Chapitre 15

4183 Mots
Anne était donc celle qui entendait les rumeurs et qui ensuite allait chercher les potentielles recrues de la cause. Cette dernière accueillait souvent des personnes d'orientations sexuelles différentes ou qui n'utilisaient pas les pronoms imposés. Télémaque représentait cette dernière catégorie et Oscar et Anne représentaient la première. Mais comment Oscar était-il devenu le mari d'Anne ? Comment avait-il rejoint la cause et surtout comment avait-il découvert qui il était vraiment ? Son histoire n'était pas diamétralement opposée à celle de Télémaque. Après tout, pour lui aussi, tout commença avec l'amour.   Dans cette société pourrie jusqu'à la moelle, Oscar avait toujours été bénéficié par son genre et sa couleur de peau. Il ne s'en rendait pas vraiment compte à l'époque car il ne faisait pas vraiment attention aux autres. Il n'était pas à l'aise en société et préférait éviter les autres tant qu'il était possible. Il lui était cependant plus difficile d'éviter certaines personnes comme les serviteurs du château. Il les croisait quand il arrivait dans la salle à manger ou quand il rentrait à l'écurie. Il ne leur parlait que très peu et était devenu très fort pour faire comme s'ils n'existaient pas mais l'important était qu'il les croisait de temps en temps.   Un jour un nouveau médecin fit son apparition dans le château. Il était assez petit et plus frêle que la moyenne. Sa peau était bronzée et ses cheveux d'un blond désordonné. Oscar ne l'avait presque pas remarqué quand il le croisa la première fois mais en tant que nouvel arrivant il dut le saluer. Il le fit le plus rapidement possible et oublia aussitôt leur conversation jusqu'à ce qu'il le croise de nouveau. Il ne s'attardait pas sur le jeune homme quand il le croisait. Par ailleurs ce qui arrivait de plus en plus souvent. À chaque fois le jeune médecin avait l'air pressé et courait d'un coin à un autre les cheveux toujours aussi désordonnés. Oscar remarqua cela à force de le voir mais n'en pensa pas plus que cela. Le médecin semblait se donner corps et âme à son devoir et c'était le plus important. Il commença cependant à être irrité quand il se rendit compte que peu importe où il allait, le médecin y était aussi.   S'il allait à la bibliothèque, le médecin était endormi sur une pile de livres. S'il allait se promener, le médecin cueillait des herbes médicinales. S'il voulait faire du cheval, le médecin était en train de les caresser avec un grand sourire... Oscar n'aimait pas discuter avec d'autres humains et n'aimait pas qu'on empiète sur son territoire. Il dit donc explicitement au nouveau médecin qu'il ne voulait plus le voir dans ces endroits aux mêmes horaires que lui. Il avait beau se donner dans son travail plus que n'importe qui, l'ancien médecin avait aussi été très bien sans se donner autant de mal. Le médecin comprit et ne se montra plus pendant un moment.   Il fit de son mieux pour fuir Oscar quand il le voyait arriver trop effrayé de sa personnalité sombre pour ne pas tenir parole. Oscar signa des papiers pour que son médecin puisse aider des orphelins des alentours à guérir de diverses maladies. Il ne savait pas vraiment pourquoi il avait fait cela. Après tout son médecin n'avait pas à s'intéresser à des enfants sans intérêt, mais il le fit quand même.   À la suite de cela le nouveau médecin fut plus occupé que jamais et de nombreux enfants vinrent vivre au château le temps de guérir de leurs maladies diverses. Oscar remarqua immédiatement que les lieux devinrent plus animées et il n’aimait pas du tout cela. Mais ayant déjà signé les papiers il se contenta de chercher des endroits au calme dans le jardin où se cacher. Les jardins aussi finirent par être occupés par des enfants qui étaient sur la voix de la guérison et très vite la cachette d’Oscar fut repérée par deux petits garçons d’à peine huit ans.   Ils ne furent pas le moins du monde impressionnés par la carrure de l’homme et s’approchèrent pour savoir ce qu’il lisait. Oscar était au départ réticent et ne répondit pas ce que les garçons ne remarquèrent pas. Ils s’approchèrent et regardèrent par-dessus son épaule les pages pleines de mots inconnus. L’un des deux grimaça :   « Mais il n’y a aucune image. Comment fais-tu pour comprendre ? »   Oscar fronça les sourcils tandis que le jeune garçon levait la tête vers lui attendant sa réponse. Il n’avait encore jamais lu de livres avec des images et était surpris que tout le monde ne faisait pas comme lui.   « Tu ne sais pas lire ? »   Les garçons secouèrent négativement la tête et Oscar fut nettement plus gêné en leur présence. De quoi pouvait-il bien parler avec des enfants qui ne savaient même pas lire ? Ils n’avaient définitivement rien en commun.   « Les images se créent dans la tête quand nous lisons. »   En entendant cela les yeux des garçons se mirent à briller ce qui décontenança Oscar.   « Tu vois ce que tu lis ? -Comme un super pouvoir ? -Je n’appellerais pas cela un super pouvoir mais en effet. -Comment ça marche ? -Quand je commence à lire il me faut du temps pour me plonger dans l’histoire. Mais une fois que je suis dedans je n’entends plus le son du vent et je ne vois plus les pages. Je me retrouve plongé dans l’histoire et je vois les personnages vivre et se battre pour survivre. -Wow ! »   Voir les enfants ainsi touchés par quelque chose d’aussi trivial que la lecture fit sourire Oscar. Il posa son livre sur ses genoux et l’ouvrit à la première page alors qu’il en était presque à la fin.   « Vous voulez que je vous montre ? »   Les garçons hochèrent frénétiquement la tête et Oscar leur dit de fermer les yeux et d’écouter attentivement sa voix. Il lit avec une voix calme et douce qui berçait les enfants mais ils s’accrochèrent au récit pour n’en rater aucune miette. En écoutant Oscar ils se retrouvèrent eux aussi dans ce fameux monde des écris et virent devant eux les personnages auxquels Oscar venait de donner vie. Cependant l’histoire fut coupée à l’arrivée du nouveau médecin et les enfants sursautèrent en entendant leurs noms :   « Ravin, Tiphosz ! Je vous ai cherchés partout. Je vous ai dis de ne pas trop vous éloigner. »   En voyant Oscar, le nouveau médecin ouvrit de grands yeux ronds et fit une révérence des plus gênées :   « Je suis désolé mon seigneur. Je ne pensais pas vous trouver ici. Je m’excuse au nom des garçons pour le dérangement. Cela ne se reproduire plus jamais. »   En voyant la mine sombre d’Oscar, le médecin voulut s’enterrer six pieds sous terre.   « Comment osez-vous nous couper en plein milieu de la lecture ? Nous n’avions pas fini notre chapitre. -Je… Je suis désolé… Je ne savais pas. Je pensais que… -Vous devriez arrêter. Cela ne vous va pas. »   Sur ce, Oscar se racla la gorge et continua de lire au plus grand bonheur des deux enfants. A la fin du chapitre ils supplièrent même d’en lire un autre mais Oscar leur dit que ce serait pour une prochaine fois. Les garçons se levèrent et s’enfuirent avant de se faire réprimander par le médecin. En les voyant faire ce dernier voulut les rattraper mais Oscar le retint :   « Comment se fait-il que ces enfants ne savent pas lire à leur âge ? »   Le médecin sembla surprit de cette question. Comme si Oscar aurait dû connaitre la réponse.   « Ils viennent de familles pauvres mon seigneur. Ils ne peuvent pas se permettre d’envoyer leurs enfants à l’école. -Mais l’école est gratuite et obligatoire pour tout le monde jusqu’à l’âge de 16 ans. -Envoyer les enfants à l’école ne leur rapporte pas d’argent et en plus de cela ils devraient les nourrir. Ils ne peuvent se permettre cela. »   Oscar était perdu. Il découvrait la vérité du monde pour la première fois.   « Mais que feront-ils dans la vie s’ils ne savent pas lire ? -Ils travailleront sûrement à la mine comme jusqu’à maintenant. -A la mine ? Personne ne travaille dans les mines. Des machines sont chargées de cela. »   Le médecin afficha un petit sourire. Le type de sourire que nous affichons en face d’un jeune enfant naïf.   « Des enfants sont nettement moins chers que des machines. -Mais c’est inacceptable. Il faut en parler au conseil. Les enfants n’ont pas le droit de travailler. C’est dans la Constitution. -Les choses changent. »   Oscar chercha ses mots pendant un moment. En voyant qu’il était entrain de paniquer le médecin ne sut que dire. Il n’avait encore jamais vu Oscar ainsi. Il avait pensé qu’il était un noble égocentrique et arrogant comme tous les autres mais d’un coup il se rendit compte qu’il était simplement coupé du monde. Oscar vivait dans ses romans et ne savait absolument rien de ce qu’il se passait au dehors du château. Il décida cependant de remédier à cela et le lendemain proposa à Oscar de l’accompagner faire sa tournée dans le village voisin. Oscar n’était décidément pas préparé pour un tel spectacle. Lui qui se baladait en carrosse et mangeait de la viande à tous les repas n’aurait jamais pensé que certaines personnes vivaient dans les rues et mourraient de faim. Voir la misère de ses propres yeux fut comme une claque et Oscar devint d’un pâleur maladive. Le médecin le tira à l’écart soucieux que c’en était trop pour une journée mais Oscar insista qu’il voulait en voir plus. Il marcha pendant des heures et ne rata aucun détail de la vérité. Il regarda tous les enfants et tous les parents dans les yeux jusqu’à en devenir malade. Il se souvenait de chaque visage et savait qu’ils allaient revenir le hanter dans ses cauchemars. Une fois les pieds en feu Oscar ordonna à ce qu’on ramène toutes ces familles à son château et qu’on leur donne une chambre où dormir. Ses gardes restèrent bras ballants surpris de cette requête ce qui rendit Oscar encore plus effrayant :   « Ne m’avez-vous pas entendu ? »   Il n’en fallut pas plus. Les gardes se mirent au travail et très vite le village perdit la moitié de sa population mais Oscar ne bougea pas. Le médecin s’approcha de lui et resta à attendre patiemment qu’il daigne lui parler.   « Il y a beaucoup d’autres villages comme celui-ci n’est-ce pas ? »   Le médecin hocha doucement la tête. Oscar ne le vit pas mais n’en eut pas besoin. Il savait très bien que ce qu’il venait de voir n’était rien comparé au reste du monde. Il se sentait impuissant et voulait hurler. Il ne s’était encore jamais senti aussi faible et frustré. Il devait faire quelque chose. Il devait sauver tous ces enfants et tous ces adultes. Ils avaient tout autant le droit de vivre que lui. Alors pourquoi est-ce qu’ils mourraient de faim tandis que les nobles les ignoraient ? Les nobles… Oscar serra les dents en pensant à eux. Et dire qu’il en faisait partie. Il avait envie de vomir. Il se détestait et ne voulait plus se regarder dans le miroir. Plus jamais. C’était sa faute si les enfants mourraient et il devait faire quelque chose. Maintenant. Sur sa commande de nombreuses maisons furent construites dans le village pour les familles à la rue et leurs furent offerts gratuitement. En parallèle de cela le château fut agrandi pour accueillir en particulier des enfants pauvres pour qu’ils bénéficient de cours diverses comme de lecture, de maths, de biologie, etc. Tandis que les enfants venaient étudier au château, leurs familles recevaient une compensation financière nettement supérieure à la paye que les enfants se seraient fait dans les mines. Cela ne plut pas à certaines personnes comme la main d’œuvre baissa significativement mais personne n’osa se plaindre auprès d’Oscar. Ce dernier avait cependant l’impression de ne pas avoir fais assez. Il voulait en faire plus. Toujours plus. Pendant ses tentatives pour sauver le monde, Oscar passa énormément de temps avec le nouveau médecin dont il finit par connaitre le nom : Aton. Ce dernier devint ainsi l’ami le plus proche d’Oscar. Et même son seul ami. Ils parlèrent pendant des heures des problèmes dans le monde et rêvèrent ensemble d’un monde meilleur qu’ils mettraient en place. Bien qu’ils n’eurent parlé de leurs plans à personnes d’autre, Anne finit par être au courant et vint à son tour rendre visite au jeune Oscar. De la même manière qu’avec Télémaque, elle lui proposa de venir prendre le thé avec la Duchesse et elle-même le lendemain. Oscar accepta volontiers ayant travaillé sur son angoisse sociale. Une fois Anne partie, Oscar marcha calmement vers la chambre d’Aton. Il se rendit compte en marchant que ce dernier était au courant de tout dans sa vie et qu’il voulait qu’il soit toujours le premier à connaitre les nouvelles. Prendre un thé avec la Duchesse ne voulait rien dire mais Oscar voulait quand même que ce soit Aton le premier au courant. Ils discutèrent de nouveau pendant des heures et Oscar se rendit compte qu’il n’avait jamais été aussi heureux. Il avait pensé que c’était grâce à tous ces enfants qu’il aidait tous les jours mais ce n’était pas tout. Oscar aimait être aux côtés d’Aton. C’était lui parler qui le rendait le plus heureux. Il voulait avoir son avis sur tout et rechignait à l’idée de le laisser. Il avait ouvert les yeux sur pleins des choses ces derniers temps alors il n’eut aucun mal pour reconnaitre son amour pour Aton. Aton pour qui il avait à présent tant d’estime. Aton qui l’avait accompagné dans toute cette histoire et qui avait été à l’origine de ce réveil. Aton était la Renaissance d’Oscar et il n’allait jamais être assez reconnaissant envers lui. Il voulait lui offrir toutes ses terres et lui donner tous ses trésors mais il savait bien que ce n’était pas ce qui intéressait Aton. Il voulait simplement aider les autres et c’était ce qui le rendait aussi scintillant. Oscar était aveuglé par sa lumière et voulait le suivre jusqu’à la fin du monde. Eh oui il était amoureux d’un homme. Il était tellement amoureux qu’il en perdait la tête. Les minutes passaient telles des heures à ces côtés et il ne quittait jamais sa tête une fois éloigné. Il l’aimait de tout son cœur et se voyait continuer à respirer le même air que lui pour l’éternité. Il n’aurait pas pensé un instant que ses sentiments pouvaient être réciproqués. Pas parce qu’il pensait qu’Aton aimait les femmes, mais parce qu’il ne l’avait simplement pas envisagé. Oscar n’était pas des plus doués pour se projeter dans sa propre vie et il n’avait pas une seconde pensé à se confesser. Pour lui tout était parfait tel quel et rien n’avait besoin de changer. Lors du thé avec la Duchesse et Anne, Oscar se souvint d’un coup de toute sa gêne quand il était entourée de personnes inconnues et ne sut pas vraiment comment lancer la conversation. Heureusement Anne était là pour lui :   « Nous avons beaucoup entendu parler de vous Sir Cahill. »   Oscar aurait bien voulu dire qu’il en avait aussi beaucoup entendues à leurs sujet mais c’était un mensonge. Il se contenta donc d’hocher doucement la tête. Anne sourit en le voyant faire :   « Je suis désolée de vous avoir forcé dans une situation embarrassante pour vous. J’étais loin de me douter que vous n’étiez pas dans votre élément avec des inconnus. Après tout ce que vous avez fais pour aider les personnes plus démunies que vous, je pensais que vous étiez beaucoup plus… Sociable. »   Oscar n’aimait pas vraiment entendre Anne décrire sa personnalité ainsi mais ne fit aucune remarque.   « Si nous t’avons appelé ici c’est justement grâce à tout ce que tu as fais pour ces enfants. Si je puis me permettre de te tutoyer. »   Oscar ne dit rien.   « Tu es un héros. »   A ces mots la Duchesse sembla lever les yeux au ciel mais Oscar aurait bien pu rêver.   « Nous nous demandions quels étaient tes plans futurs pour venir en aide aux enfants. -Je ne suis pas sûr de comprendre la question. -Tu n’as tout de même pas décidé de t’arrêter là. Leur donner une éducation et payer leurs familles. C’est incroyable mais pas assez. -En ayant une bonne éducation ils pourront avoir un poste et un revenir convenable dans le futur ce qui leur permettra de se trouver une meilleure place dans la société. »   Le rire d’Anne vexa profondément Oscar.   « Oh, je suis désolée. Visiblement votre bon vieux docteur n’était pas des moins naïfs non plus. Vous avez vraiment pensé que les nobles vont accepter sans un mot de laisser une place à ces anciens pauvres ? Etudes ou pas. Ils seront toujours les mêmes à leurs yeux : des nuisances. »   Oscar ne dit rien sachant au fond à quel point Anne avait raison. Ils n’avaient jamais parlé de cette possibilité avec Aton. Ce dernier avait en effet eu trop grande estime pour l’humanité mais Oscar avait songé à la dure réalité. Il n’avait cependant pas voulu y croire. Mais l’entendre à présent dans la bouche d’une inconnue lui fit honte.   « Nous allons les accompagner autant que possible. Nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir. -Et si je te disais que tu pouvais faire nettement plus ? »   Les yeux d’Anne se mirent à briller de mille feux et Oscar se retrouva absorbé. Ces deux femmes lui offrirent tout ce dont il n’avait jamais rêvé sur un plateau d’argent. Il leur demande du temps pour y réfléchir sachant pertinemment qu’il n’était jamais bon de décider quelque chose sur un coup de tête mais au fond il savait. Il allait accepter. C’était sa destinée. Son but ultime. Il devait le faire. Pour la première fois, Oscar dut cacher quelque chose à Aton. Il n’aimait pas du tout cela mais était conforté par l’idée qu’il allait tout révéler au médecin une fois qu’il avait accepté la proposition des deux femmes. Ces dernières avaient entendu de la relation entre les deux hommes et avaient exprimé leur intérêt envers Aton. Oscar dut donc tenir le coup un peu plus longtemps. La semaine suivante il fut de nouveau invité à prendre le thé mais cette fois-ci en compagnie d’Aton. Ce dernier sembla des plus mal à l’aise en face de ces deux inconnues et garda les yeux baissés tout du long en se tordant les doigts. Oscar ne comprit pas la raison de ce malaise mais ne se posa pas plus de questions.   « J’accepte votre proposition. »   Anne sembla aux anges tandis que la Duchesse ne bougea pas d’un centimètre. Etrangement ce fut la Duchesse qui mettait Oscar le moins mal à l’aise malgré son regard fixe et son visage dénudé de sentiments.   « Splendide. Et si tu as ramené Atone j’imagine que c’est parce que lui aussi est d’accord. -Je ne lui en ai pas encore parlé. Je ne voulais pas vous importuner. »   Anne hocha doucement la tête.   « Je comprends parfaitement tu as bien fait. Nous serions plus qu’heureux de compter Aton parmi nos rangs mais pour cela vous devez savoir qu’il n’y a aucun secret entre nous. Du moins pas de secrets sur notre genre. »   Oscar ne voyait pas de quoi parlait Anne mais il sentit Aton se ratatiner à ses côtés.   « Loin de moi l’idée de te mettre dans une position difficile, Aton. Je respecterais entièrement ton choix de garder ton secret mais il faut que tu saches que ton secret n’est d’aucune importance parmi nous. N’importe qui peut être médecin. Et nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir quelqu’un dans nos rangs dont le mensonge pourrait facilement être découvert. Qu’en serait-il du reste des secrets ? J’espère que tu comprends nos inquiétudes. »   Oscar était décidément lent à la détente tandis qu’Aton se détendait petit à petit et finit par prendre une grande inspiration en fermant les yeux :   « Votre but est plus important que mon secret. »   En entendant cela Anne sourit avec douceur.   « J’espère que tu comprends que cela veut dire démissionner de ton travail actuel ? »   Aton hocha doucement la tête tandis qu’Oscar ouvrait de grands yeux :   « Pourquoi est-ce qu’il devrait démissionner ? Il aime ce qu’il fait. Je n’ai jamais vu personne d’aussi passionné. -Je suis persuadée qu’elle est un médecin sans pair mais comme je l’ai dit précédemment nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir une telle personne dans nos rangs. Si les autres découvraient qu’elle avait menti sur son identité nous serions dans de beaux draps. Elle restera toujours près de toi ne t’inquiète pas. -Pourquoi n’arrêtez-vous pas de dire elle ? Aton est un homme. -Oh… »   Anne se tourna vers Aton :   « Veux-tu lui dire ou dois-je m’en occuper ? »   Oscar se tourna vers son meilleur ami perdu tandis que ce dernier levait enfin les yeux et les posa doucement sur les siens :   « Je suis désolée, Oscar. Mais Anne a raison. Je ne suis pas un homme. -Quoi ? »   Le médecin retira sa perruque et continua ses explications :   « Je m’appelle Dalida et je suis vraiment médecin tout comme mon frère, Aton. J’étais obligée de prendre son identité parce que personne ne voulait embaucher une femme médecin. J’ai longtemps essayé en vain avant de venir chez vous. -Tu… -Je ne voulais pas vous mentir mais je n’avais pas le choix. Je pensais que vous n’alliez pas m’embaucher non plus. J’ai voulu vous le dire mais je ne savais jamais quand le faire. J’avais tellement peur de vous vexer par mon mensonge que je n’en dormais pas la nuit. Je suis tellement désolée. »   Oscar détailla longuement le visage féminin du médecin sans dire un mot. Il n’avait pas vraiment été touché plus que cela par le fait qu’on lui ait menti. Au fond cela ne changeait rien de quel genre était Aton pour de vrai. Mais quelque chose se brisa quand même chez Oscar. Lui qui n’avait jamais était dérangé par le fait qu’Aton ou Dalida était un homme et qui l’avait aimé de toute son âme, maintenant qu’il savait que c’était une femme il était… Déçu ? Ce sentiment étrange laissa Oscar sans mots. Dalida était la même personne que jusque-là. Elle avait les même yeux brillants de gentillesse et la même âme douce. Alors pourquoi est-ce qu’il ne pouvait pas l’aimer ainsi ? Oscar avait un blocage et se sentit honteux à cause de cela. Anne ne rata aucune miette du spectacle et devina immédiatement ce que ressentait Oscar mais ne dit rien devant les autres. Dalida démissionna donc de son travail mais la Duchesse lui trouva vite un poste en tant que femme médecin dans un autre château. Quand ils se retrouvèrent enfin seuls, Anne s’approcha doucement d’Oscar :   « Je pense que tu devrais lui parler. Lui dire ce que tu ressens. -A qui ? -A Dalida. -Je ne ressens rien envers elle. -Plus maintenant. Mais qui sait. Peut-être qu’elle, elle ressent toujours quelque chose. -Qu’es-tu en train d’insinuer ? »   Anne leva les mains en l’air en signe d’innocence :   « Moi, rien du tout. Prends ton temps mais c’est toujours bien de communiquer. -Si tu le dis. -Tu peux être fière de toi. -Pourquoi ? -La plupart des personnes comme nous passent par une période de déni ou même d’honte et de panique. Mais je n’ai pas l’impression que c’est ton cas. Je voulais te féliciter pour cela. -Les personnes comme nous ? »   Anne sourit mystérieusement :   « Tu ne croyais tout de même pas que tu étais le seul homme attiré par d’autres hommes ou l’équivalent pour les femmes ? Nous sommes plus que tu ne crois et nous sommes assez soudés. Si jamais tu as besoin de quoi que ce soit tu peux compter sur nous. »   Après une tape sur l’épaule, Anne était partie. Oscar finit par avoir la conversation avec Dalida. Il lui dit qu’il ne pouvait malheureusement pas retourner ses sentiments mais ne lui dit pas les longues heures pendant la nuit où il avait pleuré pour que ce soit possible. Dalida fut évidemment triste mais s’en remit bien vite et épousa un autre médecin invitant Oscar au mariage. Il était de plus en plus à l’aise en société comme il se retrouvait à tous les bals de la Duchesse mais voir des jeunes femmes lui tourner autour le gênait énormément. Il n’arrêtait pas de penser à Dalida ou plus précisément à Aton et souffrait de toutes ces personnes dont il ne pouvait pas retourner les sentiments. Etant devenu relativement proche d’Anne, cette dernière lui proposa de l’épouser pour en partie échapper aux jeunes femmes avides d’argent ce qu’Oscar finit par accepter. Et voilà comment nous en étions arrivés au temps présent.
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