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L'Épouse Rebelle de l'Empereur

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— J'ai couché avec tant de femmes dans ma vie, dit-il, sa voix basse comme un grondement.

Il marque une pause.

— Mais aucune n'avait mis cinquante-cinq nœuds pour m'empêcher de la toucher.

Yan n’est pas une fille ordinaire. Élevée par son grand-père, un général redouté, elle manie l’épée mieux que n’importe quel soldat. Mais son destin bascule lorsque l’Empereur, pour sceller un pacte de paix, la réclame comme concubine. Humilié, son grand-père accepte pourtant : c’est un piège. Yan a une mission : séduire l’Empereur, gagner sa confiance, le tuer, puis revenir plus forte.Elle entre à la Cité Interdite avec un masque de fille fragile, prête à tout. Mais dès son arrivée, l’Empereur la démasque. Il a compté les cinquante-cinq nœuds de sa robe. Il déchire ses vêtements, la tire par la gorge, l’oblige à s’agenouiller. Entre la haine qu’elle lui voue, le devoir de vengeance, et le trouble que ce corps d’homme éveille en elle, Yan perd pied. Le prédateur est peut-être en train de devenir la proie.

Avertissement : Cette œuvre est strictement réservée à un public majeur averti. Elle aborde des thématiques complexes et contient des scènes de sexualité non consensuelle qui ne conviennent pas aux lecteurs sensibles.

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Chapitre 1 : L'Agneau et ses dents
Le palanquin cahote sur la route impériale. Les rideaux pourpres se soulèvent par à-coups, laissant entrer un vent chargé de poussière et de mauvais présages. Je n'ai pas prononcé un mot depuis six heures. Assise en tailleur sur les coussins de soie, mon épée posée en travers des genoux, je regarde défiler les arbres dénudés. À côté de moi, Vieille Mei ronfle doucement, la bouche entrouverte, un manuel d'étiquette posé sur son ventre comme un nourrisson mal aimé. — Tu devrais réviser les vingt-sept saluts, a-t-elle grommelé avant de sombrer dans le sommeil. Il paraît que l'Empereur est très pointilleux. J'ai hoché la tête. Docile. Calme. Comme je le suis depuis des années. À l'intérieur de mon crâne, je compte les façons de tuer un homme avec une épingle à cheveux. Une. Par l'oreille. Deux. Par la carotide. Trois... Le palanquin s'arrête brusquement. Vieille Mei se réveille en sursaut. — Qu'est-ce que— Un cri. Puis un autre. Puis le bruit mou d'un corps qui s'effondre. J'écarte le rideau. Devant moi, la forêt est devenue un champ de bataille. Une vingtaine d'hommes masqués dévalent des arbres, lames au clair. Mes gardes — douze soldats d'élite du clan Tiexin — dégainent trop lentement. Le premier tombe, gorge tranchée. — Des brigands, souffle Vieille Mei en blêmissant. Par les dieux, nous allons mourir— Je suis déjà dehors. Je ne me souviendrai plus tard de mes mouvements. Mon corps les connaît mieux que mon esprit. L'épée sort du fourreau dans un sifflement métallique. Premier homme : traversé. Deuxième : décapité d'un revers. Troisième : je lui plante la lame dans le ventre et le soulève comme un pantin désarticulé. Le sang gicle sur mon visage. Sur ma robe de cérémonie bleu ciel, brodée de nuages d'argent. Sur mes mains que j'ai apprises à ne pas faire trembler. Quatrième. Cinquième. Sixième. Les brigands ne sont pas des brigands. Leurs techniques sont trop propres. Trop militaires. Je reconnais la garde basse de l'école du Serpent du Nord. Des hommes de l'Empereur. Une mise à l'épreuve. Je souris. Le dernier assaillant a le temps de voir ce sourire avant que je ne lui brise le genou d'un coup de pied, que je ne le retourne et que je ne lui plante sa propre dague dans l'œil. Silence. La route impériale est jonchée de cadavres. Le sang forme des flaques où le ciel gris se reflète comme dans des miroirs brisés. Mes gardes me regardent. Pas avec soulagement. Avec horreur. Leurs bouches sont ouvertes. L'un d'eux, un jeune à la moustache encore mal taillée, recule d'un pas. J'essuie ma lame sur la tunique d'un mort. Puis je remonte dans le palanquin, je rajuste mes manches, et je dis d'une voix parfaitement calme : — Nous pouvons reprendre la route. Vieille Mei me dévisage, le manuel d'étiquette toujours posé sur ses genoux. — Tu as du sang sur la joue. — Je sais. — L'Empereur déteste le désordre. J'attrape un mouchoir et m'essuie lentement. Sous le tissu, mes lèvres forment un mot silencieux : Tant mieux. --- La Cité Interdite apparaît à l'heure du crépuscule. Murs d'ombres. Toits de tuiles jaunes comme des dents de dragon. Je n'ai jamais vu quelque chose d'aussi imposant. Quelque chose d'aussi laid. Le palanquin traverse la Porte de Midi. Les gardes impériaux nous escortent sans un mot. Ils ont entendu parler de l'embuscade. Ils me regardent comme on regarde un tigre qu'on enferme dans une cage trop petite. Dans la cour du Trône Céleste, on me fait descendre. L'Empereur m'attend. Il se tient au sommet des marches de jade, vêtu d'une robe noire brodée de dragons d'or. Le vent joue dans ses cheveux longs, retenus par un simple anneau de jadéite. Il est grand. Il est jeune. Il est, je dois me l'avouer, d'une beauté insupportable. Bien sûr, pensé-je amèrement. Les tyrans ont toujours de beaux visages. C'est comme ça qu'ils vous volent votre colère. Je lève les yeux. Mes yeux à moi sont noirs, plats, vides de toute émotion. Pendant un battement de cœur, je le regarde. Il me regarde. L'air entre nous se charge de quelque chose d'électrique, de dangereux. Tu es un misérable, pensé-je. Et je vais te détruire. Mes doigts se crispent sur ma robe. Puis, comme une lumière qui s'éteint, mon visage change. Mes épaules s'affaissent. Mes yeux s'arrondissent. Ma bouche s'entrouvre, comme une enfant perdue dans une forêt. Je m'avance de quelques pas, je vacille — parfaitement, artistiquement — et je bascule en avant. L'Empereur bouge plus vite que je ne l'avais anticipé. Ses bras m'enlacent avant que je ne touche le sol. Il sent le santal et le cuir. Ses mains sont chaudes contre ma taille. Je fais tout mon possible pour ne pas me raidir. — M— Majesté, soufflé-je d'une voix que j'espère fragile. Je baisse les cils. Je suis... je suis si fatiguée. Le voyage... et ces horribles brigands... Je lève les yeux vers lui. Des yeux de biche prise au piège. Des yeux qui disent protège-moi, je ne suis qu'une pauvre petite chose. L'Empereur me regarde. Pendant une longue seconde, il ne dit rien. Son pouce trace un cercle distrait sur ma hanche. Ses yeux noirs — des yeux qui ont vu des armées brûler — plongent dans les miens comme s'il lisait chacune de mes pensées, chacun de mes meurtres, chacun de mes mensonges. Puis il sourit. Ce n'est pas un sourire aimable. C'est un sourire de loup qui vient de trouver un agneau — mais qui se demande pourquoi l'agneau a des dents. — Sois la bienvenue, dit-il doucement. Sa voix est basse, chaude, comme une promesse de mort. Mon épouse. Je baisse la tête contre sa poitrine. Je l'entends rire, un rire silencieux qui fait vibrer son torse. Je compte ses battements de cœur. Un. Deux. Trois. Bientôt, misérable. Bientôt.

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