi méprisable… en s’appropriant la femme d’un autre ? Xavier hésita avant de répondre : — Techniquement… il ne l’a pas vraiment volée. Il a seulement récupéré ce qui… La phrase s’interrompit brutalement. Le regard glacial de Jasper venait de le clouer sur place. Xavier referma la bouche. Jasper détourna la tête, mais son esprit restait prisonnier du souvenir de cette nuit. Il revoyait encore la manière dont Jonah s’était interposé devant Alice, comme s’il la protégeait d’un danger. Cette image lui laissait une étrange oppression dans la poitrine. Alice n’avait jamais été remarquable. Toujours discrète, presque effacée. Jonah, lui, était réputé pour sa froideur et son caractère impitoyable. Comment une femme aussi insignifiante avait-elle pu attirer l’attention d’un homme comme lui ? Un souvenir s’imposa soudain. « Jasper… ne pourrait-on pas renoncer au divorce ? » « C’est parce que je t’aime. » C’était ce qu’elle lui avait dit ce jour-là. Les yeux de Jasper se rétrécirent. — Mensonge… L’air dans la pièce semblait soudain glacé. Plus il repensait à ces paroles, plus une irritation violente montait en lui. Son téléphone vibra alors dans sa main. Il chassa ses pensées et jeta un regard à l’écran. En voyant le nom affiché, son expression se radoucit aussitôt. — Lia ? La voix de Liana, douce et charmeuse, résonna dans l’appareil. — Jasper, je suis dans le hall de ton entreprise. Tu pourrais venir me rejoindre ? J’ai préparé un dessert pour toi. J’aimerais que tu le goûtes pendant qu’il est encore frais. Même Xavier, qui se tenait à quelques pas, sentit un frisson lui parcourir l’échine en entendant cette voix sucrée. Jasper fronça légèrement les sourcils. — Tu es au rez-de-chaussée ? — Oui. Pourquoi ? Tu ne veux pas me voir ? demanda-t-elle avec une pointe de malice. — Ce n’est pas ça. Xavier va descendre t’accueillir. Il coupa la communication. Son visage s’assombrit aussitôt. Le divorce avec Alice n’était pas encore officiellement prononcé. Si Liana apparaissait dans l’entreprise maintenant, cela risquait d’alimenter toutes sortes de rumeurs. Il n’avait pas peur des commérages. Mais… Le téléphone vibra de nouveau. Cette fois, le nom affiché le rendit immédiatement nerveux. — Grand-père… La réponse ne tarda pas. — Espèce d’idiot ! Tu as complètement perdu la tête ? La voix furieuse de Newton Beckett retentit. — Je t’avais interdit de fréquenter cette femme tant que tu étais marié à Alice ! Et toi, tu l’invites directement dans ton entreprise ? Même si ta réputation t’importe peu, pense au moins à celle de ta femme ! Viens immédiatement ! Dans la salle de réception de la résidence familiale, l’atmosphère était pesante. Newton Beckett, appuyé sur sa canne, venait d’être aidé à s’asseoir par sa secrétaire et par son fils. Malgré leur soutien, la colère obscurcissait toujours son visage. Devant lui, Jasper restait parfaitement droit. Quant à Liana, elle attendait à l’extérieur. Newton avait refusé catégoriquement qu’elle franchisse le seuil. Selon lui, cette femme n’était qu’une intrigante indigne de sa considération. La canne frappa soudain le sol. — Explique-toi ! Que fait cette femme dans ton entreprise ? Javier posa calmement une main sur l’épaule de son père. — Papa, ne t’énerve pas… Puis il lança à Jasper un regard rempli de reproches. La voix de Jasper resta basse. — Grand-père, le mariage contractuel de trois ans est terminé. Newton resta un instant stupéfait. Il avait tellement apprécié la présence d’Alice dans la famille qu’il n’avait même pas réalisé que ce délai arrivait à son terme. — Tu m’avais donné ta parole, continua Jasper. Trois ans. Après cela, je serais libre de rester marié ou de divorcer. Son ton était parfaitement détaché. — J’ai choisi de mettre fin à ce mariage pour vivre avec la femme que j’aime. Alice a signé les documents. Les démarches administratives seront finalisées bientôt. Le visage de Newton blanchit. — Comment ? Tu as déjà divorcé ? Sous le choc, il tenta de se lever mais chancela aussitôt. Jasper se précipita pour le soutenir. Newton le repoussa violemment. — Papa, le certificat n’a pas encore été délivré ! tenta d’expliquer Javier. Ils ont seulement signé les papiers. Tu viens de te remettre d’un AVC, tu ne dois pas t’emporter ! Mais Newton n’écoutait plus. — Quel malheur… gémit-il. Je n’ai jamais accepté Sophia comme belle-fille… et maintenant je perds la seule qui me convenait ! Sa voix devint soudain presque enfantine. — Je veux Alice ! Ramenez-la ! Si vous divorcez, je ne mangerai plus ! Je ne veux personne d’autre. Alice est la seule que je reconnais comme petite-fille par alliance ! Puis il fixa Jasper avec insistance. — Appelle-la. Dis-lui de venir me voir immédiatement ! Jasper soupira. — Même si elle acceptait de te rendre visite, cela ne changerait rien. Notre relation est terminée. Mais Newton tremblait déjà. — Aïe… Il vacilla et s’effondra brusquement. La pièce plongea dans la panique. Javier appela le médecin tandis que Jasper cherchait les médicaments. Au milieu de cette agitation, Jasper sortit finalement son téléphone. Il n’avait pas d’autre choix. Il composa le numéro d’Alice. Une voix mécanique répondit aussitôt : « Le numéro que vous demandez n’est plus attribué. » Alice avait disparu. Et même son numéro n’existait plus. Les doigts de Jasper se crispèrent. — Bon sang… Au même moment, de l’autre côté de Solana City, l’entrée principale de l’hôtel KS World était envahie par les cadres de l’établissement. Tous attendaient l’arrivée de leur nouveau directeur général. Les murmures circulaient dans la foule. — J’ai entendu dire que le nouveau patron est une femme. — Franchement, je doute qu’elle fasse mieux que les précédents. Les quatre derniers directeurs ont tous échoué. Certains ont été transférés ailleurs, les autres ont démissionné. — On raconte qu’elle serait la fille de M. Taylor… — Taylor a eu tellement de liaisons… Ce doit être une fille illégitime. S’il l’envoie gérer ce désastre, c’est sûrement qu’il ne tient pas beaucoup à elle. Quelques rires étouffés s’élevèrent. Soudain, quelqu’un cria : — Elle arrive ! Une Rolls-Royce noire s’immobilisa devant l’entrée, suivie d’une file de Maybach luxueuses. Le silence tomba aussitôt. La plaque d’immatriculation — 9999 — suffisait à impressionner tout le monde. La portière s’ouvrit lentement. Les premiers éléments visibles furent une paire d’escarpins noirs à semelles rouges, vertigineusement hauts. Puis une femme descendit du véhicule. Sa silhouette élancée, ses longs cheveux ondulés et son assurance naturelle captèrent instantanément tous les regards. Sa beauté était frappante, presque irréelle. Personne n’osa soutenir son regard. Elle esquissa un sourire léger. — Bonjour à tous. Sa voix était claire et calme. — Je suis la nouvelle directrice générale de cet hôtel. Elle marqua une courte pause. — Et pour dissiper les rumeurs… je ne suis la fille illégitime de personne. Les employés qui avaient tenu ces propos sentirent leur sang se glacer. Alyssa poursuivit son chemin vers l’entrée. Quelques minutes plus tôt, alors que sa voiture roulait encore, elle avait déjà infiltré à distance le système de surveillance de l’hôtel.
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