1. Mortier soufflant du sel

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1. Mortier soufflant du selJadis, quelque part, vivaient deux frères. L’aîné se fait devancer par son cadet pour le mariage. Le cadet, plus malin, est le premier à prendre femme. Le couple loge dans une cabane proche de la maison principale. L’hiver vient. Le couple a du mal à trouver à manger. C’est la fin de l’année. Le coffre à riz est au niveau le plus bas. Le cadet va demander du riz au noble aîné, qui refuse en disant : – Vas-en demander à ta femme, et chasse le cadet. Celui-ci s’en va en montagne, tout triste, shioshio. Il parvient à un col, rencontre un vieillard à barbe blanche, occupé à ramasser du bois mort : – Toi, où diriges-tu tes pas ? – Ce soir, c’est la fin de l’an. Je n’ai même pas de riz à offrir à Toshigami (le dieu de la fin de l’an). J’erre par ici, à bout de ressources. – C’est ennuyeux. Tiens, prends ça ! Le vieux lui donne un manjû, pâté de blé, et ajoute : – Va dans le sanctuaire du dieu de la forêt que tu vois là, derrière le temple. Il y a là un trou avec des nains. Ils auront très envie de ton pâté. Donne-le-leur. Échange-le, non pas contre de l’or, mais contre un mortier à roue (hiki usu) que l’on entraîne avec une cordelette. Le cadet remercie, va derrière le temple, selon les instructions du vieillard. Là, en effet, il trouve un trou, y pénètre. La grotte est pleine de nains qui s’agitent, gayagaya, avec animation, s’affairant avec des brins de paille. Ils s’extasient devant la taille et la force du cadet, découvrent le pâté : – Tu as là une chose merveilleuse, donne-la-nous ! Ils placent de l’or devant le cadet, qui le refuse, et demande plutôt le mortier hiki usu, qui n’a pas son égal. L’échange se fait. Le cadet sort du trou. Il entend une voix de moustique crier : – À l’assassin ! Il s’aperçoit qu’un nain est coincé entre deux de ses dents, l’extrait avec force excuses de cette position désagréable, le remet dans la grotte, s’en va, rencontre le vieux du col : – Ah bien ! ah bien ! Tu as pris le mortier. Si tu le tournes vers la droite, tout ce que tu désires apparaîtra en abondance. Pour arrêter le flot, tourne-le vers la gauche. Le cadet, tout heureux, rentre à la maison. Son épouse l’interroge : – As-tu obtenu de ton noble frère quelque chose pour le réveillon ? Le mari répond : – D’abord, étale un beau coussin ! Il étale le mortier sur le coussin et dit : – Riz, sors ! en faisant tourner le moulin vers la droite. Un, deux boisseaux de riz sortent avec ce bruit : nishin nishin ! Alors, il dit : – Saumons, sortez ! Deux, trois saumons sortent du mortier. Les époux passent le réveillon dans l’abondance. À l’aube du Nouvel An, le cadet, regardant autour de lui, se dit : – Je suis devenu riche ! À la place de la masure où il gîte, il veut une belle maison. Il dit : – Maison, apparais ! en tournant le mortier vers la droite. Une superbe demeure surgit, avec cinq pièces et trois autres chambres, et de plus sept chevaux apparaissent. Il crie encore : – Gâteaux, sortez ! Saké, sors ! Tout cela s’amoncelle. Parents et proches rappliquent, s’extasient : – Cela, c’est étonnant ! L’aîné devient pâle de jalousie. – Ce s****d de cadet ! Que se passe-t-il ? Bizarre, bizarre ! Il ouvre de grands yeux, épie. Quand le cadet et sa femme sont endormis, il va dérober le mortier, et avec, vole divers gâteaux. Il s’enfuit jusqu’au bord de la mer avec son butin, monte sur une nacelle qui était amarrée là, démarre, fonce vers le large, pense, à l’aide du mortier, devenir fabuleusement riche. Après avoir dévoré tant de sucreries, il a envie de quelque chose de salé. Alors il crie : – Sel, sors ! en tirant la cordelette du mortier. Du sel sort en quantité. Mais le gredin ignore comment arrêter le mortier. Le sel en sort toujours, envahit la nacelle. Celle-ci coule, sombre ; le sel continue toujours de jaillir du mortier. C’est pourquoi de nos jours la mer est salée.
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