Chapitre 13

2486 Mots
Personne ne savait exactement quand mais la Duchesse et Missy firent la paix et Leonord réapparut donc en cuisines tous les soirs. Après le travail je passais voir Audrey pour m’assurer qu’elle allait bien puis je retrouvais la Duchesse dans sa chambre et nous continuions à nous entraîner. Audrey avait retrouvé des couleurs et grâce à l’aide des dames de chambre elle a pu regagner son sommeil perdu. Le petit Marcus sembla s’apaiser en même temps que sa mère et fit nettement moins de crises. Audrey pleura de joie quand il se mit à manger normalement accroché à son corps de toutes ses forces de nourrisson. Pendant un long lapse de temps j’oubliais tous les dangers. Mon passé était loin derrière moi, mes amis étaient heureux et je me rendis même compte que je ne faisais plus d’insomnies, ou très rarement. Après tout avec tous les entrainements j’étais simplement heureux quand je pouvais dormir. Les journées passaient tellement vite que je ne vis pas le bal arriver. La seule chose dont je me rendis compte furent les robes et costumes qui se retrouvèrent empilés dans ma chambre quelques heures avant l’arrivée des invités. Des dames de chambre avaient proposé à Audrey de garder Marcus pour qu’elle puisse aller s’amuser mais elle eut beaucoup de mal pour accepter. Elle savait que ces dames allaient très bien s’occuper de lui mais elle ne voulait pas laisser son enfant si longtemps seul. C’était la première fois qu’elle allait le laisser tout court. De plus, le bal n’avait pas été un souvenir joyeux pour elle ou pour Jean et les deux me proposèrent de ne pas y aller et de rester avec moi à la place. Mais je n’avais aucune raison de ne pas m’y rendre. La dernière fois j’avais détesté l’ambiance. J’avais détesté toutes ces personnes incultes et superficielles et je mourrais d’envie que ça finisse mais je m’étais rendu compte que ce n’était qu’une façade. Enfin pour la Duchesse du moins. La plupart des invités étaient vraiment égocentriques mais c’est justement pour cela qu’ils étaient de si bon atouts.  La Duchesse n’était apparue au bal que plusieurs heures après le début des festivités. Ce qu’elle avait fais et avec qui était un mystère auquel personne n’avait prêté attention. Je me demandais quelles personnes se cachaient derrière cette foule de nobles pitoyables. Entre eux se trouvait sûrement Anne Marzburg, la cousine de la Duchesse. Mais qui d’autre ? Peut-être que je réfléchissais trop et que la Duchesse avait vraiment juste des amis comme tout le monde mais je n’arrivais pas à y croire. Cette femme calculait soigneusement tous ses faits et gestes. Je sentais qu’elle cachait quelque chose d’immense et je comptais aller au bal pour en apprendre plus. Je m’habillais donc et rejoignais les autres devant les portes de la salle de bal l’heure venue. Je voyais Audrey tordre ses doigts d’inquiétude alors je pris sa main avec douceur et la forçais à lever la tête.   « Tout ira bien. On va s’amuser. »   Elle voulait me croire. Je le voyais dans ses yeux et elle décida de s’accrocher à ma promesse. Je ne pouvais pas la décevoir.   « Je ne veux pas vous laisser seuls mais je dois trouver la Duchesse. -Pourquoi ? demanda Audrey paniquée. -Je suis sûr qu’elle est en train de discuter avec certains des invités. Je veux savoir ce qu’ils se disent. -Fais attention. Elle ne doit sûrement pas aimer se faire espionner. »   Je hochais la tête et après les avoir accompagnés auprès des autres membres de la cuisine je prenais le chemin du couloir désert. Ce dernier était encore plus silencieux que d’habitude contrastant pleinement avec tout le brouhaha de la salle de bal. Je montais doucement les escaliers et collais ma tête à la porte en bois. J’entendis plusieurs voix. Des graves et d’autres nettement plus aigus. Mais j’eus à peine le temps d’entendre ce qu’ils disaient que la porte se déroba sous mon poids et que je m’étalais presque au sol. Tous les regards se dirigèrent immédiatement vers moi et je n’arrivais pas à croire que j’avais été assez bête pour ouvrir la porte mais je me rendis vite compte que ce n’était pas ma faute. La Duchesse se tenait à ma gauche la porte toujours en main et baissa vers moi des yeux dénudés de sentiments. Je me redressais de toute ma hauteur et m’éloignais pour la laisser refermer le passage secret. Les invités ne nous avaient toujours pas lâchés des yeux surpris de la scène. Ce fut finalement une jeune femme à la peau assez sombre et aux cheveux voilés qui mit fin au silence :   « Tu as des passages secrets qui mènent à ta chambre ? Tu veux mourir ou quoi ? »   La Duchesse se tourna vers la femme sans exprimer aucune peur.   « Il est le seul à connaitre l’existence de ce passage. »   En entendant cela la femme prit un air malicieux et porta une main à son menton.   « Plus maintenant. »   La Duchesse ne parut pas s’en inquiéter alors je me rendis compte que ces personnes devaient avoir sa confiance absolue. Ou du moins assez de sa confiance pour qu’ils sachent au sujet du passage secret. Je les détaillais les uns après les autres avec intérêt ce qui n’échappa pas à la femme malicieuse :   « Il est vraiment mignon quand il est si sérieux. Je comprends pourquoi tu le gardes près de toi, cousine. »   J’en déduisais donc que cette femme n’était autre qu’Anne Marzburg. En entendant la réflexion de la femme, l’homme le plus proche d’elle leva les yeux au ciel exaspéré.   « Comment est-ce que tu peux le qualifier de mignon alors que tu n’es même pas attirée par les hommes ? -Trouver quelqu’un beau objectivement ou être attiré sont deux choses totalement différentes. -Je sais mais la manière dont tu le dis porte à confusion. »   Anne se mit à rire de manière plus aigüe que je n’aurais pensé.   « Excusez mon mari. Il n’est pas des plus à l’aise devant des inconnus. -Votre mari ? »   Je ne sus pas pourquoi mais je fus surpris par cette union. Voyant mon expression Anne sourit de plus belle.   « Oui je sais. Un homme comme lui n’aurait aucune chance de séduire une femme comme moi. C’est normal d’être surpris. -Non, ce n’est pas… »   La Duchesse coupa court à notre conversation ayant visiblement perdu tout intérêt :   « Lady Marzburg est attirée par les femmes. Elle l’a déclaré plus haut dans la conversation d’où ta surprise en entendant qu’elle est mariée à un homme. -Et nous nous sommes mariés en connaissance de cause ! Lord Marzburg me complète de ce point de vue-là. -Il aime les hommes. »   Je me tournais vers la Duchesse qui me traduisait tous les dires de la jeune femme. Je fronçais les sourcils complètement perdu mais cette dernière trouvait visiblement que tout avait été dis et ne m’expliqua pas d’avantage. En me sentant la fixer elle finit cependant par lever les yeux vers moi :   « Nombreuses personnes comme Anne aident des hommes comme Oscar en les épousant. -Je ne le savais pas. »   La Duchesse ne sembla pas choquée par cela. Comme si ce n’était pas si important mais si elle avait pris la peine d’en parler alors j’étais persuadé que c’était important pour elle.   « Bon, pouvons-nous reprendre ? -Le jeune homme va-t-il rester avec nous tout du long ? demanda Oscar. »   La Duchesse me lança un autre regard comme si elle avait oublié que j’étais présent mais avant qu’elle ne puisse répondre nous entendîmes touer à la porte. Une jeune femme aux longues boucles brunes entra vêtue d’une robe mauve. En voyant cela la Duchesse secoua la tête et l’attrapa par le bras avant de disparaitre avec elle derrière une porte. Anne rit en les regardant faire comme si elle avait parfaitement compris ce qu’il venait de se passer. Mais malgré l’image que je m’étais faite d’Anne, elle ne m’expliqua pas la raison de ses rires. Pendant les longues minutes où les deux femmes étaient dans l’autre pièce je me retrouvais seul avec Oscar et Anne ainsi qu’une troisième inconnue qui ne bougeait pas de la fenêtre. Pour éviter que le silence devienne gênant Anne se fit un plaisir de lancer la conversation :   « Et pourrions-nous savoir qui vous êtes ? -Je m’appelle Thomas. -Enchantée Thomas. Je ne me suis pas présentée convenablement j’en suis navrée. Je m’appelle Anne Marzburg et je suis la cousine de la Duchesse. Mais tu as sûrement déjà deviné cela. Et voici mon mari, Oscar Marzburg. Il a beau faire les dures, au fond c’est un chamallow. Au fond de la pièce tu peux voir Carma Sultana. Elle ne parle pas beaucoup de base alors ne le prends pas mal si elle ne t’adresse pas la parole. »   Je me contentais d’écouter Anne et de retenir les prénoms qu’elle me disait.   « Quant au jeune homme qui vient d’entrer avec la Duchesse, il s’appelle Télémaque Giraldo. -Le jeune homme ? Mais c’est une jeune femme qui est entrée avec la Duchesse. »   Sur ces mots la porte s’ouvrit et la Duchesse ainsi que Télémaque apparurent arborant tous les deux des costumes des plus raffinés. Je fixais le Télémaque en question mais avais bel et bien l’impression que c’était une fille. La Duchesse me fusilla du regard en devinant mes pensées. Je ne l’avais encore jamais vue aussi meurtrière et reculais par réflexe d’un pas. En voyant cela Anne se mit à rire :   « Calme toi, Leonord. Il ne pouvait pas savoir. »   Leonord ne se calma pas mais ne m’arracha pas non plus la tête et j’en étais reconnaissant. Télémaque n’osa pas me regarder dans les yeux et se tordit les mains gêné. J’eus soudain très honte d’avoir été à l’origine de sa gêne. Je m’approchais et baissais la tête en signe d’excuse :   « Je suis vraiment désolé. Je pensais que vous étiez une femme. »   Télémaque sourit mais n’osa toujours pas lever les yeux vers moi. Ce fut que quand la Duchesse passa la main sous son menton qu’il osa enfin me regarder.   « Ne baisse pas la tête. Et je ne veux plus jamais te voir en robe. A part si c’est vraiment ce que toi tu veux porter. »   Anne leva les yeux au ciel exaspérée.   « Tu n’as aucun tact. -Je n’en ai pas besoin. -Si tu le dis. »   Anne se tourna vers moi avec un petit sourire :   « Télémaque devait se déguiser en homme pour une affaire et il s’est rendu compte que ça lui convenait beaucoup plus. -Tu devrais arrêter de raconter la vie des autres comme si c’était la tienne. -Je donne simplement du contexte. Je ne donne aucun détail. Mais sans contexte comment veux-tu qu’il comprenne ? »   La Duchesse ne l’écoutait déjà plus. Elle se posta à son bureau et sortit un paquet de documents qu’elle laissa tomber sans ménagement sur le bois. Mais avant d’aller plus loin, Leonord me regarda droit dans les yeux :   « La suite ne te regarde pas. -Quoi ? Tu ne peux pas me dire de partir maintenant. -Si. -Mais tu viens de sortir des documents secrets devant moi. Tu aurais dû me dire de partir avant. »   Anne hocha doucement la tête :   « Le pauvre petit. Il va se faire pleins de films maintenant. Je me demande ce qu’il va s’imaginer… »   Je ne bougeais pas faisant comprendre que je ne comptais pas partir. Ayant perdu patience Carma s’approcha de la table et me souffla sans ménagement de retourner dans mon trou. Anne pinça les lèvres rêveuse :   « Après tout c’est mieux ainsi. Il savait pour le passage secret et pas nous alors à notre tour de lui cacher quelque chose. -Si vous n’aviez vraiment pas voulu de moi alors vous ne m’auriez pas ouvert la porte. »   Tous les regards se posèrent sur la Duchesse qui était en train de lire calmement.   « C’est vrai ça. Pourquoi l’avoir fait entrer ? demanda Oscar. »   La Duchesse ne répondit pas. Décidément elle était presque la même entourée de ses amis.   « Tu ne veux quand même pas qu’il devienne une recrue ? -Leonord, tu le connais depuis quand ? Deux mois ? Tu ne peux pas lui faire confiance. -Je n’ai confiance en personne. -Je ne vais pas le prendre pour moi… soupira Anne. -Tu n’imagines pas tous les dangers auxquels tu te livrerais en lui révélant tout ce que nous faisions. »   Leonord leva ses yeux froids et menaçant vers Carma. Cette dernière soutint son regard sans problème.   « Pour qui me prends-tu. Une novice. -D’un autre côté, si elle avait vraiment voulu tout lui dire elle l’aurait déjà fait. »   Anne détailla longuement sa cousine qui se leva doucement de sa chaise. Une fois debout elle surplombait toute la pièce et même Carma recula devant sa carrure.   « Ce que je vais faire c’est lui proposer le même choix qu’à tous les autres. -Déjà ? -N’avais-tu pas pour coutume d’attendre une année ? -De toute façon je n’ai jamais compris pourquoi elle s’imposait cette durée. »   Je commençais à vraiment être irrité de les voir parler de moi alors que j’étais dans la pièce. J’avais l’impression de me retrouver de nouveau au marché. Je serrais les points et essayais de calmer ma respiration. S’énerver n’allait mener à rien.   « Je suis là vous savez ? »   Mais la Duchesse me regarda comme si elle venait simplement de le savoir. Elle me détailla de la tête aux pieds avec une lenteur frigorifiante avant de parler :   « Tu peux partir. »   Il me fallut quelques instants pour comprendre ce qu’elle venait de dire. Jamais je n’aurais pensé que quelqu’un me dirait ces mots un jour et surtout pas la Duchesse. Elle ne m’avait jamais vraiment gardé enfermé mais entendre ces mots sortir de sa bouche me donnait quand même des frissons.   « Vas-t-en. Tu es libre. -C’est ce qui arrive aux esclaves après un an ? Vous les laissez partir ? »   Je secouais la tête. Je n’arrivais pas à y croire. Personne ne ferait cela.   « Une fois que Marcus sera assez vieux je proposerai la même chose à ton amie. Ou elle pourrait rester ici et tu pourrais la visiter. Nous prendrons soin du bébé. Au cas contraire nous l’aiderons à trouver un foyer. Alors pars. »   Elle sourit imperceptiblement en me voyant rester sur place.   « Tu as jusqu’à la fin du bal pour te décider. Je t’aurais donné plus de temps mais malheureusement j’en manque. Tu as jusqu’à demain dès l’aube pour me donner ta réponse. Sois-tu pars et tu n’auras plus jamais rien à faire avec moi ou la noblesse. Ou alors tu restes et tu deviens l’un des notre. »
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