Le petit prince marcha à ses côtés sans dire un mot.
Ils traversèrent les couloirs, puis retrouvèrent peu à peu l'agitation du jardin. La musique, les préparatifs, les voix... tout revint d'un coup.
Mila ralentit légèrement.
— Merci, dit-elle en se penchant un peu vers lui avec un sourire sincère. Et... joyeux anniversaire.
Le garçon hocha la tête, sans sourire cette fois, mais sans la quitter des yeux.
Puis elle s'éloigna.
•••
Mila rejoignit Lila et les autres, comme si de rien n'était.
À peine arrivée, Lila se pencha vers elle, discrètement.
— T'étais passée où ?
— Aux toilettes... répondit Mila calmement. Je me suis un peu perdue.
Lila la fixa une seconde, sceptique... puis reprit son travail.
Mais Mila sentit un regard.
Elle releva légèrement les yeux.
Le petit prince.
Un peu plus loin, immobile, il l'observait.
Comme s'il essayait de comprendre.
•••
Soudain, une femme apparut.
Élégante. Imposante. Chaque geste maîtrisé.
Elle s'approcha du garçon et posa une main douce sur son épaule.
— Mon chéri... il est temps d'aller te préparer. Les invités arrivent déjà.
Le garçon leva les yeux vers elle.
— Je veux rester ici... regarder.
Elle esquissa un léger sourire.
— Tu verras tout à l'heure.
Un court silence.
Puis il céda.
— D'accord... maman.
Mila sentit quelque chose se figer en elle.
Son regard suivit la femme.
Sa posture. Son assurance. La façon dont tout le monde s'écartait presque naturellement sur son passage.
Aucun doute.
C'était elle.
La femme de l'émir.
Mila baissa légèrement les yeux, comme pour ne pas attirer l'attention.
Mais intérieurement...
Elle venait de franchir une nouvelle étape.
Elle n'était plus seulement proche du cercle.
Elle était dedans.
•••
Une fois la table de confiseries parfaitement dressée, Lila et son équipe reculèrent d'un pas.
Tout était prêt.
Les couleurs, les formes, les détails... un travail impeccable.
L'organisatrice s'approcha, regarda l'ensemble, puis hocha la tête avec satisfaction.
— Parfait. C'est exactement ce qu'on voulait.
Une autre femme, Iman, la gouvernante discrète du palais, au service de la famille depuis 20 ans. Elle sait presque tout, mais choisit ce qu'elle révèle... et à qui. Plus imposante, plus silencieuse... celle qui semblait tout superviser, jeta un dernier regard.
— Bien. Vous pouvez partir.
Lila esquissa un sourire professionnel.
— Merci.
Les invités commençaient déjà à arriver.
Des voitures luxueuses. Des hommes en costume, des femmes élégantes, des enfants habillés comme des petits princes et princesses. Tout respirait le pouvoir. L'argent. L'influence.
Lila et son équipe furent accompagnées vers la sortie.
Mais Mila... elle ralentit.
Un pas de moins.
Puis encore un.
Et sans bruit... elle disparut.
•••
Elle ne pouvait pas partir comme ça.
Pas après tout ça.
Pas sans rien.
Elle se glissa à nouveau à l'intérieur du palais, plus vite cette fois, plus nerveuse. Les couloirs semblaient encore plus surveillés. Les mouvements plus fréquents.
Elle avançait vite.
Trop vite.
— Hé ! Stop !
Un garde.
Il l'avait repérée.
Son cœur accéléra.
Mila se mit à courir.
Elle tourna brusquement dans un couloir, tenta une autre direction..
Et heurta quelqu'un de plein fouet.
— Désol..
Elle releva la tête.
Et se figea.
Lui.
L'émir.
Imposant. Froid. Accompagné de son bras droit et chef de le sécurité Fayçal Al-Karim.
Le silence tomba d'un coup.
Son regard sur elle... dur, tranchant.
— Qu'est-ce que cette p**e fait ici ? lança-t-il, sans même la regarder comme une personne.
Le bras droit s'apprêta à répondre—
Mais une voix coupa tout.
— Papa !
Le petit prince.
Accompagné de sa mère.
Mila resta immobile.
Le cœur battant.
L'émir détourna légèrement les yeux vers son fils.
— Enlève ton voile, ordonna-t-il à Mila.
Mais le garçon intervint aussitôt.
— C'est la dame des confiseries. Elle s'est encore perdue.
Un silence.
Puis il ajouta, avec une sincérité désarmante :
— Elle est gentille... elle peut rester ?
La mère du prince intervint immédiatement, glaciale.
— Non. Ce genre de personne n'a pas sa place ici.
Le ton était ferme. Sans appel.
Un silence lourd s'installa.
Tous les regards étaient tournés vers l'émir.
Puis, finalement..
— Elle reste, dit-il.
Simplement.
La décision tomba.
La Sheikha le fixa, furieuse.
— Ce n'est pas acceptable.
Mais il ne répondit pas.
Elle serra la mâchoire, puis attrapa la main de son fils.
— Viens.
Et elle s'éloigna avec lui.
Le petit prince se retourna une dernière fois vers Mila.
L'émir reporta son attention sur elle.
— Changez-la, dit-il à son bras droit. Et surveillez-la.
Puis il tourna les talons et s'en alla.
Le bras droit s'approcha de Mila.
— Suivez-moi.
Son ton ne laissait aucune place au refus.
Ils traversèrent une autre aile du palais. Plus calme. Plus fermée.
Il ouvrit une porte, entra.
— Prenez ça.
Il lui tendit des vêtements.
— Et e*****z ça, ajouta-t-il en désignant son voile.
Mila le regarda.
— Je préfère le garder.
Un silence.
L'homme la fixa quelques secondes... puis céda.
— Faites vite.
•••
Quelques minutes plus tard, il la raccompagna.
Mais pas au centre.
Il la plaça en retrait.
Loin des invités.
Visible... mais contrôlée.
Comme un objet qu'on tolère... sans vraiment l'accepter.
⸻
Mila leva les yeux.
Le jardin était désormais rempli.
Les rires. Les discussions. Le luxe.
Et au milieu...
Le petit prince.
Il la vit.
Et lui fit un léger sourire.
Mila répondit discrètement, levant la main.
Un geste simple.
Mais suffisant.
Un peu plus loin, la Sheikha observait la scène.
Son regard passa de son fils... à Mila.
Froid.
Dur.
Elle n'aimait pas ça.
Pas du tout.
Et Mila comprit.
Qu'ici... chaque geste avait des conséquences.
•••
La fête battait son plein.
Les rires d’enfants résonnaient dans le jardin, mêlés à la musique douce et aux conversations feutrées des invités. Les tables débordaient de mets raffinés, les cadeaux s’empilaient, soigneusement emballés. Tout était parfaitement orchestré.
Un monde parfait.
Mila, elle, restait à l’écart.
Debout. Discrète. Sous surveillance.
Le garde ne la quittait pas des yeux.
Elle observait en silence, tenant son rôle malgré tout. Mais elle sentait déjà que quelque chose lui échappait. Qu’elle était trop visible… et trop inutile à cet endroit.
Puis, soudain..
— Tiens.
Elle baissa les yeux.
Le petit prince se tenait devant elle, lui tendant une part de gâteau.
Mila fut surprise… puis elle sourit doucement.
— Merci.
Elle prit l’assiette.
Un geste simple.
Presque innocent.
Mais pas pour tout le monde.
⸻
Un peu plus loin, deux femmes observaient la scène.
La Sheikha, droite, tendue… et à ses côtés, une femme plus âgée. Élégante. Imposante. Son regard était calme, mais chargé d’une autorité naturelle.
Sheikha Mariam Al-Maktari, la mère de l’émir.
— Qui est cette fille ? demanda-t-elle calmement.
La Sheikha pinça légèrement les lèvres.
— Une employée… répondit-elle avec mépris. Mon fils a eu pitié d’elle.
La femme plus âgée esquissa un léger sourire.
— Salman a un bon cœur… dit-elle doucement. Il sera quelqu’un de généreux.
Elle marqua une pause.
— Comme il se doit.
— Je ne veux pas qu’il se rapproche de gens de bas étage, répliqua froidement la Sheikha.
Un court silence.
Puis la femme acquiesça.
— Tu as raison.
Son regard resta posé sur Mila.
Un regard différent.
Plus… attentif.
— Surveille-le, ajouta la Sheikha.
Trois gardes s’approchèrent immédiatement.
Non loin de là, l’émir avait aussi remarqué la scène.
Son regard s’était arrêté sur Mila.
Et surtout…
Sur l’intérêt que son fils lui portait.
Une autre silhouette venait d’arriver.
Khaled.
Son regard balaya rapidement le jardin… puis s’arrêta net.
Sur elle.
Mila.
Invisible pour les autres. Mais brutal pour lui.
— Qu’est-ce qu’elle fait ici… pensa-t-il.
Son regard se durcit légèrement.
•••
Les gardes s’approchèrent du petit prince.
— Il faut y aller, Altesse.
Le garçon protesta à peine, mais finit par suivre.
Mila, toujours avec ce léger sourire, releva la tête..
Et croisa le regard de Khaled.
Une seconde.
Pas plus.
Mais suffisante.
Elle détourna immédiatement les yeux.
Son cœur accéléra.
Non.
C’était mauvais.
Très mauvais.
Elle recula légèrement… puis se détourna.
Et s’éloigna.
— Où allez-vous ? lança le garde derrière elle.
— Je dois rentrer.
Sa voix était calme.
Khaled l’avait vue.
Chaque seconde passée ici devenait un risque.
•••
Soudain, le garde reçut un appel.
Son regard changea.
— Vous ne partez pas.
Mila fronça légèrement les sourcils.
— Pardon ?
— Suivez-moi.
Le ton ne laissait aucune place au choix.
•••
Il l’emmena à l’intérieur.
Dans une autre aile.
Il ouvrit une porte, la fit entrer.
— Attendez ici.
— Mais—
La porte se referma.
Mila se retourna immédiatement, frappant contre le bois.
— Hé ! Ouvrez !
— Arrêtez de faire du bruit, répondit la voix du garde derrière la porte.
Le silence retomba.
Brutal.
Mila posa lentement sa main contre la porte.
Son souffle était plus rapide.
— m***e…
Elle recula légèrement.
Regarda autour d’elle.
À suivre