Mila étouffa un cri. C'était v*****t. Puissant. Millimétré. Il ne lui laissait aucune échappatoire. Il imposait son rythme, sa force, son feu.
Elle répondit par des griffures sur son dos, des râles qu'elle ne contrôlait plus, des appels muets qu'elle n'aurait jamais pensé prononcer. Ses hanches suivaient la cadence. Son corps brûlait d'une fièvre qu'elle n'avait pas prévue.
Il la dominait entièrement. Et au lieu de fuir, elle s'ouvrait à lui. Comme une porte verrouillée depuis trop longtemps.
Khaled grognait, haletait, son souffle se mêlant au sien. Il l'embrassa à nouveau, plus brutalement. Il voulait l'entendre. La briser. L'arracher à elle-même.
Et Mila, sous lui, le laissait faire. Parce qu'au fond... c'était exactement ce qu'elle était venue chercher. Sans le savoir.
Il était déjà debout lorsqu’elle sortit de la salle de bain, une serviette nouée autour de la taille, le regard plongé dans son téléphone. Il leva à peine les yeux, mais un léger sourire effleura ses lèvres en la voyant.
— Bien dormi ?
Elle hocha la tête, silencieuse, cherchant à masquer le trouble qui restait accroché à sa peau, comme les traces de ses mains sur ses hanches.
— Je vais parler à l’agence, dit-il simplement. Je veux que tu sois assignée à moi. Personnellement. Plus de rendez-vous avec d’autres hommes.
Mila cligna des yeux. Son cœur se serra. L’information la frappa de plein fouet.
— Tu veux dire... toujours avec toi ? demanda-t-elle, feignant la surprise.
— Oui. Je ne partage pas.
Il disait cela avec cette autorité calme qui ne laissait aucune place à la négociation. Mais Mila resta muette. Son cerveau tournait à toute vitesse.
Accepter, c’était s’enfermer dans un rôle unique, perdre l’occasion d’enquêter sur les autres clients… ceux qui, peut-être, savaient ce qui était arrivé à Sofia.
Refuser, c’était continuer ce jeu dangereux de séduction avec des inconnus, coucher avec d’autres hommes. Ce qu’elle ne voulait plus. Ce qu’elle ne pouvait plus.
Parce que cette nuit, elle avait failli à son plan. Elle avait cédé, de son plein gré. Et ce n’était pas censé arriver.
— Je dois réfléchir, murmura-t-elle, en remettant sa robe. Ce n’était pas prévu, tout ça.
Khaled s’approcha. Il posa une main sur sa nuque, ses doigts chauds contre sa peau encore fiévreuse.
— Tu peux réfléchir autant que tu veux. Mais moi, j’ai déjà choisi.
Elle releva les yeux vers lui. Il ne la regardait pas comme un produit. Il la fixait comme une énigme qu’il avait envie de percer. Et qu’il refusait de laisser filer.
— Pourquoi moi ? souffla-t-elle.
Il sourit, cette fois franchement.
— Parce que tu ne mens pas très bien. Et que j’ai besoin de ça en ce moment.
Il se détourna, récupérant sa montre en or sur le bureau. Mila resta là, figée, incertaine.
Et dans sa tête, un dilemme cruel : sauver Sofia… ou se sauver elle-même.
— Je ne suis pas une marchandise, murmura Mila en attrapant ses boucles d’oreilles posées sur le marbre. Tu ne peux pas juste me choisir comme on réclame un service à la carte.
Khaled, déjà en train de boutonner sa chemise noire, leva lentement les yeux vers elle. Son regard ne trahissait ni colère ni surprise. Juste cette intensité calme, dangereusement maîtrisée.
— Tu crois que c’est ce que je fais ?
— Je crois que tu es habitué à avoir tout ce que tu veux. Et que je ne suis pas sûre d’en faire partie.
Il s’approcha. Pas brusquement, mais avec cette lenteur volontaire qui mettait les nerfs à vif. Il se planta devant elle, à quelques centimètres. Il pouvait sentir son souffle, elle pouvait sentir le sien.
— Tu veux quoi, Mila ? Des garanties ? Une promesse ? Un contrat ?
Elle ne détourna pas les yeux.
— Je veux une liberté.
Il haussa un sourcil.
— Laquelle ?
— Celle de poser une seule question, à un moment de mon choix… et que tu me répondes franchement. Sans détour. Sans me mentir.
Khaled la fixa longtemps. Puis ses lèvres se plissèrent en un demi-sourire. Il comprenait qu’il y avait autre chose, une couche plus profonde que ce qu’elle voulait bien montrer. Une brèche sous le masque de la belle Mila.
— C’est tout ?
— C’est tout. Mais c’est non négociable.
Un silence glissa entre eux, chargé d’électricité. Puis Khaled tendit la main.
— Marché conclu.
Elle hésita un instant, puis serra ses doigts dans les siens. Sa paume était chaude, ferme, décidée.
— À une condition aussi, ajouta-t-il.
— Laquelle ?
— Que tu sois à moi. Le temps que je le décide. Pas d’autres hommes. Pas d’autres missions.
Elle acquiesça sans un mot, le cœur battant. Elle venait de signer un pacte avec un homme qu’elle devait peut-être détruire. Et le plus cruel, c’est qu’elle n’en avait plus envie.
Fayçal gara le 4x4 noir devant l’entrée de la résidence discrète où l’agence logeait ses filles. Mila descendit sans un mot, la tête haute, malgré la boule d’appréhension nouée au creux du ventre. Elle n’aimait pas ce lieu, elle ne l’avait jamais aimé. Chaque mur semblait respirer la résignation. Et elle, elle refusait d’en faire partie.
Elle monta seule à l’étage, récupéra sa valise rapidement, glissant à l’intérieur quelques effets personnels qu’elle avait apportés. Mais elle laissa délibérément les vêtements que l’agence lui avait fournis. Ils lui donnaient la nausée. Elle n’en voulait pas. Ce n’était pas elle.
Lorsqu’elle sortit de l’appartement, dans le couloir, plusieurs filles étaient là. Assises, accoudées aux murs, ou debout à papoter entre elles. La porte ouverte avait attiré leur attention, et les chuchotements se firent vite moqueries.
— Déjà de retour avec la valise ? lança l’une d’un ton acide.
— Eh bah, elle l’a bien sucé son client pour avoir un passe-droit si vite.
— Elle fait la grande dame maintenant. À sa première soirée seulement !
Ricanements. Gloussements. Des regards pleins de jalousie et de fiel. Mila resta droite, ne leur accorda d’abord qu’un bref regard.
Mais elle s’arrêta finalement. Se retourna. Et planta ses yeux dans ceux de la plus bruyante.
— Vous parlez beaucoup… mais vous bougez peu. Vous êtes là depuis combien de temps ? À attendre d’être choisies ? Moi, j’ai décidé de ne pas attendre.
Un silence tendu tomba d’un coup. Mila poursuivit, calmement :
— Oui, j’ai fait ce qu’il fallait pour qu’il me remarque. Mais au moins, je ne vais pas devoir me vendre chaque soir à un homme différent. Il va me loger. Me garder pour lui. Et c’est moi qui poserai mes conditions.
Une autre s’apprêtait à répondre mais Mila coupa court :
— Ce n’est pas une fierté, croyez-moi. Je ne suis pas ici pour ça. Mais je sais ce que je veux. Et ce que je vaux. Faites pareil, au lieu de passer vos journées à vous épier et à vous dénigrer.
Elle tourna les talons, la valise roulant derrière elle, sa démarche droite et assurée. Les filles ne dirent plus rien. Certaines détournèrent le regard. D’autres, plus récentes, semblaient presque admiratives.
Alors qu’elle passait devant l’ultime appartement, près de l’ascenseur, une voix l’arrêta.
— T’as eu de la chance. Mais fais attention.
Mila se retourna. Une fille brune, fine, au visage calme et presque triste, se tenait dans l’embrasure de sa porte. Elle la fixait avec une intensité étrange. Pas d’envie. Pas de haine. Mais quelque chose de plus profond. Comme une alerte voilée.
— Parfois… c’est quand on croit s’en sortir qu’on tombe dans le piège.
Mila resta figée. Elle voulait répondre. Demander ce qu’elle savait, pourquoi ce ton. Mais la fille referma la porte d’un geste lent et précis, sans attendre de réponse.
L’ascenseur s’ouvrit dans un léger bruit métallique. Mila inspira longuement, l’écho de cette mise en garde vibrant encore dans sa tête.
Elle descendit rejoindre Fayçal. Elle avait tourné une page.
Mais laquelle, exactement ?
Fayçal l’attendait en bas, appuyé nonchalamment contre la voiture. Quand il vit Mila s’approcher avec seulement sa valise à la main, sans un seul des sacs de l’agence, il haussa un sourcil sans commenter. Il ouvrit simplement le coffre, y déposa la valise, puis lui tint la portière.
Pendant le trajet, ils échangèrent à peine quelques mots. Mila fixait les rues de Dubaï qui défilaient, mais son esprit était ailleurs. Elle pensait à Khaled, à la nuit dernière, à cette proposition soudaine. À ce que cette fille lui avait dit dans le couloir. "Un piège." Ce mot résonnait encore. Mais quel piège ? Elle devait rester prudente.
Le véhicule s’arrêta devant un immeuble chic du quartier de Jumeirah. Sécurisé. Discret. Luxueux sans être tape-à-l’œil.
À suivre