Chapitre 14

4020 Mots
Anne se serait fait un plaisir de raconter toutes les histoires des personnes présentes dans la pièce mais ne e fis pas pour des raisons claires. Malgré ce que les autres pensaient elle était des plus qualifiées pour garder un secret et elle ne révélait que le stricte minimum afin de combler le vide des conversation. En effet depuis petite, Anne ne supportait pas le silence. Elle avait du mal à tenir en place et avait toujours besoin de faire quelque chose avec ses mains. Elle était obligée de révéler des choses sinon elle avait comme une impression désagréable dans la tête. Avant ça avait été pire. Les phrases étaient sorties les unes après les autres de sa bouche sans filtre mais à présent elle savait se contrôler. Malgré ces problèmes, Anne n’aurait jamais révélé les secrets de ses amis. Même pas sous torture et la Duchesse le savait parfaitement. D’où sa présence dans la pièce. Mais si Anne avait pu laisser libre court à ses récits elle aurait raconté la manière dont la famille de Télémaque lui avait tourné le dos ou la manière dont Oscar avait découvert son orientation sexuelle. Elle aurait pu parler pendant des heures de ses amis mais pas une seule fois n’aurait-elle parlé d’elle-même. Elle n’aurait pas pensé une seconde à sa famille à laquelle elle ne parlait plus et aurait uniquement donné de l’intérêt à ceux qui l’avaient accueillie après coup. Elle aurait raconté par exemple que Télémaque était né avec le nom d’Irène Giraldo. Irène a été élevée comme n’importe quelle fille de Vicomte. Elle apprit à monter à cheval, assista à des cours de rhétorique et de diplomatie… Tout ce qui concernait le savoir ou n’importe quelle activité dans laquelle il était possible de s’améliorer, Irène était preneuse. Ses limites étaient inatteignables et elle ne cessait de se découvrir de nouveaux talents. Son enfance se résuma donc avec le bonheur d’apprendre. Inutile de dire qu’Irène était la fille préférée de la famille. Ses oncles et tantes regardaient jalousement ses parents et essayaient à tout prix de trouver un défaut à la jeune femme en vain. Ses exploits ne cessaient d’être vantés tellement qu’ils arrivèrent même jusqu’à la cours. Une des princesses en personne voulut rencontrer la jeune femme et à cette nouvelle sa famille jubila. Recevoir les intérêts de la famille royale était le rêve de tout noble mais était aussi une arme à double tranchant. Si Irène arrivait à ensorceler la princesse alors sa famille devenait fixée pour la vie mais si au contraire les choses tournaient mal, ils n’auraient nulle part où fuir. Mais la famille avait une confiance aveugle en leur fille et n’envisagèrent même pas le pire des scénarios. Ils furent cependant stressés en arrivant sur place mais se forcèrent à reprendre leurs esprits. C’était le plus beau jour de leurs vies. Arrivés devant la famille royale, Irène fut immédiatement appelée à se rapprocher. En la voyant la reine fit une moue déçue :   « Son visage est agréable mais elle n’a rien d’extraordinaire. Heureusement si ce que nous avons entendu dire est vrai, elle n’aura pas besoin d’être belle avec autant de talents. »   Les parents firent une révérence pour remercier le compliment de la reine. Irène la remercia aussi en gardant les yeux fixés sur ses chaussures. Le roi ne savait visiblement pas où se mettre. Il se fichait de qui pouvait bien devenir la suivante de sa fille. Irène avait bonne réputation et c’était tout ce qui comptait. Pourquoi est-ce qu’il fallait discuter avec la famille ? Heureusement la reine non plus n’était pas d’humeur loquace. Elle envoya très vite Irène se promener avec la princesse afin qu’elles fassent connaissance et invita en attendant sa famille à prendre le thé avec eux. Irène leva pour la première fois les yeux une fois dehors. Elle n’avait jamais été à l’aise en public et tremblait tellement qu’elle ne pouvait même plus parler. Être en extérieur la calma enfin même si elle restait à proximité de la princesse. Cette dernière était d’une beauté éblouissante. En la voyant Irène perdu de nouveau l’usage de sa voix. Elle n’avait encore jamais vu de femme aussi élégante et raffinée. Ce fut comme si tous ses traits avaient été calculés au millimètre près et tracés par le plus grands des peintres sans la moindre hésitation. Son menton était marqué sans être trop dure. Au contraire, il ajoutait à son visage de porcelaine une certaine maturité qui ne déplut pas à Irène. Ses lèvres brillaient comme si elles étaient faites d’eau et ses yeux reflétaient tous les rayons lumineux qui arrivaient vers eux. Irène resta longtemps à admirer la princesse se disant que son cœur se mettait à battre plus fort parce qu’elle était impressionnée d’être en présence d’une personne de la famille royale. Mais évidemment c’était beaucoup plus que cela. Pour la première fois de sa vie, Irène était intéressée par quelqu’un. Elle qui n’avait jamais été à l’aise en public ne s’était pas fait beaucoup d’amis et n’en avait jamais vraiment eu besoin. Mais ainsi elle ne savait pas non plus ce que cela faisait d’aimer quelqu’un ou de vouloir plus avec une personne. Irène crut qu’elle voulait simplement être amie avec la princesse et était loin de se douter qu’elle voulait plus. Elle finit cependant par s’en rendre compte. Nous pouvions nous en douter. Après tout à la suite de cette rencontre, Irène devint la femme de compagnie de la princesse et passa le plus clair de son temps à ses côtés. Au début tout allait parfaitement bien. Les deux filles s’entendirent parfaitement et passèrent des heures à rire au lieu de dormir. Irène apprit avec plaisir tout ce qu’elle savait à la princesse. Elle lui montra les constellations une fois la nuit tombait et lui racontait ses histoires de mythologie grecque préférées. Les deux filles étaient devenues inséparables et se racontèrent tous les ragots du château. La famille d’Irène était fière et tout leur voisinage était jaloux. Tout se passait bien dans le meilleur des mondes jusqu’à ce qu’Irène soit jalouse. Elle mit du temps pour comprendre que c’était ce qu’elle ressentait. La princesse était en train de lui parler d’un prince auquel ses parents voulaient la marier et Irène se rendit compte pendant la conversation qu’elle n’était pas vraiment à l’aise. Au début elle pensa qu’elle était fatiguée ou avait attrapé froid mais le sentiment de mal-être continua lors des prochaines discussions qu’elles avaient au sujet de garçons. Irène conclut donc qu’elle était jalouse mais se dit que c’était sûrement parce qu’elle était tellement bonne amie avec la princesse qu’elle devait avoir de la peine à l’idée de devoir la partager avec d’autres personnes. Un jour alors qu’elles jouaient toutes les deux, Irène se déguisa en garçon pour rire tandis que la princesse mettait une magnifique robe de bal. Elles dansèrent ainsi en riant quand soudain Irène se rendit compte qu’en étant un garçon elle aurait vraiment pu danser avec la princesse. Elle aurait pu la rencontrer à un bal et aurait pu peut-être même la demander en mariage. Elle chassa cependant cette idée de son esprit se disant qu’elle avait simplement une très bonne imagination. Mais ce fut ce soir-là que tout se mit en marche. Un vrai bal fut organisé pour l’anniversaire de la reine et la princesse voulait à tout prix qu’Irène soit présente. Elles repensèrent en riant à la fois où Irène s’était déguisée en garçon et plaisantèrent de plus en plus sérieusement qu’elles voulaient le faire pour de vrai. De plus, pendant le bal, les hommes et les femmes allaient se séparer pendant un bout de temps pour que les femmes puissent offrir leurs cadeaux à la reine et qu’en attendant les hommes puissent assister à une démonstration d’escrime. En entendant cela Irène fut tout de suite intéressée. Elle avait toujours adoré l’escrime mais n’avait pas vraiment pu s’y mettre comme personne dans son voisinage n’était maitre dans cet art. Une raison de plus pour se déguiser en garçon après tout. Irène hésita longtemps de peur de se faire prendre mais la princesse la rassura. Personne n’allait se douter qu’une femme se déguiserait en homme juste pour aller regarder de l’escrime. Elles allaient bien rire en y repensant et allaient être heureuses d’avoir fait cette petite blague. Irène finit donc par céder et la princesse l’aida à enfiler son costume. En se regardant dans le miroir Irène crut vraiment voir un homme et pendant un moment elle se retrouva figée. Elle aimait beaucoup son apparence. Etrangement beaucoup. Elle se dit que c’était parce que la princesse avait fait du bon travail et que c’était ce qu’elle admirait. Les filles s’amusèrent beaucoup ce soir-là. Irène salua la princesse en faisant une révérence d’homme et elle seurent beaucoup de mal à retenir leurs rires. Elles se lancèrent de nombreux regards complices quand finalement ce fut l’heure de se séparer. Irène aurait eu peur à l’idée de se retrouver sans la princesse si elle n’avait pas été aussi excitée à l’idée de voir un tournoi d’escrime. Elle s’avança autant que possible et ressortit de la salle avec des étoiles dans les yeux. Elle savait dorénavant quel était le prochain art qu’elle voulait maitriser et en s’éloignant elle ressentit une certaine boule au ventre. Elle se rendit compte qu’elle ne voulait pas retirer son déguisement. Elle avait beaucoup aimé le sentiment que cela faisait d’être un homme parmi tant d’autres et elle ne voulait pas redevenir une femme. Mais Irène n’eut pas le temps de beaucoup y réfléchir car elle se rendit vite compte d’autre chose. Dans la chambre de la princesse, elles passèrent des heures à rire en parlant du bal. Toujours en tenues elles se mirent à danser comme la dernière fois et les pièces du puzzle commencèrent à se mettre en place. Peut-être était-ce la fatigue, ou alors l’euphorie lié à leur plan qui avait fonctionné, mais les deux filles commencèrent à danser de plus en plus collées. Leurs respirations s’accélérèrent tandis que leurs fronts se collaient et Irène ferma les yeux. Elle sentait le souffle chaud de la princesse sur ses lèvres et sentit des picotements étranges dans son bas ventre. Les mains d’Irène commencèrent à devenir baladeuses sur le corps de la princesse. Cette dernière entrouvrit la bouche pour faire comprendre qu’elle n’était pas contre l’idée d’aller plus loin. Irène n’eut pas le temps de comprendre ce qu’il se passait. Elle était complètement perdue dans le feu du moment et mit fin à l’espace qui la séparait de la princesse. Elles passèrent de longues minutes à s’embrasser avant de finalement se séparer hors d’haleine. La princesse recula d’un coup essayant de remettre de l’ordre dans ses cheveux :   « Je suis désolée. Ton déguisement était tellement convainquant que j’en ai oublié que tu étais une fille. »   Irène ne se souvint pas de ce qu’elle dit à ce moment-là. Elle se contenta de bafouer des excuses avant de sortir précipitamment de la chambre. De retour dans ses quartiers elle se déshabilla le plus vite possible les joues brûlantes. Les pensées se bousculaient dans sa tête et elle ne pouvait que se laisser submerger. Elle avait aimé le baisé qu’elle venait d’échanger avec la princesse. Beaucoup. Soudain tous les sentiments qu’Irène avait envers la princesse firent surface. Elle se rendit compte de tous ces moments qu’elle avait passé à admirer ses traits délicats et à toutes ces fois où elle s’était attardée sur ses lèvres fines. En repensant au baisé elle sentit de nouveau les papillons palpiter dans son ventre et elle sautilla sur place. Cependant une fois ce moment d’euphorie passé Irène devint paniquée. Qu’est-ce qu’il lui arrivait ? Elle ne pouvait pas être amoureuse d’une fille. Pas elle. Pas de la princesse. Non. Elle convint qu’elle s’était trompée. Tout comme la princesse elle s’était beaucoup trop plongée dans son rôle et s’était vraiment prise pour un homme dans le feu de l’action. Elle n’aimait pas la princesse. Elle était simplement bonne actrice. Irène n’y croyait pas complètement mais décida que c’était la vérité et se força à dormir. Cependant une fois les lumières éteintes, la sensation des lèvres de la princesse lui revinrent plus vives que jamais. Irène tournoya dans son lit ne trouvant pas le sommeil et finit par grommeler de frustration. Elle se releva et se mit à faire les cents pas essayant de penser à n’importe quoi d’autre. Pour s’occuper les esprits elle sortit son jeu d’échecs mais ce dernier n’eut pas grand effet. Elle se mit donc à jouer aux dames mais encore une fois elle continuait de voir le visage de la princesse. Si seulement cette dernière avait été son seul problème. Irène se rendit peu à peu compte qu’elle ne se sentait pas à l’aise dans sa robe de chambre. Elle voulait quelque chose de plus moulant comme un pantalon. Elle repensa envieusement à son costume et lui lança des regards emplis d’envie pendant qu’elle s’imaginait le remettre. Pourquoi était-elle si fascinée par ces quelques tissus ? Aimait-elle à ce point jouer la comédie ? Ca devait être cela. Irène venait sûrement de se trouver une nouvelle passion : se faire passer pour quelqu’un qu’elle n’était pas. Après n’avoir dormi que quelques minutes Irène se vêtit de sa plus belle robe malgré la présence du pantalon aussi près d’elle. Alors qu’elle marchait pour rejoindre la princesse, son cœur se mit à battre de plus en plus vite. Elle imaginait comment la princesse allait se comporter en la voyant et ne savait elle-même pas comment se comporter en sa compagnie. Elle ne savait pas à quoi elle s’était attendue mais elle fut fortement déçue quand elle se rendit compte que la princesse faisait comme si de rien n’était. Elles passèrent la journée à parler de la même manière et ne firent pas référence au bal une seule fois. Irène fit de son mieux pour cacher son mal-être mais elle ne devait pas être si bonne actrice que cela parce que la princesse finit par le remarquer le soir venu :   « Je tenais encore une fois à m’excuser pour mon comportement de la veille. »   Le cœur d’Irène se mit à saigner en entendant ces mots. Elle avait été si bonne actrice alors pourquoi s’excusait-elle ?   « Je ne voulais en aucun cas te mettre dans une position inconfortable. »   Soudain la colère se mit à montrer petit à petit dans le corps d’Irène. Elle ne voulait pas regarder la princesse. Plus par honte mais par rage.   « Regarde-moi, s’il te plaît. »   Mais elle n’en fit rien.   « Vous ne m’avez pas mise dans une positon désagréable. Je suis surprise que vous pensiez autrement. -Me voilà rassurée. -Ne croyez pas que vos actions puissent avoir une telle emprise sur ma personne. »   A présent Irène regarda la princesse droit dans les yeux. Le dos droit elle sembla réellement penser ses paroles mais au fond son cœur se figea en voyant le visage si radieux de la princesse. Elle avait des cernes sous les yeux. Avait-elle dormi assez ? La princesse parut blessée par les mots d’Irène mais elle sourit :   « Je suis contente d’entendre cela. -Vraiment ? -Oui, oui. -Maintenant que nous avons résolu ce malentendu, je vais vous laisser vous reposer. Vous avez l’air fatiguée. »   Avant que la princesse n’eut l’occasion de répondre, Irène fit une révérence et disparut dans ses quartiers. Une fois arrivée elle s’écroula sur son lit le cœur battant la chamade. Les larmes lui montèrent aux yeux mais elle refusa de les faire couler. Elle était plus forte que cela. La princesse l’avait rejetée mais elle n’allait pas en souffrir. Elle n’avait pas besoin de son amour. Irène en était à présent certaine : elle était amoureuse de la princesse. La voir de nouveau et sentir la douleur en l’entendant s’excuser étaient des preuves irréfutables. Mais tout était mieux ainsi. Irène allait vite oublier la princesse et ainsi sa famille n’allait pas avoir honte d’elle. Tout allait revenir en ordre et elle serait heureuse comme avant. Mais en se disant cela elle entendit la porte s’ouvrir. Elle s’ouvrit avec une lenteur surprenante et il fallut plusieurs secondes pour qu’Irène comprenne que c’était la princesse qui lui rendait visite. Cette dernière ne lâchait pas ses chaussures du regard tandis qu’elle s’avançait vers le lit d’Irène. En la voyant se rapprocher cette dernière se redressa faisant de son mieux pour paraitre maitre de la situation. Quand elle avait reconnu la princesse elle avait craint qu’elle allait se faire punir pour lui avoir parlé ainsi mais la voir tremblante lui fit comprendre que c’était loin d’être la raison de sa visite.   « Je suis désolée de venir te déranger si tard. -Je ne suis pas fâchée, votre majesté. Je vous prie de prendre place. -Non, merci. Je préfère rester debout. »   Sur ce, elle se tut. Irène la fixa en silence se demanda ce qui avait bien pu l’amener ici.   « Vouliez-vous me demander quelque chose, votre majesté ? -Oui. -Bien. »   Encore rien. Irène commençait à se faire tous les scénarios possibles dans sa tête et elle n’aimait pas du tout ce qu’elle voyait.   « Vous êtes sûre que vous ne voulez pas vous assoir ? -Oui, merci. »   Irène souffla en se levant exaspérée. Elle avait perdu patience et ne voulait plus vraiment savoir pourquoi la princesse était venue.   « Je suis désolée, votre majesté, mais il est tard. Si vous n’avez rien à me dire alors j’aimerais bien aller me coucher. -Tu ne voudrais pas dormir avec moi ? »   Irène se figea. Elle ouvrit grand les yeux et se tourna vers la princesse interdite. Venait-elle vraiment d’entendre ce qu’elle pensait avoir entendu ? Cette jeune femme frêle et innocente venait-elle de l’inviter dans son lit alors qu’elle l’avait repoussée quelques minutes avant ? Elle ne pouvait pas y croire. Elle devait sûrement se tromper. C’était impossible. Une jeune femme comme elle ne pouvait pas avoir des sentiments pour une autre femme.   « Comment ? »   La princesse se tordit les mains rouge de honte avant de lever la tête d’un coup sec :   « Viens dans ma chambre. »   Irène la regarda pendant un moment toujours sous le choc.   « Je me disais que si tu étais déguisée en garçon alors ça ne comptait pas… »   Irène aurait dû être vexée. Après tout la princesse ne voulait pas vraiment passer du temps avec elle mais voulait la voir dans son déguisement. Sur le long thermes elle aura même développé de la jalousie envers ce personnage qu’elle jouait mais sur le coup elle était simplement heureuse. Elle était heureuse car elle avait la possibilité de rester auprès de celle qu’elle aimait. Elle était heureuse car cette dernière l’aimait aussi et surtout elle poussait de nouveau se faire passer pour un homme. Malgré l’extase que ressentit Irène, cette dernière ne voulut pas oublier aussi facilement qu’elle venait de se faire rejeter par la princesse et hésita donc :   « Je pensais que vous vous étiez simplement laissez submerger par l’euphorie du moment. -Je suis désolée d’avoir dit cela. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait. Je ne voulais pas y croire mais… -Mais ? -Mais je veux qu’on s’embrasse. »   Les joues d’Irène s’enflammèrent d’un coup. Elle avait beau jouer les dures, elle se souvint très vite qu’elle n’était pas des plus à l’aise en société ou avec d’autres personnes de son âge. En voyant ses joues rosir, la princesse devint étrangement courageuse et s’avança plus près d’Irène :   « Serais-je la seule à avoir cette envie ? »   Irène détourna les yeux gênée mais la princesse s’approcha si près qu’elle fut obligée de la regarder dans les yeux. Ces derniers brillaient d’une malice encore jamais vue chez la princesse. Tout son visage était enflammé et elle souriait de toutes ses dents. La voir ainsi empêcha Irène de pouvoir penser clairement et elle commença à bégayer en fixant les lèvres de la jeune femme :   « Je croyez que vous ne vouliez pas me mettre dans une position désagréable. »   La princesse regarda les lèvres d’Irène à son tour. Elle approcha sa main et frôla ses lèvres d’une douceur enivrante.   « Parce que tu trouves cette position désagréable ?  -Eh bien… »   N’ayant pas le temps de comprendre ce qu’il lui arrivait, la princesse échangea de place avec Irène qui la poussa sur le lit la surplombant de toute sa hauteur.   « C’est mieux ainsi. »   Les deux jeunes femmes rirent essayant d’étouffer les bruits avec leurs paumes avant qu’Irène se penche plus près de la princesse. Elles détaillèrent leurs visages de leur mains pendant un moment avant d’échanger un baisé nettement plus doux que le dernier. Quand elles firent une pause, Irène alla se changer en garçon. Les filles étaient toutes les deux fanes de ce costume et passèrent de nombreuses nuits à se retrouver pour en profiter. Cependant le secret ne put pas durer sans fin. Les serviteurs finirent par remarquer les regards que se lançaient les deux jeunes filles et très vite des rumeurs fusèrent. Les parents appelèrent la princesse devant eux pour leur demander des explications au sujet de ce qui se disait à la cours. La princesse nia tout en bloc et affirma ne pas comprendre ce qui avait pris les serviteurs. Elle eut le cœur brisé en voyant l'expression d'Irène quand elle se fit renvoyer chez elle pour calmer les rumeurs mais elle n'avait pas eu le choix. Ses parents ne l'auraient jamais acceptée avec une autre fille même si Irène commençait à sentir qu'elle n'en était pas une.   Les deux femmes se séparèrent donc et n'eurent plus aucun moyen de se contacter sans paraître suspect. Irène pleura de nombreuses nuits. Elle avait beau comprendre la réaction de la princesse et était même reconnaissante que ses parents n'aient rien su, quelque part elle aurait quand même voulu que la princesse dise la vérité. Elle voulait plus que tout au monde rester au château et continuer à l'embrasser. Le moment le plus joyeux de sa vie prit fin et ça seulement car elle n'entrait pas dans la case imposée par la société. Les rumeurs finirent par atteindre les oreilles d'Anna malgré les mises en gardes de la famille royale et elle alla trouver Irène avec un grand sourire.   Elle l'invita prendre le thé avec la Duchesse Leonord et elle ce qui surprit Irène qui après tout ne connaissait pas ces deux femmes. Elle finit cependant par accepter curieuse. La conversation avait été des plus froides et cordiales jusqu'à ce qu'Anna s’exclame :   « Tu n'es pas comme les autres. »    Irène se figea immédiatement en entendant cela. Elle comprit qu'Anna avait dû entendre la rumeur et eut soudain très peur pour sa vie et surtout pour la réputation de ses parents. Mais la seconde d'après elle se détendit. Elle se rendit soudain compte qu'elle n'était plus très intéressée de ce qui allait lui arriver.   « C'est sûrement ce que tu dois ressentir pas vrai ?»   Irène ne répondit pas et se contenta de fixer sa tasse des yeux. « Quelque part tu as peut-être raison de ressentir cela. Après tout tu ne ressembles en aucun point à la femme que la société t'impose d'être. Mais c'est peut-être parce que tu n'es pas une femme. » Irène leva les yeux d'un coup surprise.   « Dis-moi si je me trompe mais j'ai déjà vu ce regard. Tu n'es pas du tout différent. Tu n'es juste pas assez représenté dans la société. Être un homme dans un corps de femme est beaucoup plus courant que ce que tu pourrais penser. Si tu veux en savoir plus tu peux toujours nous demander. »   Irène ne savait pas quoi dire. Enfin quelqu'un qui ne le regardait pas comme une rumeur dégoûtante qu'il fallait écarter ou comme quelqu'un de différent à observer en rigolant. Il ne ressentait aucun dégoût de la part de ces femmes et cela lui donna envie de pleurer. Se sentir accepté pouvait signifier beaucoup plus que nous ne pouvions penser.
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER