Chapitre 4

790 Mots
4Un si joli petit couple René m’a appelé. Il profite du retour sur la capitale d’un des cousins participant aux festivités sénonaises pour rentrer, en voiture, demain. Le mec accepte même de le déposer à Vitry en faisant un petit détour. Mais de l’Yonne, Vitry ou Paris, c’est pareil. Mon collaborateur manchot profite de son temps partiel pour finir l’après-midi sur la terrasse de l’Hôtel de la Gare où il réside. Je suis rentré tôt chez Vaness’. J’y passe de plus en plus de temps. Plus tôt qu’elle mais comme je lui en ai touché deux mots avant de quitter son commissariat, elle ne s’attarde pas et me rejoint vite. J’avais mal interprété son attitude peu chaleureuse en début d’après-midi. En réalité, elle est très heureuse que ça soit nous qui ayons logé le fuyard. Son ego est intact puisqu’elle savait pertinemment que Saint Antoine ferait tout pour griller ses collègues parisiens. Non, sa bouderie était causée par un remontage de bretelles en règle de la part de son patron, juste avant qu’on arrive. — Il avait raison, le Théo, mais quand même. Je ne l’ai jamais vu énervé comme ça. À un moment j’ai même eu peur de recevoir une baffe. — Qu’est-ce que t’avais fait ? — Une connerie, je reconnais. — Mais encore ? — Un peu long à raconter. Mais si tu y tiens : je planque depuis trois jours devant le hall de l’immeuble des frères Caldosini. Tu ne les connais pas. Bref, je note les allées et venues, je prends des photos… la routine, quoi. Et, hier, Romain (un de ses collègues) me passe un coup de fil pour me demander si tout va bien et si je n’ai besoin de rien. Il devait faire un tour dans le coin. Il m’énerve ce Romain. Lèche-cul et point trop n’en faudrait pour qu’il passe du figuré au sens propre. — Comme une conne, je lui demande de m’apporter un sandwich et un Coca… — Et alors ? Ça ne bouffe pas une fonctionnaire de police en planque ? Pourtant, dans les films… — C’est pas le problème. Le problème c’est que ce con s’est pointé en uniforme. Déjà, venir seul et en uniforme, cité Balzac, c’est pas malin. Mais là, en plus, il m’a complètement grillée. Tu parles si j’ai été repérée dans la minute même où il est sorti de sa bagnole. À peine s’il n’a pas mis le gyro et la sirène. Il a encore beaucoup à apprendre, le gamin. Je comprends que ça puisse l’agacer mais je tente de modérer : — C’est con, en effet, mais tu n’y es pour rien. — Bien sûr que si ! Je suis sa supérieure et, à ce titre, j’aurais dû anticiper avant de lui demander de m’apporter à manger. C’était l’évidence pour moi qu’il viendrait en civil et le plus discrètement possible mais faut jamais se fier aux initiatives d’un collaborateur. J’aurais dû bétonner… ou renoncer à mon sandwich. — C’est si grave que ça ? — Tu rigoles ou quoi ? Tu penses bien que les frères Caldosini vont se rabattre sur un autre endroit pour donner leurs audiences. Non seulement je suis grillée sur ce coup mais, en plus, je suis repérée. Déjà qu’on me repère vite… Là, elle a raison. Même si elle était charcutière, elle ne passerait pas inaperçue. J’essaye de la consoler comme je peux, en évitant toute maladresse, en n’en faisant pas trop ni pas assez. Le chemin est étroit mais elle se calme quand je relativise avec prudence : — En trois jours, telle que je te connais, tu avais déjà recueilli un max de renseignements. Non ? — Si, tu as raison. J’ai une bonne idée du réseau et on a pu identifier la majorité des mecs que j’ai photographiés. — Alors c’est le vieux qui a tort de t’engueuler. — Non, parce qu’une connerie, c’est une connerie. Ça aurait été pareil si ça avait été le premier jour. Je ne cherche pas à la convaincre davantage. On a autre chose à faire de la soirée qui va bientôt commencer et vous savez très bien de quoi je veux parler. Van’ c’est comme une évidence. Je ne suis pas naïf, je sais que tout n’est qu’hormonal. Des fois, ça me contrarie d’obéir au doigt et à l’œil et à autre chose à ces pulsions que je n’explique pas bien. Pourtant, à bien y regarder, on fait à peu près tout le temps la même chose. C’est vrai qu’on use d’une gamme étendue dans le possible des caresses diverses et pas toujours très normées. De temps à autre même, à froid, on se trouve un peu dégoûtants. En amour, faut pas réfléchir. Vous m’imposeriez une pizza margherita à chaque repas que je me lasserais vite. Mais Vanessa, j’en réclame encore et encore. J’avais peur que notre récente cohabitation ne restreigne nos élans mais, pour l’instant, il n’en est rien. Au contraire. Combien de temps ça va durer ? Le seul hic, c’est qu’après je me demande à quoi ça sert tout ça. Mon éternel spleen post-coïtum qui a fait foirer toutes mes relations. Sauf les épisodiques. Faudra que je consulte. Je le ferai dans un bouquin où j’aurai de la place. Je ne vous détaille pas, vous savez très bien. Même pour les pizzas qu’on fait monter du coin de la rue.
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