Chapitre 3

1340 Mots
Il avançait dans le couloir feutré, et soudain... Elle apparut. Juste là, à la sortie de la salle de bains. Ils se figèrent tous les deux. Elle, dos à la lumière, silhouette fine, jambes gainées, regard tendu. une taille fine qui mettait en valeur des hanches pleines, des fesses galbées et des seins fermes, généreux, impossibles à ignorer même sous le tissu noir du haut moulant. Dans ce genre de soirée, les regards glissaient naturellement sur elle, certains s’attardaient sans aucune gêne, d'autres tentaient d’éviter de trop fixer… mais tous la voyaient. Lui, une expression indescriptible dans les yeux. Silence. Battements suspendus. Leurs regards se croisèrent, violents, chargés, aimantés. Khaled s’avança lentement. Un pas. Deux. Il ne parlait pas. Il l'observait. Et Mila, immobile, le fixait comme si elle avait deviné. Il se tenait devant elle, calme, mais son regard autoritaire ne laissait place à aucune échappatoire. Il ne parlait pas fort, mais chaque mot semblait peser dans l’air comme un ordre déguisé. Mila, le visage à demi couvert, soutenait pourtant son regard. Il lui demanda d’ôter ce voile. Elle répondit avec aplomb, presque provocante : — Ça fait partie de ma séduction… je préfère qu’on devine. Elle mentait. Ce voile n’était pas un jeu, mais une protection. Elle ignorait qui il était vraiment. Juste un homme parmi d’autres dans cette villa fermée où se jouait un théâtre silencieux de luxe, de s**e et de domination. Elle l’avait déjà aperçu dans un journal, aux côtés de l’émir, mais n’avait pas retenu son nom, ni cherché à savoir. Cela lui importait peu. Ce soir, elle voulait juste survivre aux regards affamés. — Je veux que tu danses, lui dit-il alors, les yeux fixés sur elle. — Je ne suis pas une danseuse, répondit-elle, les bras croisés sur sa poitrine. — Tu vas improviser. Il ne souriait pas. Il ne marchandait pas. Il exigeait. Mila avait l’habitude de repousser, de temporiser. Mais cet homme n’était pas comme les autres. Il dégageait quelque chose de... ferme. Inébranlable. Elle comprit qu’elle ne pourrait pas l’éloigner si facilement. — Alors suis-moi, dit-elle avec un faux calme. Elle s’aventura dans les couloirs de la villa, à la recherche d’un espace privé. Les murs résonnaient de gémissements, les portes entrebâillées laissaient entrevoir des scènes qu’elle préférait oublier. Même les salons étaient habités par des corps enchevêtrés. Elle soupira. — Tu n’as pas de chance… il y a trop de monde, murmura-t-elle. On ne sera pas tranquilles. Il sourit légèrement et lui fit signe de le suivre. Il ouvrit une porte-fenêtre donnant sur un balcon. L’air frais la gifla doucement. L’endroit surplombait l’eau noire. Aucune villa voisine à l’horizon. Rien que le calme. Il s’assit sur un fauteuil bas, jambes écartées, bras posés sur les accoudoirs. — Danse, ordonna-t-il. Mila resta immobile quelques secondes, le cœur battant. Puis elle bougea lentement. Pas vraiment une danse, plutôt une ondulation hésitante de ses hanches, un jeu de jambes fluide, une façon d’occuper l’espace et d’attirer les regards. Il ne la quittait pas des yeux. Elle s’approcha lentement. Son corps généreux, sa taille marquée, ses fesses pleines, tout en elle appelait la sensualité brute. Mais lui… il restait impassible. Jusqu’à ce qu’il tende la main. Il tira doucement sur le voile, le fit glisser de son visage. Le tissu tomba, dévoilant enfin ses traits. Khaled la regarda longuement, sans un mot. — Tu es belle. — Merci, dit-elle doucement. Elle remit son voile en silence, comme si elle tentait de se protéger à nouveau derrière ce tissu fin. Il ne dit rien. Il se contenta de lui faire signe de s’asseoir. Mila obéit, intriguée. Il s’était reculé dans le fauteuil, le regard tourné vers l’horizon noir, là où la mer semblait se confondre avec le ciel. Aucun bruit, aucun voisin, rien que le clapotis de l’eau et les bruits étouffés de la villa derrière eux. Khaled semblait ailleurs. Comme s’il venait ici chercher une respiration loin de tout ce cirque. Il n’avait rien exigé. Rien demandé. Il laissait passer le temps sans attendre quoi que ce soit d’elle. Mila le fixait, troublée. C’était la première fois qu’un homme ne la déshabillait pas du regard. Qu’un homme ne la touchait pas, ne réclamait rien. Ce silence, ce calme, c’était presque... dérangeant. Il se leva soudain, sans brusquerie. — Je vais rentrer, dit-il simplement, puis ajouta en la regardant une dernière fois : On se reverra. Et il s’éloigna dans l’obscurité. Mila resta là, assise, figée. Le cœur encore un peu serré sans qu’elle comprenne pourquoi. Elle resta au balcon de longues minutes, préférant l’air frais aux regards affamés de la salle, aux propositions qu’elle avait repoussées toute la soirée. Ces hommes-là, bien que riches et puissants, lui donnaient la nausée. Leurs fantasmes, leurs mains pressantes, leurs murmures sordides... Elle n’était pas venue pour ça. Elle se sentait comme un corps piégé dans une mascarade dorée. Alors elle resta là, seule, sous les étoiles, le regard perdu au loin. Peut-être espérait-elle que la nuit finirait sans qu’on vienne la chercher. Peut-être repensait-elle à cet homme étrange, calme, au regard profond. Celui qui n’avait rien pris. Celui qui, justement, pourrait devenir dangereux. À l’aube, les premières filles revinrent. Le visage fatigué, le maquillage bavé, certaines riaient entre elles, d’autres ne parlaient pas. Quelques-unes manquaient à l’appel. Elles étaient restées là-bas. Volontairement ou non, Mila l’ignorait. Une chose était sûre : ce n’était pas seulement une soirée. C’était un système. Mila s’était enfermée dans sa chambre dès son retour. Elle avait tourné la clé, baissé les rideaux et retiré son voile avec rage. Son cœur n’avait pas cessé de battre depuis le moment où elle avait quitté ce balcon. Elle alluma son ordinateur, chercha ce qu’elle pouvait sur l’émir et sur ce Khaled, dont le regard continuait de la hanter. Les pages s’enchaînaient. Les photos officielles. Les voyages diplomatiques. Des articles lisses, propres, sans aspérités. Jusqu’à ce nom, enfoui dans un vieux blog encore en ligne. Un journaliste indépendant. Un certain Karim Baalbaki. Il y a deux ans, il avait publié un article coup de poing affirmant que l’immeuble où les filles étaient logées appartenait à un fonds émirati contrôlé par le Cheikh Hamdan Al-Maktari lui-même. Il y dénonçait un réseau discret, bien huilé, où de jeunes femmes étrangères étaient hébergées, testées, puis intégrées à des cercles fermés pour des soirées dites “culturelles”. Le mot était ironique. Mais quelques semaines plus tard, le même journaliste avait sorti une vidéo maladroite, presque pathétique, où il démentait tout. Il disait avoir menti, s’excusait publiquement, et affirmait que tout était faux. Il avait été “trop zélé” disait-il. Puis plus rien. Plus aucune publication. Son blog s’était figé dans le temps. Mila resta figée. Ses doigts sur le clavier, le souffle court. Il a dû être menacé. Ou pire. Soudain, un cri perça le silence. Une voix féminine, proche, étouffée. Puis des coups. Un bruit sourd contre un mur. Mila bondit, s’approcha de la porte. Elle colla l’oreille. — Tais-toi ! Tu veux qu’on te fasse taire pour de bon ?! Une voix masculine, brutale. Puis un bruit de claque. Des pas précipités. La fille pleurait. Mila posa la main sur la poignée mais n’osa pas l’ouvrir. Tout son corps lui criait d’intervenir, mais son instinct de survie la clouait sur place. Elle savait que là, ce n'était pas de la mise en scène. C’était réel. Viscéral. Dangeureux. Elle recula. Lentement. Puis s’allongea sur le lit, sans éteindre la lumière. Elle fixait le plafond, les yeux ouverts, le cœur au bord des lèvres. Quel genre d’endroit est-ce que tu as mis les pieds, Mila ? Tout était louche. Les regards. Le silence. L’argent. Les disparitions. Les filles qui ne revenaient pas. Et ce prince qui n’avait rien demandé d’autre qu’une danse, un regard, et la promesse de la revoir. Elle n’arriva pas à dormir. Le message était arrivé à 18h12. Prépare-toi. Robe noire, cheveux lâchés. Voiture dans 30 minutes. Aucune signature. Aucune adresse. Mais Mila avait compris : c’était sa première convocation. À suivre
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