(LE POINT DE VUE : ANGELICA)
— Je m’appelle Enzo, princesse.
Il attrape rapidement ma main avant de l’embrasser, ce qui me fait rougir nerveusement.
— Ravie de te rencontrer, Enzo.
Je retire aussitôt ma main, un peu déconcertée par son geste soudain.
— Je comprends profondément maintenant pourquoi il te favorise, princesse, mais c’est inquiétant qu’il t’ait laissée sans surveillance et sans protection.
Ses paroles me donnent un mauvais pressentiment. Je sens que quelque chose ne va pas.
Je sais que je dois avancer avec une extrême prudence dès que je remarque deux individus menaçants habillés en noir juste derrière moi. Je ne les ai même pas vus arriver. J’aurais pu être kidnappée à cause de ça.
Quand je réalise que je ne survivrai peut-être pas à cette journée, une peur soudaine me prend. Marcello m’avait pourtant prévenue, et je ne l’ai pratiquement pas écouté.
— Tu n’as pas besoin de t’inquiéter, princesse, je ne te ferai pas de mal. Je mordrais plus que je ne peux mâcher si je devais jamais te blesser. Tu es, après tout, la principessa degli inferi.
Je fronce les sourcils. Il vient de parler en italien à la fin… Je ne comprends pas le dernier mot qu’il a prononcé.
Un mot que je ne connais pas en italien.
— Q-qu’est-ce que tu veux ?
Je n’arrive toujours pas à me détendre malgré ses paroles.
— Je ne suis qu’un allié de ton petit ami. J’espérais qu’en discutant avec toi, je pourrais lui parler. S’il te plaît, fais-lui savoir que je souhaite seulement lui parler pour clarifier les événements malheureux de l’autre jour à son sujet et à celui de mon jeune frère.
Ses explications me laissent encore plus perplexe.
— C-ce n’est pas mon petit ami.
Je le corrige, en comprenant maintenant qu’il parle très probablement de Marcello.
Je suis peut-être naïve, étrange et un peu idiote… mais pas stupide.
— Est-ce vrai, princesse ?
Il garde un petit sourire sur le visage et m’observe attentivement. Je ne réponds pas à sa question.
— Que représente-t-il pour toi, alors ?
Je garde le silence. Pendant qu’il me pose cette question, il commence à se déplacer lentement dans la direction opposée.
— Désolée, mais je dois y aller.
Je m’écarte dès que j’ai fini de parler, mais il s’avance immédiatement devant moi. Mon cœur bat à toute vitesse.
Je n’aime pas du tout cette situation, quelque chose sonne faux. Je regrette de ne pas avoir écouté Marcello maintenant que je comprends pourquoi il m’avait dit que c’était dangereux d’être ici.
— Princesse, je n’essaie pas de te déranger ou de te mettre mal à l’aise. Le traité entre M. Ortega et moi n’est pas rompu simplement parce que je te parle et que je m’abstiens de te faire du mal. Malgré la possibilité qu’il ait déjà été rompu, mes hommes et moi sommes désormais dans une position très risquée, avec des cibles possibles autour de nous qui pourraient nous faire enterrer vivants.
Mes yeux s’écarquillent légèrement.
— Attirer l’attention de Marcello à travers toi est probablement notre seule chance de le rencontrer. Je te supplie, puisqu’il a refusé notre réunion concernant le traité de paix, et qu’il a désormais recours à l’enfer… Malheureusement, il aime être imprévisible. Ce qui signifie que nous devons être constamment sur nos gardes. Mener une guerre contre les Ortega, c’est signer notre arrêt de mort. S’il te plaît, tu sembles être quelqu’un de proche de lui.
M. Enzo conclut.
— Tu pourrais aussi te demander si parler avec toi n’est pas déjà un souhait de mort… mais cette question n’a plus vraiment de sens. Nous sommes déjà menacés… à moins que tu ne puisses lui parler.
Je me dis que si ce que M. Enzo dit est vrai, alors Marcello est un homme extrêmement dangereux. Et la personne qui aurait pu tirer sur lui serait peut-être son propre frère.
Je réfléchis en me mordant la lèvre. Je savais que Marcello était dangereux, mais pas à ce point. Pas au point d’être considéré comme une menace mortelle.
Et pourtant… comme la folle que je suis, je ne peux pas m’empêcher d’avoir pitié de cet homme devant moi. Tout comme j’ai de la pitié pour Marcello.
À mes yeux, personne ne mérite de mourir.
Et si je le voyais aux infos demain, mort ?
Je remarque que la rue, où il y avait encore une ou deux personnes il y a peu, est maintenant complètement vide quand je regarde au loin.
Je viens de finir mon service et je me suis arrêtée au supermarché pour quelques courses. Il est maintenant 18h05.