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Chez les heureux du monde

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Chez les heureux du monde (titre original : The House of Mirth) est une œuvre de la romancière américaine Edith Wharton, publiée en 1905. En France, il paraît pour la première fois en 1908

Présentation

Chez les heureux du monde suit les pérégrinations d"une jeune femme, Lili Bart, dans le milieu des nantis de New York au début du XXe siècle. En quête de mari, d"abord adulée, puis accusée par la rumeur, enfin rejetée, la jeune femme finit tragiquement, incapable de vivre hors de cette société et de ses artifices.

Extrait

| I

Selden s’arrêta surpris. Dans la bousculade de l’après-midi, à la Grande Station Centrale, ses yeux venaient de rencontrer le visage reposant de miss Lily Bart.

C’était un lundi, au début de septembre : le jeune avocat retournait à sa besogne après une rapide fugue à la campagne ; mais que pouvait faire miss Bart en ville, à cette époque de l’année ? Si elle avait eu l’air de prendre un train, il aurait pu en déduire qu’il l’avait surprise à son passage entre deux des maisons de campagne qui se disputaient sa présence après la fin de la saison de Newport ; mais son apparence indécise le rendait perplexe. Elle se tenait en dehors de la foule, qu’elle laissait s’écouler vers le quai ou vers la rue, avec une mine irrésolue qui — Selden le soupçonnait — pouvait masquer un projet très défini. Tout de suite il lui vint à l’esprit qu’elle attendait quelqu’un ; pourtant il ne se rendait pas bien compte pourquoi cette idée l’avait saisi. Il n’y avait rien de changé en Lily Bart ; mais quoi ! il ne la revoyait jamais sans un petit sursaut d’intérêt : elle avait le don de toujours susciter la réflexion ; ses actes les plus simples semblaient le résultat d’intentions qui allaient loin.

Un mouvement de curiosité le fit se détourner du chemin qui menait à la sortie ; il dépassa miss Bart en flânant. Il savait que si elle ne désirait pas être vue, elle trouverait moyen de l’éviter ; et la pensée de mettre son habileté à l’épreuve le divertissait.

— Monsieur Selden !… quel heureux hasard !

Elle vint au-devant de lui, souriante, presque empressée, résolue à l’arrêter ...|

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I Selden s’arrêta surpris. Dans la bousculade de l’après-midi, à la Grande Station Centrale, ses yeux venaient de rencontrer le visage reposant de miss Lily Bart. C’était un lundi, au début de septembre : le jeune avocat retournait à sa besogne après une rapide fugue à la campagne ; mais que pouvait faire miss Bart en ville, à cette époque de l’année ? Si elle avait eu l’air de prendre un train, il aurait pu en déduire qu’il l’avait surprise à son passage entre deux des maisons de campagne qui se disputaient sa présence après la fin de la saison de Newport ; mais son apparence indécise le rendait perplexe. Elle se tenait en dehors de la foule, qu’elle laissait s’écouler vers le quai ou vers la rue, avec une mine irrésolue qui — Selden le soupçonnait — pouvait masquer un projet très défini. Tout de suite il lui vint à l’esprit qu’elle attendait quelqu’un ; pourtant il ne se rendait pas bien compte pourquoi cette idée l’avait saisi. Il n’y avait rien de changé en Lily Bart ; mais quoi ! il ne la revoyait jamais sans un petit sursaut d’intérêt : elle avait le don de toujours susciter la réflexion ; ses actes les plus simples semblaient le résultat d’intentions qui allaient loin. Un mouvement de curiosité le fit se détourner du chemin qui menait à la sortie ; il dépassa miss Bart en flânant. Il savait que si elle ne désirait pas être vue, elle trouverait moyen de l’éviter ; et la pensée de mettre son habileté à l’épreuve le divertissait. — Monsieur Selden !… quel heureux hasard ! Elle vint au-devant de lui, souriante, presque empressée, résolue à l’arrêter. Une ou deux personnes, en les frôlant, s’attardèrent à regarder : car la tournure de miss Bart était capable de retenir même le voyageur de banlieue se précipitant vers son dernier train. Selden ne l’avait jamais vue plus rayonnante. Sa tête animée, se détachant sur les tons obscurs de la foule, était plus en relief que dans une salle de bal : sous le chapeau sombre et le voile, elle retrouvait le teint de jeune fille, pur et lisse, qu’elle commençait à perdre après onze années de veilles et de danse ininterrompue… Y avait-il vraiment onze années, Selden en était à se le demander, et avait-elle vraiment atteint le vingt-neuvième jour de naissance que ses rivales lui prêtaient ? — Quelle chance ! — reprit-elle. — Comme c’est gentil à vous de venir à mon secours ! Il répondit joyeusement qu’il n’avait pas été mis au monde pour autre chose, et lui demanda quel genre de secours il pouvait lui apporter. — Oh ! tout ce que vous voudrez… jusqu’à vous asseoir sur un banc et bavarder avec moi… On « cause » bien un cotillon : pourquoi ne pas « causer » l’intervalle de deux trains ? Il ne fait pas plus chaud ici que dans les salons de Mrs. Van Osburgh… et les femmes n’y sont guère plus laides. Elle s’interrompit en riant, expliqua qu’elle arrivait de Tuxedo, qu’elle allait chez les Gus Trenor, à Bellomont, et qu’elle avait manqué le train de trois heures quinze pour Rhinebeck. — Et il n’y en a pas d’autre avant cinq heures et demie. (Elle consulta la petite montre en pierreries cachée dans ses dentelles.) Juste deux heures à attendre. Et je ne sais que devenir. Ma femme de chambre est arrivée ce matin pour faire des courses et devait partir à une heure pour Bellomont ; la maison de ma tante est fermée et je ne connais pas une âme en ville. (Elle jeta sur la gare un coup d’œil plaintif.) Après tout, il fait plus chaud que chez Mrs. Van Osburgh. Si vous avez du temps à perdre, emmenez-moi donc quelque part respirer un peu. Il déclara qu’il était entièrement à sa disposition : l’aventure lui paraissait plaisante. Comme spectateur il avait toujours apprécié Lily Bart. Et son genre de vie le tenait si éloigné du cercle où elle se mouvait que cela l’amusait d’être entraîné pour un instant dans l’intimité subite que sa proposition impliquait. — Allons-nous chez Sherry prendre une tasse de thé ? Elle eut un sourire d’assentiment, puis elle fit une légère grimace : — Tant de gens viennent en ville, le lundi !… on est sûr de rencontrer une quantité de raseurs… Je suis vieille comme les rues, c’est vrai, et cela ne devrait pas tirer à conséquence ; mais si, moi, je suis assez vieille, vous ne l’êtes pas, — objecta-t-elle gaiement. — Je meurs d’envie de prendre du thé… mais n’y a-t-il pas un endroit plus tranquille ? Il lui rendit son sourire qui se posait sur lui allègrement. Ses réserves l’intéressaient presque autant que ses imprudences : il était si persuadé que les unes et les autres faisaient partie d’un même plan soigneusement élaboré ! En jugeant miss Bart, il avait toujours eu recours à l’argument des causes finales. — Les ressources de New-York sont assez maigres ! dit-il. Mais je vais d’abord chercher un hansom, puis nous inventerons quelque chose. Il la conduisit à travers la foule des petites gens de retour de congé ; ils dépassèrent des filles au teint blême, coiffées de chapeaux absurdes, et des femmes à poitrines plates qui se battaient avec des paquets et des éventails en feuille de palmier. Était-il possible qu’elle fût de la même race ? L’apparence terne et mal dégrossie de cette moyenne humanité féminine fit sentir à Selden quel haut échelon elle occupait dans l’échelle des êtres. Une courte averse avait refroidi l’atmosphère, et la fraîcheur des nuages était encore suspendue sur la rue humide. — C’est délicieux ! Marchons un peu, — dit-elle en sortant de la gare. Ils tournèrent dans l’avenue Madison et flânèrent en se dirigeant vers le nord. Comme elle allait à ses côtés, d’un pas léger et allongé, Selden devint conscient du plaisir sensuel que lui donnaient son voisinage, le modelé de sa petite oreille, la sinueuse vague montante de ses cheveux — l’art ajoutait-il tant soit peu à leur éclat ? — et la ligne épaisse des cils noirs et droits. Tout en elle était à la fois vigoureux et exquis, à la fois fort et fin. Il avait l’intuition confuse qu’elle avait dû coûter beaucoup à créer, qu’un grand nombre d’êtres incolores et laids avaient de quelque mystérieuse façon été sacrifiés à la produire. Il n’ignorait pas que les qualités par où elle se distinguait de la masse de son sexe étaient surtout de surface : — comme si un émail rare et délicat avait été appliqué sur une argile commune… Et pourtant l’image ne le satisfaisait pas, car une substance grossière ne supporte pas un haut degré de fini : ne se pouvait-il faire que la matière fût précieuse, mais que les circonstances lui eussent donné une forme futile ? Quant il en fut arrivé à ce point dans ses réflexions, le soleil reparut, et l’ombrelle ouverte vint contrarier son plaisir. Un moment après, miss Bart s’arrêta en soupirant. — Ah ! Dieu, que j’ai chaud et que j’ai soif ! Quel endroit hideux que New-York ! (Elle parcourut d’un regard désespéré la chaussée lugubre.) D’autres villes revêtent leurs plus beaux habits en été, mais New-York a l’air assise en manches de chemise. (Ses yeux errèrent au fond d’une rue latérale.) Quelqu’un a eu la charité de planter quelques arbres de ce côté : allons à l’ombre. — Je suis content que ma rue ait votre approbation ! — dit Selden quand ils eurent tourné le coin. — Votre rue ?… Vous demeurez ici ? Elle regarda avec intérêt le devant des maisons neuves, en brique et pierre à chaux, décorées de motifs fantasques pour obéir au goût américain de la nouveauté, mais fraîches et accueillantes avec leurs stores et leurs jardinières fleuries. — Ah ! oui… c’est cela : le Benedick… Quelle charmante construction ! Je ne crois pas l’avoir encore vue. (Elle examinait la maison de rapport qui, de l’autre côté de la rue, élevait son porche de marbre et sa façade pseudo-xviiie siècle.) Quelles sont vos fenêtres ? Celles avec les stores baissés ? — Au dernier étage, oui. — Et ce gentil petit balcon est à vous ? Comme il doit faire frais là-haut ! Il hésita, un instant : — Venez-y voir ! — suggéra-t-il. — Je puis vous donner une tasse de thé en un rien de temps… et vous ne rencontrerez pas de raseurs. Son visage se colora, — elle n’avait pas encore perdu l’art de rougir au bon moment, — mais elle accepta la proposition aussi légèrement qu’elle était faite. — Pourquoi pas ? C’est trop tentant… je cours le risque ! déclara-t-elle. — Oh ! je ne suis pas dangereux, — fit-il sur le même ton. À la vérité, elle ne lui avait jamais tant plu qu’en cette minute. Il savait qu’elle avait accepté sans arrière-pensée : il n’avait pas la prétention d’entrer en ligne de compte dans ses calculs ; il y avait pour lui une surprise bienfaisante, ou presque, dans la spontanéité de son consentement. Sur le seuil, il s’arrêta, un instant, cherchant sa clef. — Il n’y a personne ici, mais j’ai un domestique qui est censé venir le matin, et il se peut qu’il ait sorti ce qu’il faut pour le thé et qu’il se soit procuré quelque gâteau. Il l’introduisit dans une antichambre étroite, ornée de vieilles gravures. Elle remarqua les lettres et les cartes entassées sur la table, parmi les gants et les cannes. Puis elle se trouva dans une petite bibliothèque, sombre mais riante, avec ses murs tapissés de livres, une carpette orientale, aux nuances agréablement passées, un bureau encombré, et, comme il l’avait prédit, un plateau à thé sur une table basse, auprès de la fenêtre… Une brise s’était levée, agitant les rideaux de mousseline ; elle apportait de la jardinière posée sur le balcon une fraîche senteur de réséda et de pétunia. Lily se laissa choir avec un soupir dans un des fauteuils de cuir usé. — Quel délice d’avoir un endroit comme cela tout à soi ! Quelle lamentable chose que d’être une femme ! Elle s’abandonnait à toutes les voluptés du spleen. Selden farfouillait dans une armoire, à la recherche du gâteau. — On trouve cependant des femmes, — dit-il, — qui ont adopté le régime privilégié du petit appartement. — Oui, des gouvernantes… ou des veuves. Mais pas des jeunes filles… pas de pauvres misérables jeunes filles à marier ! — Moi, je connais même une jeune fille qui a un petit appartement. Elle sursauta : — Vrai ? — Mais oui ! — répliqua-t-il, sortant de l’armoire avec le gâteau en question. — Oh ! je sais… vous voulez dire Gerty Farish. (Elle eut un sourire peu bienveillant.) Mais j’ai dit : « à marier… » Et puis elle vit dans un horrible petit trou, elle n’a pas de femme de chambre, et elle mange des choses si étranges ! Sa cuisinière lave le linge, et la nourriture a le goût de savon… Je détesterais cela, vous savez. — Vous ne devriez pas dîner avec elle les jours de blanchissage, — dit Selden, découpant le gâteau. Et de rire, tous les deux. Il s’agenouilla près de la table et alluma la lampe sous la bouilloire, tandis qu’elle mettait dans la petite théière en faïence verte la dose de thé nécessaire. Il observait sa main, polie comme un morceau de vieil ivoire, avec ses ongles roses et frêles, et le bracelet de saphir qui lui glissait sur le poignet : il sentit combien il était ironique de lui suggérer, à elle, une vie comme celle que sa cousine, à lui, Gertrude Farish, avait choisie. Elle était si évidemment la victime de la civilisation qui l’avait produite que les anneaux de son bracelet avaient l’air de menottes l’enchaînant à son destin. Elle parut lire sa pensée : — C’est très vilain à moi d’avoir ainsi parlé de Gerty. — dit-elle avec une componction charmante. — J’ai oublié qu’elle était votre cousine. Mais, vous savez, nous sommes si différentes !… elle aime à être bonne, et moi, j’aime à être heureuse… Et puis, elle est libre et je ne le suis pas… Si je l’étais, je ne dis pas que je ne parviendrais pas à être heureuse même dans son petit appartement. Cela doit être une joie sans mélange que de disposer ses meubles selon son goût, et de donner toutes les horreurs au chiffonnier. Si je pouvais seulement refaire le salon de ma tante, je suis sûre que je serais une meilleure femme. — Est-il vraiment si mal, ce salon ? — demanda Selden d’un ton compatissant. Elle lui sourit par-dessus la théière, qu’elle tenait levée, prête à être remplie. — Cela prouve que vous y venez rarement… Pourquoi ne venez-vous pas plus souvent ? — Quand je viens, ce n’est pas pour regarder les meubles de Mrs. Peniston. — Allons donc ! — fit-elle. — Vous ne venez jamais… et pourtant, quand nous nous rencontrons, nous nous entendons si bien ! — Peut-être, — s’empressa-t-il de riposter, — est-ce la raison. Je crains de ne pas avoir de crème… accepterez-vous une tranche de citron, à la place ? — Je le préfère. (Elle attendit jusqu’à ce qu’il eût coupé le citron et qu’il en eût déposé une mince rondelle dans sa tasse.) Mais ce n’est pas la vraie raison, — insista-t-elle. — La raison de quoi ? — De ce que vous ne venez jamais. (Elle se pencha en avant, avec une ombre de perplexité dans ses yeux d’enchanteresse.) Je voudrais tant savoir, je voudrais tant vous comprendre !… Naturellement, je sais qu’il y a des hommes à qui je ne plais pas… cela se voit tout de suite. Et il y en a d’autres qui ont peur de moi : ils s’imaginent que je désire les épouser. (Elle lui sourit franchement.) Mais je ne crois pas vous déplaire… et vous ne pouvez pas vous imaginer que je désire vous épouser.

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