Chapitre 2 : Un si bon week-end !-1

2003 Mots
Chapitre 2 : Un si bon week-end !John n’arrêtait pas de se retourner dans son lit. Cela faisait deux jours que le pays était plongé dans une vague de canicule. Les autorités annonçaient déjà que ce mois de juin 2017 battait le record de celui de 1984. À trois heures du matin la température ambiante affichait un peu plus de 22 degrés. Il s’assit sur son lit en sueur, pouvant sentir les gouttes perler le long de son visage et de son corps. Ses cheveux blonds d’ordinaire ébouriffés étaient plaqués du fait de l’humidité. Il mesurait un mètre quatre-vingts, les yeux bleu azur, il était doté également d’une bonne musculature. Il avait 37 ans, devenu bûcheron, il n’avait jamais pu supporter la chaleur. Il vivait grâce à un héritage d’un oncle, qui avait fait fortune dans les parcs de loisirs. Il était originaire de Charlotte en Caroline du Nord, enfant de parents instituteurs, il avait quitté très tôt le nid parental, assoiffé d’aventure, il avait bourlingué à droite à gauche, notamment à l’armée où il avait servi pendant cinq années, dans les commandos des forces spéciales. À la mort de ses parents, il s’était établi à Pomerol pour échapper aux bruits des grandes villes pour se permettre de profiter de la tranquillité d’un petit village dans la nature. N’arrivant pas à dormir, il décida d’aller se rafraîchir un peu dans la salle de bain. Il ouvrit le robinet et se passa abondamment de l’eau fraîche sur la figure. En se relevant vers le miroir, ses yeux s’arrêtèrent sur son reflet. Ce dernier lui renvoya l’image d’un homme fatigué par les aléas de la vie et aux traits assez durs. Cette apparence était toutefois atténuée par ses grands yeux bleus. Sachant qu’il n’arriverait pas à dormir, il décida de sortir dehors pour essayer d’y trouver un peu plus de fraîcheur. Il se dirigea vers le jardin et se coucha sur l’herbe touffue qui n’avait pas été coupée depuis le printemps. Il était seul depuis qu’il avait perdu sa femme Ketty, il y avait tout juste un an, suite à un week-end tragique. Ils étaient mariés depuis huit ans et n’avaient pas encore d’enfants. John habitait dans un petit chalet qu’il avait construit lui-même avec l’aide de sa femme. Ils avaient à l’époque le projet de l’agrandir quand viendrait le moment d’avoir des enfants. Tout cela fut stoppé par la disparition soudaine de sa femme. Face au chalet se trouvait le mont Météore, reflétant ses beaux reflets d’argent, grâce au clair de lune, défiant qui veut l’affronter. Étendu, John pensait à ce dernier week-end qu’il avait passé avec Ketty, l’été précédant vers les grottes. C’était un samedi, le 12 juillet 2016, la journée s’annonçait exceptionnelle, accompagnée d’un magnifique ciel bleu sans nuages. Ketty était une fille du village, qu’elle n’avait jamais quitté, mis à part pour ses études d’infirmière à Dandridge Tennessee. Son père possédait une scierie très réputée dans la région et faisait travailler beaucoup de monde. John avait été embauché comme bûcheron par son père, qui en l’espace de quelques années était devenu son associé. C’est comme cela qu’il avait connu sa future femme. Pour leur mariage les parents de Ketty leur avaient offert un terrain comme cadeau où le couple décida d’y construire un chalet. Ketty était blonde avec des nattes que John affectionnait particulièrement. Tout comme John elle était plutôt grande et mince. Elle possédait également quelques taches de rousseur qui lui allaient à ravir. Elle laissa tomber ses études d’infirmière en dernière année de fac, étant follement amoureuse de John, juste après son retour, ils se marièrent. Cinq années plus tard, ses parents périrent dans un tragique accident de voiture, suite à un glissement de terrain, ils finirent dans un précipice cent mètres plus bas. Par la suite John abandonna son métier, afin de rester auprès de sa femme terrassée par le chagrin. La veille du week-end du 12, John lui avait fait une surprise en lui annonçant qu’ils se rendraient aux grottes afin d’y passer deux jours. Elle sauta de joie rien qu’à l’idée de faire du camping. Ce matin-là Ketty s’affairait dans sa cuisine, préparant un excellent petit déjeuner dont elle avait le secret. Celui de la manière de cuire les œufs au plat notamment, que sa mère lui avait appris, comme personne ne savait le faire, ajoutant du bacon, du pain grillé et un bon café bien chaud. John pendant ce temps chargeait le 4x4 dans le garage avec le matériel dont ils allaient avoir besoin, pour un minimum de confort. Il était très ordonné, tout était rangé à sa place sur les rayonnages, facilitant les recherches du matériel. L’odeur du petit déjeuner venant titiller son odorat, John arrêta le chargement pour la rejoindre dans la cuisine. Elle était à sa cuisinière, arrivant tout doucement derrière elle, il l’embrassa sur la nuque, puis la retourna pour lui donner un long b****r passionné. –Je n’ai pas résisté à la douce odeur de ton petit déjeuner Ketty, je mangerais un bœuf ! –Eh bien, commence par les œufs, ils sont prêts, le bacon aussi, j’amène le café. Tu as fini de charger le 4x4 chéri ? –Juste quelques bricoles, mais oui le plus gros est fait. Miam ! Toujours aussi bon tes œufs, bravo ma chérie, mais tu as oublié le pain grillé ! –Zut le pain grillé ! Il est dans le four ! J’espère qu’il n’est pas brûlé ! Non ça va heureusement que tu en as parlé ! –Alors John, tu crois que ce n’est pas dangereux d’aller là-haut après tout ce qu’on a pu entendre depuis des années ! –Il n’y a plus d’interdiction depuis huit ans ! Et je te le dis, depuis tout petit je rêve de le faire au moins une fois, j’assouvirai enfin ma curiosité ! –Je t’avoue que moi aussi, en secret j’ai très envie d’y aller également. –Très bien finalement sans le savoir, on avait la même chose en commun depuis des années ! Après le délicieux petit déjeuner, John et Ketty allèrent se préparer pour leur petite aventure en amoureux. –Tu es prête ma chérie ? –Oui j’arrive John, encore deux minutes ! « Ha ! Les femmes, pensait-il, toujours des minutes en plus ! » Mais quelques instants plus tard, elle apparut dans une petite robe bleue bordée de blanc, un chapeau de paille avec des petites fleurs piquées sur le dessus, elle était superbe finalement cela valait le coup d’attendre. Huit heures ! le départ était donné, direction les grottes. Dans la voiture Ketty chantonnait, heureuse de la journée qui se profilait à l’horizon. Quinze kilomètres plus loin, ils arrivèrent à la passe de Wet, le véhicule ne pouvant aller plus loin, celui-ci avait été aménagé en 1937 dû à l’augmentation de circulation des voitures. Tous deux prirent leurs sacs à dos bien chargés et entamèrent l’ascension du mont sur cinq kilomètres, pour deux heures de marche pour de bons grimpeurs, par un chemin sinueux et escarpé, le prix à payer pour accéder au Graal. Une heure de marche était écoulée, quand Ketty demanda à John de s’arrêter un instant, pour boire de l’eau fraîche, ainsi que de souffler quelques minutes. –C’est encore loin John ? J’ai un peu mal aux pieds ! Je dois avoir une ampoule ! –Encore une bonne heure ma chérie ! mais on a tout notre temps. C’est vrai que je suis parti un peu vite pour toi, excuse-moi Ketty. –Non ça va aller, il faut juste que je reprenne le rythme, cela fait un moment que je n’avais pas fait une telle marche. –D’ici quinze minutes le chemin va devenir très étroit et dangereux Ketty, il faudra bien faire attention où tu marches d’accord ! –D’accord John, je te suis. En effet plus loin le chemin devenait vraiment exigu, à peine 50 centimètres de large à certains endroits, parsemé de cailloux tombés de plus haut. Le ravin donnait le vertige, plus de 200 mètres de vide vous attiraient comme un aimant. Ketty s’adressa à John. –Chéri je crois que j’ai le tournis, j’ai vraiment peur de tomber ! Je me sens mal. –Ne bouge plus j’arrive, mets-toi accroupie, c’est plus sûr, le temps que je vienne jusqu’à toi. Une fois vers elle, John prit son sac à dos, en sortit un baudrier pour l’en équiper, puis à l’aide d’un mousqueton, il attacha une corde la reliant à son propre baudrier, l’assurant ainsi en cas de chute. –Surtout ne regarde plus en bas, ne fixe que mon dos dorénavant, d’accord ! –Oui John, tu peux avancer ça va aller ! Ketty la peur au ventre avançait à petits pas, quand après dix minutes, trop près du bord, le sol se déroba sous ses pieds, lui faisant perdre l’équilibre. Elle chuta dans le vide ! –Aaaaahhhhhh ! John je tombe mon Dieu ! John encaissa le poids de sa femme et du matériel d’un coup net. À l’aide de son piolet qu’il avait dans sa main, il le planta dans le sol instantanément, pour arrêter la glissade qui allait être fatal pour lui aussi, en le faisant tomber à son tour. –Arrête de bouger Ketty ! Attends je vais te tirer de là ! mais il faut que j’assure mon point d’appui, sinon on tombe tous les deux ! Au bout de la corde Ketty suspendue dans le vide, elle tanguait de gauche à droite, fermant les yeux pour ne plus avoir à affronter cette vision d’horreur qu’était ce vide sans fin. John essaya avec l’aide d’un seul bras, pendant que l’autre tenait le piolet, de chercher dans son sac un piton et un marteau afin de l’enfoncer celui-ci dans la roche, pour pouvoir descendre en rappel. Mais Ketty ayant perdu son sang-froid, donnait des à-coups à la corde qui vibrait, lui rendant la tâche encore plus difficile ! –Ne t’agite plus chérie ! Je vais perdre mon seul point d’appui ! –C’est trop dur John ! J’ai le corps qui tremble, je n’y peux rien, c’est plus fort que moi ! –Bon ! Tu vas jeter ton sac, j’aurai moins de poids à supporter. À ces mots Ketty prit sur elle sa peur, pour lâcher la corde qu’elle tenait de ses deux mains fermement, afin de pouvoir détacher son sac à dos. –John ! Je n’y arrive pas ! C’est trop difficile à atteindre. –Respire à fond, essaye de reprendre ton calme et écoute-moi ! Prends le canif que je t’ai donné avant de partir, et coupe les sangles du sac, tu l’as à ta ceinture, attention de ne pas couper la corde qui est reliée à ton baudrier, sois bien attentive. Elle prit le canif et regarda plusieurs fois de suite les sangles, la crispation la faisait trembler, ses yeux se brouillaient mélangés aux larmes qui coulaient, ne sachant plus laquelle il fallait couper ! Respirant un grand coup, s’essuyant d’une main ses yeux, elle se concentra pour visionner les sangles, à partir du bas pour remonter jusqu’aux épaules, puis repensant que c’était le sac à dos qu’elle avait mis en premier, elle dégagea celle de dessus et glissa la lame entre la sangle et sa robe qui finalement n’était pas très adéquate pour ce genre de randonnée. Elle ferma les yeux et d’un coup sec trancha la sangle dégageant en partie le sac à dos d’un côté, puis fut le tour de la deuxième, le sac chuta immédiatement en direction du sol 200 mètres plus bas. John, après avoir attendu la perte du sac, finit par trouver ce dont il avait besoin, il enfonça un piton en acier dans la roche de la paroi, servant de point d’ancrage fixe, étant le moyen le plus sécurisant pour effectuer le sauvetage. Laissant juste l’anneau de fixation, il passa une dégaine à l’intérieur du trou puis fit un demi-cabestan avec la corde. Fixant la corde qui pendait devant lui dedans, il la saisit pour y engager une pince pour bloquer la corde, enfin jambes tendues, les pieds appuyés sur la roche, il entama sa descente en rappel afin de se dégager du chemin. Une fois plus bas, il hissa sa femme du bout de corde qui les séparait, et une fois à sa hauteur, lui dit : –Ne bouge surtout pas ma chérie, je vais passer un mousqueton dans ton baudrier, voilà tu es sur l’autre corde maintenant, on ne risque plus de tomber. Il coupa la corde d’où ils étaient reliés au départ. Ensuite à l’aide de la pince autobloquante, il remonta avec elle jusque sur le chemin. –J’ai cru que mon heure avait sonné John ! Quel cauchemar ! –C’est fini maintenant ma chérie, tu es dans mes bras ! Tu ne crains plus rien, on est à quinze minutes de l’arrivée, si je ne me trompe pas, vu ce que l’on m’a expliqué au village. Le reste des passages se fit sans encombre jusqu’au moment, on pouvait enfin entrevoir la fin du couloir exigu, donnant sur l’ouverture de plateau signe de la fin du périple. Les grottes étaient alignées le long de la paroi face au joli parterre de verdure parsemé de fleurs. De plus près, on pouvait voir effectivement la couleur argentée sur la roche. –C’est magnifique John, même après ce qui s’est passé, cela vaut le coup ! –Jusqu’à présent je pensais que c’était trop dangereux pour toi et cela a bien failli ! dit John essoufflé.
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER