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C'était le premier mandat qui avait été confié à Eusébio depuis qu'il avait été admis au sein de la Fondation, ce groupe très fermé qui s'était fixé pour devoir de lutter contre la maltraitance animale en général, partout dans le monde. Le dossier qui lui avait été confié au terme d'une séance qui s'était déroulée à Madrid, dans l'un des salons feutrés de l'hôtel Villa Real, situé dans le centre culturel de la capitale espagnole, était de faire abolir la corrida avec mise à mort du taureau dans les arènes du sud de la France et dans la péninsule ibérique.
Lors de la séance madrilène précitée, l'Italien avait été une nouvelle fois longuement interrogé sur ses convictions et avait dû expliquer en long et en large son ressenti par rapport à cette problématique, même si c'était un sujet qu'il ne maîtrisait pas du tout. Ses seules connaissances en la matière consistaient en diverses informations qu'il avait pu lire dans certains magazines ainsi que sur ce qu'il avait pu voir sur Internet. Il avait ainsi parlé en toute liberté de ce qu'il pensait de ces tortures infligées par les humains aux animaux en général et principalement aux taureaux dans le cas particulier, ce qui conforta, si besoin était, les membres du comité de la Fondation sur les bienfaits d'avoir accepté Eusébio dans leurs rangs. Ce dernier avait, à cette occasion, reçu un épais dossier sur le sujet et était rentré à Lausanne sitôt la séance terminée.
Son amie Céline, qui depuis peu partageait avec lui l'appartement mis à sa disposition par la Fondation à la route de Berne 24 à Lausanne, à l'angle de la route de Berne et du chemin de la Feuillère, le soutenait de toutes ses forces dans ses convictions et ensemble, ils avaient eu de nombreuses et longues discussions sur la façon dont Eusébio allait s'y prendre pour tenter de régler ce délicat problème. C'est que c'était une tâche totalement nouvelle qui était diamétralement opposée à son activité précédente au service de renseignements de l’État du Vatican. Jusqu'à maintenant, il avait eu un rôle d'exécutant, jouant parfois au gros bras pour résoudre des énigmes liées à la sécurité intérieure et extérieure du Vatican alors que dorénavant, il allait devoir surtout négocier afin de mettre un terme à une tradition soi-disant ancestrale, l'art de la tauromachie, si tant est qu'il s'agisse bien d'un art. Et ça n'allait pas être une mince affaire.
L'origine des jeux tauromachiques et leur déroulement restaient opaques et il fallait se résigner à l'incertitude. Selon certains historiens, les premières courses de taureaux dont on avait connaissance dataient des fêtes royales en 815 après Jésus-Christ, dans les Asturies, dans le nord de l'Espagne. Mais il fallait attendre le 18ème siècle pour en savoir un peu davantage sur le combat lui-même. Tout ça, Eusébio l'ignorait totalement et l'avait découvert en étudiant les documents reçus à Madrid. La Fondation, basée à Fraser Castle, près de Kemnay en Écosse, avait fait un long travail de recherche afin de lui préparer un dossier le plus complet possible sur le sujet.
Aussi, dès son retour de Madrid, il s'était plongé dans l'étude de son dossier pendant que Céline poursuivait son activité de secrétaire auprès du commandant de la police municipale de Lausanne, le commandant Robin. Eusébio l'avait rencontrée au cours de la dernière mission qu'il avait été appelé à effectuer pour le compte des services secrets du Vatican, et depuis, ils ne s'étaient pratiquement plus quittés, si ce n'est lors des absences du bel Italien pour son nouveau job. Et celles-ci étaient quand même relativement assez fréquentes. Mais les deux amoureux avaient également débattu longuement de ce sujet. Ils étaient tous les deux très indépendants, avaient vécu seuls pendant plusieurs années et les séparations à venir ne leur faisaient absolument pas peur. Au contraire, ces absences leur permettraient de se rendre compte si leurs sentiments étaient assez solides pour envisager quelque chose de plus sérieux pour la suite.
Après avoir étudié son sujet du mieux qu'il put, Eusébio se sentait prêt à entamer cette première mission. Il était en effet difficile de préparer des plans d'action tant qu'il n'avait pas pu prendre la température sur place, comme il aimait à le dire.