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Psychopathologie de la vie quotidienne

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Découvrez un nouveau numéro en version numérique de la revue littéraire belge Marginales

Quel fut exactement l'impact de ce livre étrange au moment de sa parution ? On peut gager qu'il eut le destin des ouvrages savants : il fit quelques remous dans la profession, il intéressa les curieux, dut alimenter la rumeur dans les cercles mondains qui se piquaient de science. Furent-ils nombreux, ceux qui mesurèrent que venait de paraître l'une des plus lumineuses percées dans le fonctionnement de notre vie intérieure ?

Cette "Psychopathologie des Alltaglebens" parut donc il y a exactement cent ans, à l'aube de ce siècle que nous venons à peine de quitter. Il y a déjà dans ce titre, qui confronte une notion médicale, la psychopathologie, à la désignation de la banalité de nos jours, cette fameuse "vie quotidienne", comme un choc poétique : Freud a dû mesurer cette collision du clinique et de l'ordinaire, cette contradiction volontaire, en grand écrivain qu'il était. Au fond, dans cette étude, il y insiste d'ailleurs, il ne se penche pas sur des maux majeurs, ils veut plutôt montrer que dans qu'il y ait de quoi s'inquiéter, sans qu'il faille en appeler à la médecine, fût-elle de l'âme, nous sommes sans cesse en proie à des phénomènes minuscules, à de petits dérèglements qui indiquent que l'inconscient, ce continent qu'il s'est ingénié à explorer, se livre à ses dérives.

Des poèmes et nouvelles inspirés par la thématique de la vie intérieure avec des écrivains comme Véronique Bergen, Luc Dellisse ou encore Yves Wellens.

À PROPOS DE LA REVUE

Marginales est une revue belge fondée en 1945 par Albert Ayguesparse, un grand de la littérature belge, poète du réalisme social, romancier (citons notamment Simon-la-Bonté paru en 1965 chez Calmann-Lévy), écrivain engagé entre les deux guerres (proche notamment de Charles Plisnier), fondateur du Front de littérature de gauche (1934-1935). Comment douter, avec un tel fondateur, que Marginales se soit dès l’origine affirmé comme la voix de la littérature belge dans le concert social, la parole d’un esprit collectif qui est le fondement de toute revue littéraire, et particulièrement celle-ci, ce qui l’a conduite à s’ouvrir à des courants très divers et à donner aux auteurs belges la tribune qui leur manquait.

Marginales, c’est d’abord 229 numéros jusqu’à son arrêt en 1991. C’est ensuite sept ans d’interruption et puis la renaissance en 1998 avec le n°230, sorti en pleine affaire Dutroux, dont l’évasion manquée avait bouleversé la Belgique et fourni son premier thème à la revue nouvelle formule. Marginales reprit ainsi son chemin par une publication régulière de 4 numéros par an.

LES AUTEURS

Jacques De Decker, Pierre Mertens, Patrick Roegiers, Philippe Jones, Yves Wellens, Thilde Barboni, Adolphe Nysenholc, Jean Jauniaux, Richard Miller, Claire Lejeune, Liliane Schraûwen, Véronique Bergen, Luc Dellisse, Jean-Baptiste Baronian, Claude Javeau, Emmanuèle Sandron, Roger Foulon, Laurent Demoulin, Gérard Adam, Jack Keguenne, Guy Vaes, André Sempoux, Caroline Lamarche, Gwenaëlle Stubbe, Karel Logist, Georges-Henri Dumont et Jozef Deleu.

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Éditorial, Jacques DE DECKER
Éditorial Jacques De Decker J’ai été fou pendant trois mois. Plus précisément, pendant trois mois, j’ai cru que j’avais sombré dans ce que Freud appelait une psychose paranoïaque. Parano, oui, j’étais parano : je développais un à un tous les symptômes de cette terrible maladie, patiemment, obstinément, comme d’autres complètent leur collection de flippos Pokémon. Je me disais : « Cette fois, si je réagis de cette façon, si je me vexe, me ferme, si je crois qu’elle m’en veut alors qu’elle ne fait que me demander mon opinion sur sa coiffure (ne serait-il pas temps qu’elle en change, se fasse couper les cheveux), si je vois un piège dans sa question, un reproche (elle trouve que je ne la regarde plus assez, que je n’ai plus d’attention pour elle), vraiment cette fois, c’est que je le suis, parano ! » Et il suffisait de cet avertissement pour qu’aussitôt je me vexe, je me braque, je me ferme comme un enfant injustement puni et que je voie partout des pièges tendus à ma naïveté. Là voilà qui répond au téléphone : pourquoi ne me laisse-t-elle pas décrocher ? Elle n’a donc plus envie d’être seule avec moi, il lui faut un ailleurs, un ciel lointain, une voix au-delà de notre chambre ? Puis la vie a encore une fois accéléré son cours : les jours ont coulé tellement vite que ma folie est passée comme passe une mode, montrons les seins/montrons les jambes. « Cela n’avait rien à voir avec la paranoïa ! » m’a dit Laurine. « Tu étais tendu, c’est tout. » a-t-elle ajouté avant de conclure : « Freud était sans doute l’homme le plus intelligent du XXe siècle. » « Mais nous sommes au XXIe, dorénavant », ai-je répondu, « et Christine Angot est la petite sœur d’Hervé Guibert. » Psychose de la vie quotidienne. La vie quotidienne a tellement violemment accéléré sa course (« Qu’est-ce qui va le plus vite, m’a demandé mon fils, le temps ou une voiture ? ») que j’ai oublié ma folie comme on oublie une quittance de gaz au milieu d’un tas de papiers épars. Une nuit, alors que, déjà couché depuis longtemps, j’attendais le retour de mon amour, qui s’était rendue sans moi à l’Opéra, j’eus la surprise de la voir entrer dans la chambre avec une autre femme. Dans notre chambre. Une femme belle comme un soleil d’hiver incapable de faire fondre la neige mais généreux dans sa lumière, alors que l’amour de mes jours est aussi belle qu’un soleil obscur transperçant de sa flamme les derniers nuages d’automne. Freud n’avait pas tout prévu ! Une femme liquide, souple et droite, tandis que mon amour est un parfum solide et rond. Une femme invisible se superposant à la seule femme que jusque-là je voyais vraiment. Pendant trois heures, j’ai été pervers. En passant de l’une à l’autre, du satin à la soie et de la gazelle à la chatte, je songeai au Christ, au chemin de croix de sa naissance, lui qui fut le seul être humain à déchirer l’hymen de sa mère en venant au monde. J’imaginais un pénis non pas pénétrant un vagin, mais sortant d’un vagin, comme une tête de nourrisson. Pervers, vous dis-je. Pervers pendant trois heures, paranoïaque pendant trois mois, homosexuelle pendant trois nuits. Freud n’aurait pas pu le prévoir. Qu’en est-il du Malaise lorsque meurt une civilisation ? Mouvant, vibrant, virtuel, double, triple, ondulatoire, le Malaise s’ouvre et se ferme à la manière de l’inconscient – l’inconscient qui, depuis l’époque du grand Freud, s’est refermé comme une huître effarouchée : ayant dirigé dans l’ombre les hommes durant des siècles, il avait été désagréablement surpris d’être démasqué par le divin Viennois, d’être soudain montré du doigt, théorisé, nommé, analysé. Le regard de Freud l’avait mis sous hypnose, il était paralysé. Mais dès que l’auteur de L’Interprétation des rêves rendit son dernier souffle, l’inconscient fila entre les yeux des disciples et se construisit de nouvelles cachettes. « Celui-là, pour se faire du dos sur l’argent des autres… » me dit Marie : mais que signifie son lapsus ? Et puis, tout va désormais tellement vite que plus personne n’a le temps de s’asseoir pour écouter les appels à l’aide lancés par les mots prisonniers de l’inconscient. Quand elle est entrée avec l’autre, quand j’ai hésité avant de dire mon opinion sur sa coiffure. La vie quotidienne elle-même n’est-elle pas devenue psychopathologique ? Lorsque, au bout de la nuit, l’inconnue de l’opéra est repartie, mon amour s’est endormie près de moi. Il était l’heure : je me suis levé et j’ai réveillé les enfants. L’école, soulignez les déterminants et entourez le groupe nominal. Plusieurs mondes dans le même monde, plusieurs vies dans la vie, plusieurs civilisations dans le même Malaise, informe, protéiforme, innommable. Plus tard dans la journée, après avoir cru apercevoir de loin mon ami mort d’overdose à la bière, j’ai rendu visite à mon grand-père, l’homme qui arrive encore à croire en Dieu et qu’il-faut-se-marier-avant-de-f***********r. Même si la mode est très sein, cette année. « Aujourd’hui, me dit Laurine, l’Occident recule à nouveau devant la lumière de la raison. Sa religion s’appelle désormais technoscience. Le XXIe siècle trouvera son obscurité dans le scientisme et dans les antidépresseurs. » Puis elle ajoute : « Lacan est certainement le plus grand philosophe du XXe siècle. » « Heureusement, il reste la littérature », réponds-je. « La violence qui écrase Angot, la paternité savitzkayenne, l’attractionépulsion sexuelle de Houellebecq, l’angoisse de Toussaint, le y-a-pas-de-rapport de Camille Laurens et l’appel à la maladie de Guibert. » Nouveau Malaise, nouvelle psychopathologie, nouvelle littérature.

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