Le silence du désert
Chapitre II : Le lion
Partie onze
Jade
Une semaine est passé depuis mon arrivée au camp. J'ai rapidement su prendre mes marques et comprendre ce qu'ils voulaient : des femmes fortes et courageuses.
Alors c'est ce que je leur montre. Je montre à tous que je suis une femme dur, sans aucune craintes. Et pourtant des craintes j'en ai des miliers. J'étais tétanisée à chaque secondes passées dans ce camp, j'avais peur qu'on découvre la réalité. J'avais l'impression qu'il y avait marqué "JE NE SUIS PAS LÀ POUR ÇA" sur mon front, je me demande ce qui allait m'arriver si on apprenait que je n'étais pas du tout des leurs.
Ce que je veux c'est réussir l'ultime combat pour ensuite demander une formation d'institutrice, dans les écoles j'ai plus de chances de retrouver ma fille. En attendant faut que j'essaye d'avoir le plus d'information possible. Peut-être que d'ici là, j'en apprendrai plus.
6h30
-On se réveille !
La lumière du jour pénètre dans la tente, le soleil me brûle les yeux et je ne pus me retenir de marmoner quelques injures.
-Vous avez quinze minutes pour vous préparer.
Je soupire et me lève du lit. Chaque matin c'est la même chose, 6h30 on se réveille et nous avons exactement quinze minutes pour prendre nos douches et nous habiller. Pas une minute de plus. Ils sont très pointilleux.
Je vais à la douche sans décrocher un mot et retourne au dortoir pour pouvoir m'habiller. Pour les entraînements et seulement pour les entraînements, nous avons le droit de nous habiller avec des habits amples et un simple hijab, on est pas obligé de mettre un niqab ou un jilbeb.
Cependant, ici on est obligé de porter le voile.
-Eh !
Je me tourne et tombe sur une des femmes. Si je me trompe pas elle s'appelle Fatima et elle est âgée d'une trentaine d'années.
-Pourquoi je te sens pas ? me demande t-elle.
-Sûrement un problème avec ton nez, rétorquais-je.
-Tu te sens drôle ?
-Viens pas chercher les embrouilles.
-C'est pas parce que t'es la plus forte ici que tu as ta place.
-Oh je suis la plus forte ? Merci je suis flatée, dis-je pour la provoquer
-T'es au dessus de personne.
-C'est sortit de ta bouche pas de la mienne.
-Ja vais trouver ta faiblesse et crois moi que je te piétinerais avec.
Je m'approche d'elle jusqu'à arriver à sa hauteur et la regarde de mes yeux noirs. Je ne laisse rien apparaître sur mon visage, même pas de la colère. J'avais remarqué ses regards et messes basses depuis quelques jours mais je n'y prêtais pas attention. Je voyais bien qu'elle essayait de monter un peu son groupe contre moi, je comprends maintenant que c'était par simple jalousie.
-Je t'attends, et quand t'arriveras juste à m'arriver à la cheville tu me feras signe.
Elle me lance un sale regard et quitte la tente. Qu'est-ce qu'elle me veut cette conasse ? À ce que je vois, ma personalité de fille solitaire et determinée ne plait pas à tout le monde. Et bien je m'en contre fiche.
Toutes les femmes ici sont très soudées sauf que moi je n'ai pas le temps pour être amie avec elles. Surtout que je suis ici pour une raison bien différente.
Peut-être que ma stratégie est mauvaise ? Je ne sais pas, mais ce qui est fait est fait.
Une fois ma tenue de sport et mon voile enfilés, je rejoins les autres pour le petit-déjeuner. J'essaye de me mettre en condition, je vous assure que ces entraînements sont loins d'être faciles.
Ismael vient me chercher et nous nous en allons vers la salle d'entraînement. Le programme c'est toujours le même. Deux heures de sport et de cardio, scéances de tirs puis mise en situation.
-C'est quoi la mise en situation aujourd'hui ? lui demandais-je
-Tiens, dit-il en me lançant une fausse arme, tu rentres dans une maison où il y a un criminel qui veut te tuer. Retiens qu'il a une avance sur toi parce qu'il sait qui il doit attaquer, pas toi. Sors et quand une minute est passée, rentre.
J'obtempère et patiente devant la tente en attendant que la minute passe. Je regarde attentivement ma montre et les secondes qui s'écoulent.
-Une minute, soufflais-je.
Je soupire, tend les bras avec mon arme à la main et rentre dans la tente. Je marche doucement en prenant soin de rester vigilante. Mes yeux balayent la salle, chaque recoin à la recherche d'une faille de sa part.
Je me tourne vivement sur le côté gauche puis le droit et continue d'avancer. Je reste concentrée et attentive jusqu'à ce que mes yeux tombent sur la pointe d'une chaussure. Sérieux ? Il aurait pu mieux se cacher.
Je souris sournoisement en le voyant déjà déclarer sa défaite et m'approche doucement. J'avance jusqu'à sa planque et découvre que ce n'est rien de plus qu'une mise en scène. Il a retirer ses chaussures, les a retournés et les a mises minutieusement de sorte à ce que je crois que ses pieds dépassent.
-C'est une blague, marmonais-je en abaissant mon arme
Soudain, un bras vient s'enrouler autour de mon cou. Je me sens durement plaqué contre un torse et une arme braque ma tempe.
-T'es morte.
Sa voix résonne dans mes oreilles, je sens son souffle proche du mien. Cette proximité me gêne beaucoup.
-Jamais baisser son arme, jamais se fier aux traces que laisse l'adversaire, dit-il doucement dans mon oreille
Nous restons ainsi, une dizaine de secondes avant qu'il se détache de moi et recule. Je me retourne pour être face à lui et retire mon gilet par balle.
-C'est pas du jeu.
-C'est pas un jeu Hanima, faut que tu le comprenne.
-Tu m'as piegé.
-Tout comme ton adversaire aurait pu le faire. Ce que je veux t'apprendre c'est qu'on a pas le droit d'être naïf quand notre vie est en danger.
-...
-Tu as raté ton exercice.
Il retire son gilet, range son arme et sort de la tente. Je grogne de mécontentement et range également la mienne. Ça m'énerve parce que j'ai besoin de cette formation mais faut que je prouve que j'en suis capable. Des erreurs débiles comme celle-ci peuvent me faire échouer.
Je le vois regagner le dortoir des hommes sans se retourner. Ismael, c'est un homme imperceptible et vraiment mystérieux. Un homme qui a le don de dissimuler toutes ses émotions et son regard noir nous empêche de lire quelque chose dans ses yeux.
Je vous accorde une bref description physique. Il est grand et assez musclé. De couleur noir, je dirais qu'il vient d'Afrique du sud, sûrement mélangé à un pays oriental. Le visage balafré et le teint basané. Je ne donnerais pas mon avis sur sa beauté, retenez simplement que ce mec m'insupporte.
Je retourne dans le dortoir, la respiration saccadée. Ses entraînements ça blague pas et je peux vous le dire que mon corps en subit les conséquences depuis une semaine. Je suis courbaturée de partout.
Je me change et remplace ma tenue de sport par une tenue plus adéquate pour le reste de la journée.
Comme chaque après-midi, toutes les femmes se réunissent dans une tente avec une autre femme qui est là pour nous transmettre la science de la religion, du Coran et la signification de quelques hadiths selon eux.
Je dis bien selon eux parce que visiblement, nous ne sommes pas tous sur la même longueur d'onde, sinon ils en seraient pas là.
[...]
Il fait déjà nuit, la moitié du camp dort pendant que je suis assise sur une dune de sable, occupée à laisser mon esprit divaguer, les yeux fixés vers le ciel.
Je pensais à tout, à ma fille, à Hassan, à moi et mon séjour ici.
-Hanima ?
Je me retourne et aperçois le visage d'Ismael éclairé par la lune. Je reprends ma position initiale pendant qu'il prend place à côté de moi.
-Tu fais quoi là ? me demande t-il
-Rien.
-Demain c'est le week-end, on ira dans un autre camp.
-Mmh.
-Faut que t'ailles dormir.
-J'arrive pas.
-Et pourquoi ?
-Je suis pensive.
-Mmh...
-...
-Tu n'as pas de famille ?
-Non.
-Comment ça se fait ?
-Tu espères que je me dévoile ?
-Je connais bien plus de choses sur toi que ce que tu penses.
-Tu crois me connaître ?
-Ouais.
-Et toi ?
-Quoi moi ?
-Pas de famille ?
-J'en ai besoin d'une ?
-On a toujours besoin d'une famille.
-Pas quand on mène une vie comme ça.
-Tu dois avoir quoi ? Je dirais 24 ans.
-26, dit-il pour me corriger
-26 pardon, et tu vas me dire que tu n'a jamais songé à fonder une famille ?
-Qu'est-ce que ça peut te faire ?
-Ah tu sais moi j'étais tranquille jusqu'à ce que tu arrives, c'est toi qui est venu.
-Bonne nuit Hanima.
Il se relève et me tourne le dos. Il s'arrête, me regarde quelques instants puis dit :
-J'ai déjà songé à fonder une famille si tu veux tout savoir, mais le sang a plus régné que l'amour.
Il avance jusqu'à son dortoir avant de disparaître de mon champ de vision. Cet homme, plus il en dit et au final plus il devient mystérieux. Il est tellement...étrange que ça me donne envie d'en savoir plus sur lui, sa vie, son passé. Je sais pas, il m'intrigue, je sens que derrière tout ça y'a une histoire, une grande histoire qui pourrait expliquer qu'il soit si froid.
Ah Jade, à vouloir trop jouer avec le feu tu finiras bientôt par te brûler les ailes.