bc

La Bonne et le Flic : l’enlevement

book_age18+
202
SUIVRE
1.5K
LIRE
destinée
police
héritier/héritière
tragédie
détective
like
intro-logo
Blurb

La police est en alerte, Diana a disparut ! William et Alex vont devoir faire confiance à Victor pour la retrouver.

Diana tente de survivre et de garder espoir.. pourvu que Merlin ne l'oublie pas...

Qui est cette mystérieuse Eugénie ? pourquoi l'homme est étrange ? est ce qu'elle sortira un jour..

chap-preview
Aperçu gratuit
Prologue
William rentre dans la petite maison. Vide. Silencieuse. Il se laisse tomber dans le canapé. Lui et Diana l’avaient achetée quelques jours à peine avant le drame. Cette maison était leur refuge. Elle n’est plus qu’un tombeau sans corps. Il est épuisé. Des nuits sans sommeil. Des journées entières au commissariat, à suivre la moindre piste, le plus petit espoir. Alexis avait fini par lui passer un savon, l’obligeant presque à rentrer chez lui, à se reposer un peu… à redevenir présentable. Comme si c’était encore possible. Merlin se frotte à ses jambes. Les voisins s’en occupaient quand il n’était pas là, mais ce grand type dégingandé restait ce qui se rapprochait le plus de son humaine préférée. "Allez, Sherlock… elle va revenir." Le chat miaule doucement. William se baisse et le caresse. "Elle te manque à toi aussi ? Ne t’inquiète pas… on la retrouvera bientôt, j’en suis sûr…" Les mots sonnent faux. Il n’y croit presque plus lui-même. Il s’effondre alors, serrant contre lui l’un des oreillers de Diana. Après toutes ces semaines, il garde encore un peu de son odeur. Sa gorge se serre. Où est-elle ? Non… elle n’est pas morte. Il le sent. Elle est en vie, quelque part. Enlevée. Retenue par un taré. Ils avaient tout fouillé. Les hangars, les forêts, les maisons abandonnées. Interrogé tous les prédateurs sexuels du coin. Soupçonné chaque ex, chaque regard de travers. Même Bastien, bien sûr. Mais son alibi tenait… et il s’était suicidé dans sa cellule quelques semaines plus tard, emportant ses secrets avec lui. Personne ne lui en voulait. Personne ne la harcelait. Alors pourquoi ? Est-ce qu’elle allait bien ? L’imaginer seule, enfermée… sans ses habitudes, sans ses rituels… sans lui. L’idée lui lacère l’esprit. Il sent l’espoir s’effriter, jour après jour, comme du sable entre ses doigts. Les larmes coulent sans qu’il puisse les arrêter. Peu à peu, l’épuisement gagne. Merlin se blottit contre lui, chaud et rassurant. William finit par s’endormir ainsi, vidé, brisé… en priant silencieusement pour ne pas être en train de perdre Diana à jamais. Une odeur de café le réveille, suivie d’un juron étouffé. "Merlin ! Sale bête… donne-moi ça ! Bon… mange-le maintenant que t’as commencé." William entrouvre les yeux. "Alex… ? — T’es encore habillé comme hier ? T’as dormi comme ça ? Allez, lève-toi. Douche. Vêtements propres. On s’y remet !" Il acquiesce sans un mot et gagne la petite salle de bain. Tout est à sa place. Comme si Diana allait rentrer. Sa brosse, pleine de cheveux roux. Sa plaquette de pilules, arrêtée à un lundi. Le jour de sa disparition. Il se regarde dans le miroir. Il a l’air d’un fantôme. Sous l’eau chaude, il utilise le gel douche de Diana. Ferme les yeux. Un souvenir le frappe : leurs rires, l’eau trop froide, ses baisers, son regard malicieux. Il rouvre les yeux, le cœur serré. Elle n’est pas là. En serviette, il rejoint Alexis. Café. Un pain au chocolat. " Je sais que tu préfères les croissants… mais Merlin en a volé un. — Merci… Dis-moi… sa plaquette de pilules. Elle ne l’a pas finie." Alexis fronce les sourcils. "Tu penses que celui qui l’a prise veut qu’elle continue ? — Peut-être. Ça vaudrait le coup de vérifier les pharmacies. — Je m’en charge." William hoche la tête. " Merci de m’avoir engueulé… j’y vois un peu plus clair. — Tu penses vraiment qu’elle est encore dans le coin ? — Oui. Je le sens." Alexis menace le chat du doigt. "N’y pense même pas. — T’es pas ma mère, Watson !" Il part chercher des vêtements propres pour son ami. Dans la chambre, il s’arrête. Une petite peluche trône sur le lit. Alexis s’assoit, soupire. La maison est vide. Sans Diana, rien n’est plus pareil. . Le souvenir le frappe sans prévenir. Ce jour-là, Alexis avait déboulé au commissariat, hors de lui. "On m’a volé mon téléphone." Il était furieux. Trop furieux pour remarquer William qui arrivait à son tour, surpris. " Déjà là ? T’es pas avec Diana ?" Alexis s’était figé. "Pourquoi je serais avec elle ? — Elle m’a envoyé un message. Elle disait que t’avais un souci de voiture… que t’étais bloqué chez une fille, paumée en pleine campagne. Qu’elle allait te chercher." Le sang avait quitté le visage d’Alexis. "À quelle heure, ce message ? — J’en sais rien… une heure, peut-être. Pourquoi ?" Alexis avait blêmi. "J’étais pas chez une fille. Et on m’a volé mon téléphone hier soir, au bar." Un silence lourd. "Je l’appelle." William avait prié. Prié de toutes ses forces pour qu’elle n’y soit pas encore allée. Pour qu’elle soit en route, ou chez eux, ou n’importe où sauf là-bas. Messagerie. Encore. Et encore. Un mauvais pressentiment lui avait broyé la poitrine. Ils avaient foncé dans le bureau du commissaire. Bornage immédiat. Pas de discussion. Alexis ne se souvenait de rien. Le bar était bondé, l’ambiance légère. Des rires, des collègues. Puis le trou noir. Les caméras n’avaient rien donné. Trop de monde. Trop de mouvements. Les heures s’étaient étirées, interminables. William rappelait sans cesse. En vain. Victor avait lancé un avis de recherche sur la voiture. Elle avait été retrouvée en fin de journée. Un chemin forestier. Vide. Ils avaient roulé comme des fous. Sur place, tout était là… et pourtant elle n’y était pas. Son thermos de thé encore chaud. Son sac. Son téléphone professionnel. Sa blouse. Comme si elle s’était volatilisée. Ils avaient fouillé les alentours, relevé les traces. Trop nombreuses. Paysans, chasseurs, gardes forestiers. Rien de concluant. Puis Alexis avait aperçu quelque chose, à moitié enfoui dans la terre. Un collier. Le sien. Arraché. C’était la seule preuve. La seule. Celle qui disait qu’elle s’était débattue. William avait refusé d’y croire. Il avait continué à l’appeler, à courir, à chercher, partout. Jusqu’à ce que la colère l’emporte. Jusqu’à ce qu’il hurle, la voix brisée, avant de s’effondrer dans les bras de son cousin. Le souvenir se dissipe. Il se redresse, les mains tremblantes, et emporte les vêtements propres vers son supérieur. " Tiens, mets ça. Le commissaire nous attend." William enfile la veste sans répondre. "Ça m’aurait arrangé que ce soit lui." Alexis esquisse un sourire amer. "Pour une fois qu’il n’a rien à voir avec une histoire louche… En tout cas, celui qui a fait ça finira comme Bastien. — Vaut mieux que ce soit lui qui s’en charge plutôt que moi." Il marque une pause. "Tu peux relever le courrier ? - Bien sûr." Alexis prend les petites clés et ouvre la boîte. Il allait refermer quand une voiture pile devant le portail. Par réflexe, il sort son arme… puis soupire. Catherine surgit du véhicule, furieuse. "POURQUOI NE M’AVOIR RIEN DIT ?! — Ma belle-mère préférée… Catherine… je pensais que mon père t’en avait parlé… — Je viens de l’apprendre à la télévision !" William s’approche, décontenancé. "Catherine ? Qu’est-ce que vous faites ici ?" Elle le fixe, bouleversée. "William… pourquoi suis-je la dernière à apprendre que Diana a disparu ?" Elle le dévisage. " Je comprends mieux pourquoi il passe ses journées au commissariat… - Victor ne vous a rien dit ? — Non. Rien." Sa voix tremble. "Je trouvais ça étrange… je n’avais plus de nouvelles d’elle depuis des semaines. Victor me disait qu’elle travaillait trop, qu’elle était épuisée… mais je le sentais." Elle prend le visage de William entre ses mains. "Regarde-toi… tu ne manges plus, n’est-ce pas ?…" Les deux hommes l’accompagnent jusqu’au bureau du commissaire. À peine entrée, Catherine gifle Victor. " COMMENT AS-TU PU ME CACHER ÇA ?! — Parce que ça ne te concernait pas ! J’ai prévenu sa famille, ses amis proches ! — C’est la meilleure amie de mon beau-fils ! Évidemment que ça me concerne !" Un policier frappe à la porte. " Commissaire ? Les parents de la jeune femme disparue sont là. Ils ont reçu une demande de rançon. — Faites-les entrer. Quand ça concerne cette affaire, inutile de frapper." La mère et le beau-père de Diana entrent. Ils prennent William et Alexis dans leurs bras. "Toujours rien ? — Non… désolé. Voici le commissaire Martin. Il dirige l’enquête. — Ah… le père d’Alexis." Victor va droit au but. "On m’a dit que vous aviez reçu une demande de rançon. — Oui. La voilà." Il lit attentivement, puis fronce les sourcils. "C’est étrange… En général, les ravisseurs ne gardent pas une victime des semaines avant de demander de l’argent. Et pourquoi passer par les parents, alors que le conjoint vit avec elle ? Pour moi, ça ressemble à une mauvaise plaisanterie." La mère de Diana hausse les épaules, amère. " Une plaisanterie ou pas, avez-vous mieux ? Mon ex-mari va demander un crédit en urgence." William secoue la tête. "Ce sera trop long… Le rendez-vous est demain. J’ai quelques économies, mais ça ne suffira pas." Catherine pose immédiatement une main protectrice sur son bras. "Moi, j’ai l’argent." Tous les regards se tournent vers elle. "Et vous êtes ? " demande le beau-père. " Catherine. La belle-mère d’Alexis." Elle inspire profondément. "Diana compte énormément pour lui… et pour moi aussi. Si je peux aider, je le ferai. — Nous ne pourrons jamais vous rembourser…" Victor sourit, calme. "L’argent n’est pas un problème. Et si j’ai raison, il sera vite récupéré." Catherine invite alors les parents de Diana à s’asseoir. "Venez. Prenons un café." Pendant qu’elle les entoure de son attention, presque maternelle, Victor, Daniel, William et Alexis s’isolent déjà pour préparer l’opération. Catherine, elle, n’a plus de doute. Elle ne laissera personne affronter ça seul. À quelques kilomètres seulement du commissariat, Diana lit. La pièce est vaste, élégante, presque chaleureuse. Trop. Un luxe qui n’a rien de rassurant quand on ne peut pas en sortir. Son ravisseur lui a laissé des livres. Lire l’aide à ne pas penser. À oublier le temps. À survivre. Les larmes lui montent aux yeux lorsqu’elle reconnaît le nom sur la couverture. William Shakespeare. William. Son visage lui revient, flou, comme à travers de l’eau trouble. La dernière fois qu’elle l’a vu, elle lui avait dit qu’elle allait chercher Alexis, en panne près d’un village, non loin de son premier bénéficiaire de la journée. Elle l’avait embrassé sur le pas de la porte. Il l’avait serrée très fort contre lui. "I love you." Pourquoi est-elle allée à ce foutu rendez-vous ? Le message lui avait pourtant paru étrange. « Je suis chez une meuf… » Alexis n’employait jamais ce mot. Jamais. Il disait fille. Toujours. Pourquoi n’a-t-elle pas écouté ce malaise ? Elle revoit le chemin boueux, la voiture qui s’enlise légèrement. Le pick-up arrivé derrière. Elle était descendue, agacée, pestant contre Alexis. Puis ce conducteur. Son visage… qu’elle n’avait pas reconnu. Ou pas voulu reconnaître. Quand elle s’était éloignée pour chercher du réseau, il l’avait suivie. Elle se souvient de la piqûre dans le cou. De la brûlure. De la panique. Elle avait couru. Crié. Quelques mètres seulement avant de s’effondrer. Ensuite… le noir. Un frisson la traverse. Elle se revoit se réveiller dans cette première prison. Une chambre capitonnée. Sans fenêtre. Sans repère. Un WC et une douche dans un renfoncement. Un matelas au sol. L’air lui avait semblé manquer. Elle avait cru étouffer. Elle avait hurlé. Longtemps. Jusqu’à s’en déchirer la gorge. Appelé William, encore et encore, jusqu’à presque perdre la voix. Les murs absorbaient tout. Personne ne venait. Par une trappe, on lui faisait passer des plateaux repas. Des vêtements propres. Des produits d’hygiène. Toujours quand elle finissait par s’endormir, épuisée d’avoir lutté, griffé, frappé les murs. À chaque réveil, elle portait des habits propres. Elle n’avait jamais vu personne. Parfois, de la musique. Toujours la même. Lettre à Élise. Encore. Et encore. Peu à peu, ses hurlements avaient cessé. Non parce qu’elle allait mieux… mais parce qu’elle n’avait plus la force. L’abattement avait remplacé la rage. Elle restait prostrée, les yeux vides, sans notion du temps. Elle avait même cru, un instant, que William ou sa mère l’avaient fait interner. Cette pensée l’avait presque rassurée. Avant qu’elle ne comprenne que rien, absolument rien, n’était normal dans cet enlèvement. Diana chasse ces souvenirs. Elle se force à revenir au présent. Elle est toujours enfermée. Et ce souvenir-là revient alors, brutalement. Son premier réveil dans cette nouvelle prison. Cette chambre luxueuse. Ce lit. Ces rideaux. Elle avait cru reconnaître sa propre chambre. Le soulagement avait été immédiat. Presque euphorique. Un cauchemar, avait-elle pensé. Elle avait pleuré de joie. La chambre lui semblait familière. Trop familière. Pendant quelques secondes bénies, elle avait cru sentir la présence de William. Elle s’était précipitée vers la porte en l’appelant, le cœur battant, déjà prête à se blottir dans ses bras. La poignée n’avait pas bougé. Elle avait tiré. Frappé. Crié. La vérité l’avait frappée d’un coup sec. Ce n’était pas un rêve. La fenêtre était teintée, scellée, barrée de métal. Le lit ressemblait au sien sans l’être vraiment. Trop dur. L’oreiller trop plat. Tout était presque juste… mais faux. Comme une mauvaise imitation de sa vie. Alors la rage était venue. Des jours entiers, elle avait hurlé, frappé les murs, insulté l’air. Supplié. Menacé. Elle avait refusé de manger, de boire. La musique revenait parfois, obsédante, toujours la même. Lettre à Élise. Encore. Encore. Puis la colère s’était épuisée. Elle était restée prostrée, recroquevillée sur le lit, sans notion du temps. Les plateaux déposés par une trappe restaient intacts. Les vêtements propres apparaissaient. Elle se réveillait toujours habillée, lavée, comme si quelqu’un prenait soin d’elle malgré elle. Et un jour… la porte s’était ouverte. L’homme était entré calmement. "Mon amour…" Sa voix avait été douce. Presque soulagée. Il lui avait tendu une bouteille d’eau, puis la main. "Je suis content de t’avoir retrouvée." Il l’avait observée longuement. "Tu me reconnais, n’est-ce pas ?" Elle était trop faible pour répondre. Trop perdue. Il l’avait aidée à se lever, l’avait conduite dans un immense salon baigné de lumière. Désemparée, elle avait accepté de manger. Accepté qu’il la prenne dans ses bras. " Où est-ce qu’on est ? Pourquoi vous me faites ça ?" avait-elle murmuré. Il avait soupiré. " Tu es de retour chez nous." Un silence. "Je suis désolé… mais je n’avais pas le choix. Tu devais revenir. Je vais t’aider à chasser l’autre de ta tête." Elle avait cru comprendre qu'il parlait de William. William. Elle s’était débattue, avait pleuré, hurlé son nom. L’homme s’était crispé. Puis la piqûre. Encore. Quand elle s’était réveillée, elle était de nouveau dans la chambre. Il s’était excusé. Encore. Il l'avait appellé Eugénie. " Je sais que tu es là Eugénie.. Je sais que tu me reconnais.. c'est elle, qui t'empêche de te reveler." C’est ainsi que Diana avait compris. Il pensait qu'une Eugénie, s'était reincarnée en elle.. Elle avait mis du temps à comprendre. Au début, elle avait cru qu’il parlait de William. Chasser l’autre de sa tête. Elle avait pensé qu’il voulait l’effacer, lui, leur histoire, leur amour. Cette idée seule l’avait terrorisée. Puis, jour après jour, quelque chose s’était fissuré. Ce n’était pas William qu’il cherchait à faire disparaître. C’était elle. Il ne disait jamais Diana. Jamais. Il l’appelait mon amour. Ou parfois… Eugénie. Au départ, elle avait corrigé. Protesté. Crié. Il avait souri avec une douceur étrange, presque triste. "Ça viendra, " avait-il murmuré. " Ne t’inquiète pas." Alors il avait commencé les routines. Toujours les mêmes. Invariables. Implacables. Réveil à sept heures précises. Chaque matin, sa voix derrière la porte : "Bonjour, mon amour." Elle devait se lever immédiatement. Enfiler une robe. Toujours une robe. Jamais de pantalon. Des talons. Même pour rester enfermée. Elle devait se maquiller. Se parfumer. Il choisissait parfois la couleur du rouge à lèvres. Le petit-déjeuner était frugal. Du thé. Un toast. Un fruit. Rien de plus. Il l’embrassait sur la joue pour lui souhaiter une bonne journée. Elle détournait toujours la tête. Toujours. Il faisait semblant de ne pas le remarquer. Ensuite… l’attente. De longues heures seules. Des livres. Une salle de sport. Rien d’autre. Pas de télévision. Pas de téléphone. Pas de fenêtre ouvrable. Et cette sensation constante… d’être observée. Chaque geste. Chaque soupir. Ce n’était pas de la surveillance. C’était une présence. Peu à peu, elle avait compris. La chambre capitonnée. L’asile. L’isolement. Les cris jusqu’à perdre la voix. La faim. L’épuisement. Ce n’était pas une punition. C’était une étape. Il voulait briser Diana. La vider. L’user. La réduire au silence. Pour que Eugénie puisse revenir. Son ex-femme. Morte. Partie. Perdue. Il ne la voyait pas comme une femme enlevée. Il la voyait comme une réincarnation. Un retour. Une seconde chance. Et plus elle résistait, plus il s’obstinait. Convaincu que ce n’était pas elle qui souffrait… mais Eugénie qui luttait encore pour émerger. Cette certitude l’avait glacée plus que la peur. Parce qu’elle avait compris alors une chose essentielle. Il ne voulait pas la tuer. Il voulait la remplacer. La maison était grande. Luxueuse. Elle avait accès à un salon, une bibliothèque, une salle de sport, un spa, un dressing rempli de vêtements qu’elle n’avait pas choisis. Mais chaque fenêtre était scellée. Chaque porte verrouillée. Et lui était toujours là. Patient. Présent. Observateur. Elle se lève, incapable de se reposer, et gagne la salle de sport sans réelle motivation. Les longues semaines passées dans sa première prison l’ont affaiblie. Son corps a besoin de bouger. Elle monte sur le tapis roulant et commence à courir. Son esprit, lui, s’échappe. Alex. Leur séjour à trois, dans le domaine viticole de son père. Les courses matinales à travers les vignes encore humides. Alexis se moquait toujours d’elle quand elle se mettait à courir en sautillant, comme si son cerveau hésitait entre courir et bondir. Il lui manque. Son rire. Ses bras rassurants. Ses blagues idiotes. Et ses mains, surtout, capables de détendre ses épaules nouées. Elle a presque toujours mal, désormais, à force d’être sur le qui-vive. Elle ralentit, puis s’arrête. Il va bientôt rentrer. Il l’a dit ce matin. Elle connaît déjà la scène : elle lui servira un verre de vodka, il s’installera dans son fauteuil, allumera un cigare. Elle devra supporter l’odeur, le silence tendu, sa présence. Elle file dans la salle de bain, se déshabille et s’enfonce dans le spa. Les remous massent ses muscles, mais son esprit reste en alerte. Pourquoi elle ? Pendant longtemps, enfermée dans la chambre capitonnée, elle avait pensé à Victor. Elle s’était convaincue que c’était lui dont il fallait se méfier. Elle l’avait imaginé malsain, pervers, cherchant à la mettre dans son lit. Si ç’avait été lui… d’une certaine façon, ça aurait été plus simple. Plus logique. Mais non. Victor n’aurait jamais fait ça. Il s’était acharné sur Bastien quand celui-ci l’avait agressée. Quand elle avait été droguée au deuxième diner, Victor n’avait eu aucun geste déplacé. C’était elle qui l’avait embrassé, perdue, et il l’avait repoussée. Puis il s’était excusé en leur offrant, à tous les trois, une semaine dans son domaine en Bourgogne. Elle se souvenait de la jument. Il l’avait laissée monter, l’avait simplement qualifiée de charmante. Jamais une main de trop. Jamais une insistance. Bastien, lui, avait fini le visage en sang pour une simple gifle. Un homme capable de ça ne l’aurait pas séquestrée. Ne lui aurait pas infligé ces humiliations. Il aurait détruit celui qui oserait. Non… Victor n’était pas au courant. Catherine. Catherine qui était maternelle. Trop. Elle avait pensé une seconde qu'elle aurait pu l'enlever pour remplacer sa fille Aliènor. Mais elle avait vite chassé cette idée. Catherine était... dépressive, débordante d'amour maternelle jamais donné, un peu bizarre. Mais pas folle. Elle savait qu'elle n'était pas Aliènor. Alors son esprit était revenu à ce dîner. À l’autre homme. Le docteur Gregory. Ses regards. Trop appuyés. Trop insistants. Cette sensation étrange qu’elle avait ressentie ce soir-là. Et surtout… cette nuit où elle s’était sentie bizarre, lourde, confuse. Drogée. Avait-il envisagé de l’enlever ce soir-là ? L’avait-il désirée sans qu’elle ne s’en rende compte ? La pensée la glace. Elle sort du spa et se sèche rapidement. Mieux vaut être habillée avant son retour. Elle attrape la première robe venue dans l’immense dressing, puis rejoint le salon. Elle s’assoit sur le canapé et rouvre son livre. Il n’y a rien à boire à part de l’eau. Rien à manger. Elle doit attendre. Elle ne peut pas sortir non plus. Sortir lui manque terriblement. Sentir la pluie. Le vent. À travers les arbres visibles derrière les vitres scellées, elle devine que l’été est fini. L’automne est bien installé. Elle soupire et se force à lire. Ne pas savoir l’heure est ce qui la torture le plus. Elle a toujours eu besoin de repères, d’horaires précis. Dans la première prison, son geôlier l’avait volontairement privée de tout ça. Pour la désorienter. La rendre plus malléable. Pour devenir lui-même son seul repère. Mais son repère, à elle, ce n’est pas lui. C’est sa maison. Son chat. Sa famille. Ses amis. Alex. Et surtout William. Elle esperait qu'il prenait soin de Merlin... Elle aurait voulu l’embrasser. Regarder avec lui des séries débiles, s’endormir contre son torse, sentir sa respiration la bercer. Même regarder un match de rugby avec William et Alexis, bière à la main, lui faisait cruellement envie. Elle se voyait déjà, à la fin du match, écrasée contre Alexis qui lui hurlerait dans l’oreille qu’ils avaient gagné, trop fort, comme toujours. Ou s’endormir entre eux deux. Comme après son agression, chez le commissaire. Ce souvenir-là lui serre la poitrine. La tête stupéfaite de l’employée de maison, entrée sans frapper pour déposer le petit-déjeuner. Trois corps dans le lit. Le silence. Presque un cri. Diana blottie contre William, Alexis collé à elle, trop près. Trop protecteur. "Oh, ça va… faut pas être coincée comme ça…" Avait il marmonné. La scène se brouille. Les visages aussi. Elle se souvient s’être sentie invincible. À l’abri. Comme si rien ne pouvait l’atteindre tant qu’ils étaient là. Le feu et la glace. Leur équilibre à eux. Aujourd’hui, leurs traits lui échappent. Les contours se diluent. Elle se demande soudain s’ils la cherchent encore. Si William pense toujours à elle. S’il l’aime toujours. Si Alexis rit encore comme avant… . Une angoisse sourde la traverse. Et si elle ne pouvait plus supporter d’être touchée ? Et si William n’était plus capable d’attendre, de comprendre ? Et s’ils la regardaient autrement, un jour… si elle revenait ? Le bruit d’une voiture la fait sursauter. Son cœur se serre. Elle s’approche de la fenêtre. C’est lui. Pendant une seconde, elle souhaite qu’il tombe. Qu’il meure là, maintenant. Puis la pensée la glace : si lui disparaît, personne ne la retrouvera jamais. Tout est insonorisé. Barricadé. La nausée monte lorsqu’elle l’entend monter les escaliers. Elle inspire profondément. Une fois. Deux fois. Elle force son visage à se fermer, à devenir lisse, neutre. Impassible. La porte s’ouvre. Il sourit. Il entre, referme soigneusement derrière lui… et enferme la clé dans le petit coffre. Diana ne bouge pas. Elle repense à ce soir... ce soir ou il l'avait frappé. Fort. Apres qu'elle lui ai dit qu'elle aimait William. En larme, elle s'était approchée de lui, s'était accrochée à sa veste. Elle lui avait soufflé, d’une voix douce, que pour qu’Eugénie revienne vraiment, il devait accepter que Diana soit encore là — parce qu’Eugénie ne connaissait plus que ce corps, cette vie, ces gestes, et qu’elles devaient coexister… pour l’instant. Douloureuse. Meurtrie. Elle avait soutenue son regard. Il avait sourit. " Tu as passé une bonne journée, mon amour ? Diana hausse les épaules. "Comme d’habitude… ennuyeuse." Elle lui sert un verre qu’elle pose sans ménagement sur la table basse, puis retourne près de la fenêtre. Elle sent sa présence derrière elle avant même qu’il ne la touche. Ses mains se posent sur ses hanches. Elle se fige. Respire. Eugénie. Tu es Eugénie. "Tu veux d’autres livres ? Ou peut-être que je fasse installer un téléviseur ?" Elle inspire, lentement, et adoucit sa voix. "Non… je veux sortir. — Patience. Je m’en occupe. — Si vous pensez que je me contenterai de l’enclos ridicule que vous faites installer…" Il la serre contre lui. Son estomac se retourne. Le parfum est le même que celui de William. C’est presque insupportable. Elle ferme les yeux, se force à ne pas reculer. "Tu es très belle dans cette robe." Il marque une pause. "Je t’ai apporté un cadeau. J’espère qu’il te plaira." Il l’embrasse sur la joue et va s’asseoir dans son fauteuil. "Tu ne l’ouvres pas ?" Elle hésite, puis s’exécute. Le papier glisse. Son sourire s’effondre en découvrant le contenu. Son cœur se serre. Il la regarde, satisfait. " Il te plaît ? Je me suis dit que ça pourrait pimenter un peu nos soirées." Cette fois, elle n’y arrive plus. "Non. Ça ne me plaît pas. Rien de tout ça ne me plaît !" Son regard s’assombrit. Elle jette le paquet contre le mur. Le bruit résonne trop fort à son goût. Gregory serre la mâchoire. Évidemment. La colère. Toujours la colère. Il s’approche, ramasse lentement l’objet abîmé. Il aurait pu prévoir cette réaction. " Parce que tu ne me laisses pas le choix, Eugénie. Une femme doit satisfaire son mari. - Nous ne sommes pas mariés ! pas dans cette vie !" Il se lève. " Nous le serons bientôt. Et nous ne sommes plus au siècle dernier. Ce soir, je t’apporterai ton dîner dans ta chambre. J’ai invité un ami. - Je ne veux pas que vous me touchiez !" Il soupire, comme s’il parlait à une enfant capricieuse. " Tu es de mauvaise humeur aujourd’hui. Tu es fatiguée." Il s’approche. "Va dans ta chambre. Victor va arriver. Je ne veux pas qu’il te voie. Il a toujours aimé les femmes des autres… avant, ça ne me dérangeait pas. Nous étions libres. Mais plus maintenant." Il se penche vers elle, possessif. " Tu es à moi !" La rage déborde. " Je suis de mauvaise humeur parce que je suis enfermée. Avec quelqu’un qui me dégoûte." Elle le fixe, les yeux brillants. Vous savez quoi ? Je préférerais coucher avec lui qu’avec vous. Il lève la main. Son poing se crispe. Frappe-la. L’idée traverse son esprit, brutale, instinctive. Mais il s’arrête. Non. Son regard glisse sur son visage, sur ce corps. Ce n’est pas seulement Diana. Pas complètement. Eugénie est là aussi. Je ne lui ferai jamais de mal. Il inspire profondément, force ses doigts à se détendre. Je dois être patient. Plus gentil. Cette partie-là a besoin de douceur, pas de domination. " Je peux apprendre, à te rendre heureuse.." Elle rit, nerveusement. "Apprendre ? Vous croyez que je vais être heureuse ici !?" La question le frappe plus fort que ses cris. Oui, pense-t-il. Tu peux l’être. Avec moi. "Tu n’as plus besoin de lutter tout le temps," dit-il. . Il cherche ses mots. Comment lui faire comprendre sans la briser ? Comment lui vendre une prison comme un refuge ? Petit à petit. La sécurité. L’attention. L’illusion du choix. Mais au même instant, le bruit d’une voiture crisse sur les graviers. Diana se jette contre la fenêtre, le cœur affolé. "COMMISSAIRE ! COMMISSAIRE ! JE SUIS LÀ !" L’homme soupire et sort calmement une seringue du coffre. "Tu sais très bien que personne ne peut te voir ni t’entendre de l’extérieur… Regarde-le. Il n’a pas la moindre idée que sa petite protégée est ici. — COMMISSAIRE, JE VOUS EN SUPPLIE !" La piqûre. Le noir. Il la porte jusqu’à sa chambre, la dépose sur le lit et embrasse son front avec une douceur presque tendre. En bas, Victor fixe la fenêtre de l’ancienne chambre d’Eugénie. Trop de souvenirs. Trop de zones d’ombre. Il n’a jamais cru à ce suicide. Depuis, son ami n’était plus le même. Il fume, nerveux, ignorant que celle qu’il cherche depuis des semaines est à quelques mètres de lui. Gregory arrive enfin. " Désolé, un appel de l’hôpital. Comment vas-tu ? — Comme quelqu’un qui attend dehors..". Gregory l’invite à entrer. " L’apéritif est prêt. C’est toujours la disparition de cette jeune femme qui te hante ? demande-t-il doucement." Victor baisse les yeux. "Oui… J’ai retourné chaque piste. Chaque planque. J’ai remué ciel et terre. Si ce n'était pas elle... j'aurais déjà abandonné les recherches." Il marque une pause. " Sans elle, tout est… plus terne. Elle mettait du sens dans ce chaos. — Tu penses encore la retrouver vivante ?" Victor hésite. Longtemps. "J’essaie. Mais je commence à perdre espoir. Mon lieutenant et mon fils aussi.. " Sa voix se brise légèrement. "Si je savais seulement où chercher… Je donnerais n’importe quoi pour la revoir. Pour l'entendre me tenir tête.. " Gregory acquiesce, compatissant en apparence, jubilant intérieurement. "Celui qui a fait ça te connaît peut-être mieux que tu ne le crois…" Victor hoche la tête, pensif. "Peut-être. J'ai même pensé à lui.. c'est pour dire si j'ai fouillé chaque piste…S’il lui est arrivé quelque chose… je ne me le pardonnerai jamais. - Lui..? ho... oui.. ce lui... ton père n'est pas un Saint, mais tout de même... As tu pensés à chercher parmis tes ennemis ? qui sont nombreux... c'est la meilleure amie de ton fils non ? une jeune femme, autiste de surcroît, c'est plus simple à enlever qu'un policier aguerrit.. - hum... c'est ridicule.. personne parmis mes ennemis ne sait que j'ai un fils... même lui l'ignore.. - Peut être qu'on l'a prise pour Aliènor ? Catherine était si maternelle avec elle... - ça... je n'y avais pas pensé... excuse moi un instant - je t'en pris.. passe ton appel et ensuite, je te changerais les idées, tu en as bien besoin... mon frère...." Gregory sourit, invisible dans l’ombre.

editor-pick
Dreame-Choix de l'éditeur

bc

Prisonnière de trois amours

read
1K
bc

La Compagne Interdite de L'Alpha

read
4.4K
bc

Dangereuse addiction

read
26.2K
bc

SOUMISE AU PDG DOMINANT

read
4.6K
bc

Obsession brûlante

read
12.8K
bc

Refusée comme Gamma, je suis devenue l’Alpha la Plus Puissante

read
1K
bc

Un Amour Impur : Mon beau père me baisse

read
6.3K

Scanner pour télécharger l’application

download_iosApp Store
google icon
Google Play
Facebook