PREMIÈRE NUIT« Je songeai que je pourrais l’aimer éperdument, m’amusai quelque temps de cette idée, en souffris une seconde. » Richard Millet, Une jeune mère Le sommier geint, rouillé. La voici qui me fait désormais face ; je devine sa nuque. S’y lovent quelques boucles boudeuses ; des bouquets de brins blonds s’en échappent, voletant au gré d’un léger courant d’air frais, comme autant d’évocations d’un parfum de vanille. Son lobe, menu, s’orne d’un sage anneau de platine. Elle ne dort pas. La tête enfouie dans l’oreiller, brisant les carreaux d’un vichy délavé, je ne me lasse de l’admirer. Je la vois sylphide, la sais sereine. Sans seulement l’effleurer, je caresse le grain de sa peau cuivrée, son profil, la plénitude de ses courbes, son coquet voile de coton ; je dévale le timide mont


