La personne agenouillée était l'homme de tout à l'heure. Quant à celle qui le surplombait ce n'était autre qu'Iris. Tandis que l'homme s'écroulait à terre elle tourna la tête vers moi et quand nos yeux se croisèrent je me mis à pleurer. Des larmes de frustration. J'étais frustrée que celle en qui j'avais le plus confiance était une toute autre personne et que je ne m'en étais pas rendue compte alors que je l'avais eu sous le nez tout ce temps.
J'étais frustrée parce que maintenant toutes les pièces du puzzle se mettaient en place toutes seule. Cette soirée où Iris s'était absentée alors que j'étais bourrée, Théo assassiné dans l'hôpital et maintenant ça... J'aurais dû me douter. Peut-être pas le deviner mais au moins me douter de quelque chose. Mais non. Je n'avais rien vu. J'étais aveugle. Moi qui avais été tant traumatisée par ces meurtres j'avais fréquenté la meurtrière.
Toutes ces vérités me frappèrent en plein visage et je les intégrais en l'espace d'une seconde. Après cette seconde passée j'essuyais mes larmes et courrais aussi vite que possible à la gare. Je devais rentrer. Je devais fuir. Je devais partir. Je devais courir vite. Aussi vite que possible.
J'entendis Iris m'interpeller mais je ne me retournais pas et courais aussi vite que mes jambes me le permettaient. J'eus énormément de chance et arrivais pile en même temps que je train. Je sautais donc dedans et partais vers chez moi. Je passais tout le chemin l'esprit bloqué sous le choc. Je n'arrivais à voir rien d'autre qu'Iris avec le couteau dans sa main. Je faillis même rater mon arrêt tellement j'étais dans un autre monde.
Une fois descendue du train je courais de nouveau et ne me calmais qu'une fois enfermée dans ma chambre. Mais ce calme ne dura pas longtemps. Tout de suite après la porte fermée je me rendis compte que quelque chose n'allait pas. Tous mes sens étaient en alerte et j'appréhendais le moment où j'allais devoir me retourner. Je restais donc face à la porte à calmer ma respiration quand j'entendis Iris m'appeler.
Je me retournais en sursaut me croyant dans un film d'horreur et prenais une position apte pour me défendre. Iris leva immédiatement les mains en l'air en signe de paix et je vis qu'elle n'avait plus son couteau mais qu'elle portait toujours les gants avec lesquels elle avait tué l'homme.
Iris me parla avec une voix beaucoup trop calme pour la situation:
"Mal... Je ne te veux aucun mal je te le jure.
-Je ne te crois pas.
-Tu dois me faire confiance.
-Comment tu veux que je te fasses confiance? Tu me mens depuis tout ce temps...
-Je ne t'ai jamais menti Mal.
-Depuis que je te connais tu... Tu étais là pour me soutenir parce que j'avais horriblement peur de ces meurtres mais en fait c'était toi qui me faisait peur. Toi et toi seule.
-Ils le méritaient, Mal.
-Personne ne mérite de mourir.
-Et Théo?
-Lui non plus! Il n'a pas mérité de mourir! Il devait pourrir dans une cellule. Pas mourir par tes mains. Pour qui est-ce que tu te prends pour décider qui mérite de mourir ou non?
-Ils étaient mauvais, Mal. Ils harcelaient, ils violaient, ils agressaient. Je ne pouvais pas les laisser continuer.
-Tu aurais dû appeler la police. En les tuant tu es devenue l'une des leur.
-Je m'en fiche.
-Pas moi!"
Je secouais la tête ne voyant plus rien à travers mes larmes.
"Pas moi... Pour moi tu étais quelqu'un de bien. Tu étais tellement bien...
-Je ne m'excuserai pas, Mal. Je ne suis pas venue pour te tuer ou pour supplier ton pardon. Tout ce que je veux c'est t'expliquer. Je te laisserai ensuite choisir ce que tu vas faire.
-Je ne veux pas choisir. Je ne suis personne.
-Pas pour moi. Tu es la seule personne à qui je confierais ma vie, Mal.
-Et ta mère alors? Tu as pensé à ce que ça lui ferait de savoir la vérité?
-Tu sais très bien quelle relation j'entretiens avec ma mère."
Soudain je réalisais quelque chose.
"Ton père... C'est toi qui l'a tué. N'est-ce pas?"
Iris hocha doucement la tête.
"Pourquoi?
-Il l'a mérité.
-Je..."
J'avais l'impression de nager en plein cauchemar. Iris s'approcha de moi et prit avec douceur ma tête dans ses mains. Encore une fois elle ne m'embrassa pas mais elle me regarda intensément dans les yeux pendant quelques instants. Suite à quoi elle s'éloigna et repartit par ma fenêtre sans un mot comme si elle n'avait jamais été là. Sauf qu'elle était bel et bien venue et la bombe qu'elle avait lâché avait rendu la pièce suffocante.
Elle venait de mettre un choix infaisable entre mes mains. Soit je respectais la loi et ma morale et disait tout à Mathieu soit j'écoutais mon cœur et je sauvais Iris. Parce que oui j'aimais Iris. Je l'aimais de tout mon cœur et ça me brisait de l'imaginer derrière des barreaux.
Je passais de longues heures à pleurer dans un coin de ma chambre avant de prendre une décision.
***
L'après-midi à 14 heures j'avais donné rendez-vous à Iris par message sur le parking de la fac et elle accepta. Elle me sourit de toutes ses dents en me voyant arriver et avança vers moi avant de s'arrêter à distance raisonnable. Je lui souris à mon tour.
"Je t'aime, Iris. Je m'en suis rendue compte il y a quelques mois et depuis je ne pense qu'à t'embrasser toutes les secondes. Et le pire c'est que te voir tuer quelqu'un n'a absolument rien changé. Je n'y peux rien. Je me trouve horrible d'être amoureuse de quelqu'un qui a tué tant de personnes mais c'est le cas. Je t'aime et jamais rien ne pourra changer ça. Tu es parfaite Iris. Tu es parfaite à mes yeux."
J'étouffais un pleure.
"Alors s'il te plaît. Pardonne moi."
Sur ces mots les policiers apparurent et pointèrent tous Iris de leurs armes avant de marcher doucement vers nous. Ils passèrent les menottes à Iris tandis que cette dernière ne m'avait pas lâchée des yeux une seule fois. Elle n'était pas fâchée. Elle souriait et ça rendit la scène encore plus douloureuse.
"Je t'aime Iris. Mais ces personnes avaient aussi des personnes qu'ils aimaient. Alors peut-être qu'ils étaient de mauvaises personnes. Et peut-être que tu as sauvé des vies mais je ne peux pas décider de ça. Je n'en ai aucun droit. J'ai simplement fais ce choix parce que jamais j'aurais pu me pardonner d'avoir gardé ton secret. J'en aurais souffert tous les jours et ça m'aurait détruite à petits feux."
Je pleurais à chaudes larmes tandis qu'Iris continuait à me sourire. Elle arborait un sourire radieux et immense. Je pouvais carrément voir toutes ses dents. Je ne l'avais encore jamais vue sourire comme ça. Je voulais la prendre dans mes bras. Je voulais l'embrasser. Je voulais la gifler. Mais je ne faisais que pleurer.
"Je t'aime Iris. Alors s'il te plaît pardonne moi. Je t'en supplie. Tu as tué Théo pour moi. Je suis donc moi aussi coupable. Je dois donc être punie et pour ça je ne dois pas avoir d'happy ending avec toi... Mais ça ne veut pas dire que je n'en rêve pas."
Le policier m'annonça qu'ils devaient l'emmener. Je tournais les yeux vers lui paniquée. J'avais encore tellement de choses à dire. Elle ne pouvait pas partir si vite. Je voulais lui retirer ses menottes et l'emmener loin mais je savais que ce n'était pas la bonne chose à faire. Je baissais donc les mains impuissantes tandis que je regardais une dernière fois Iris dans ses beaux yeux sombres.
Ils brulaient de tellement de bonheur que c'en était absurde. Alors que le policier la tirait vers la voiture Iris se tourna vers moi une dernière fois et me dit:
"Je reviendrai pour toi."
Et moi je t'attendrai.